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La vérité sur l’assassinat de Kennedy !

lundi 20 septembre 2010 par Richard Letawe
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Aquiles Machado (Riccardo)
© Jacques Croisier

L’Opéra royal de Wallonie ouvrait en ce mois de septembre sa saison avec le Bal masqué de Verdi dans une nouvelle mise en scène signée par Philippe Sireuil, en collaboration avec l’Opéra de Lausanne où cette belle production sera reprise dès la fin du mois d’octobre.

Le Théâtre royal de Liège subit depuis l’année dernière et pour toute cette saison encore une refonte complète, ce qui oblige l’opéra de Wallonie à un déménagement provisoire. Un grand chapiteau a donc été établi sur le site de l’ancien hôpital de Bavière pour accueillir les spectacles. Bien entendu, comparé à un théâtre en dur, un hébergement sous tente n’est pas idéal : le plateau est assez petit, la fosse est à la hauteur du parterre, ce qui détourne parfois l’attention de ce qui se passe sur scène, et l’endroit est assez bruyant, avec une circulation très audible, la caserne de pompiers située à quelques pas, et le vent qui fait grincer les mats. L’endroit n’a pas non plus une atmosphère très chaleureuse, les changements de décors, vu l’absence de machinerie sont longs, et l’acoustique est assez confuse. Malgré cela, on entend tout, la visibilité est bonne, le confort est acceptable, et le public a l’air de s’être fait à ce changement de lieu temporaire.

Philippe Sireuil avoue dans son texte de présentation ses doutes quant à la valeur du livret du bal masqué. Le déclic a été pour lui le fait que le livret mentionne que Renato est créole. Honnêtement, nous ne voyons pas très bien en quoi cette information a pu influencer la vision du metteur en scène, mais si cela a pu aider Philippe Sireuil à clarifier ses idées, nous ne pouvons que nous en féliciter, car le travail du metteur en scène est tout simplement brillant.

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Marina Zyatkova (Oscar), Aquiles Machado et George Petean Acte I
© Jacques Croisier

Sireuil décide de situer l’action aux Etats-Unis dans les années soixante, faisant de Riccardo un président occupé à sa campagne de réélection. Il y manque Jackie, mais pour le reste, la ressemblance avec Kennedy est frappante, au point même qu’on voit au troisième acte une peinture où Riccardo a repris la pose de JFK dans le célèbre tableau officiel visible à la Maison Blanche. L’action de la pièce est parfaitement cohérente avec le cadre choisi par le metteur en scène, et les dialogues collent toujours à ce qu’on voit, sans jamais apparaître anachroniques ou manquer de naturel. L’Acte I se passe pour le premier tableau dans les appartements présidentiels, envahis par une nuée de secrétaires, gardes du corps, généraux et conseillers, alors que la scène d’Ulrica fait figure de face cachée du rêve américain, se tenant dans un entrepôt minable où elle tient son stand de voyante, entourée par tous les marginaux de la ville, putains, toxicos, alcooliques, malades psychiatriques… La plaine désolée où doit se tenir l’acte II est représentée par un parking en sous-sol lugubre, où Riccardo a emmené sa future conquête au volant de sa grosse Cadillac. La première scène du troisième acte est la plus réussie, et la plus « américanisée », tenant à la fois du soap opera pour l’action, avec cette Amelia désabusée, qui a des attitudes de vedette du petit écran bientôt alcoolique, et de la peinture de Hopper pour le cadrage, le décor banal et les lumières. Malheureusement, la dernière scène, celle du bal est la moins convaincante. Philippe Sireuil la situe dans un décor de conférence de presse présidentielle ; le lien avec l’action est loin d’être évident, et l’idée est en tout cas trop peu développée pour qu’on en comprenne la logique. La mise en scène reste pourtant efficace et habile, et mis à part un instant-clé de l’action, le dévoilement d’Ameila au cours de l’acte II qui manque un peu d’effet dramatique, le résultat du travail de Sireuil est une très belle réussite.

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Chiara Taigi (Amelia), Aquiles Machado et George Petean (Renato) Acte II
© Jacques Croisier

La distribution de ce Ballo in masquera est à la hauteur de la qualité de la mise en scène, présentant un quintette de tête tout à fait digne d’éloges. Marina Zyatkova est un magnifique Oscar, endossant le rôle d’une sorte d’attaché de presse présidentiel avec un naturel pétillant et une véritable épaisseur, proposant un chant virtuose et brillant, aux contres-ut justes, puissants et d’une grande pureté, et s’intégrant très bien dans les ensembles. Vêtue d’un superbe costume de gitane, Anna Maria Chiuri est une Ulrica très convaincante, malgré un léger manque d’assise des graves, qui sont peu audibles. Très ample, le chant est extrêmement soigné, très nuancé et superbement phrasé, l’interprète sachant doser ses effets sobrement mais efficacement. George Petean, malgré une voix qui n’a pas tout à fait la profondeur requise, un manque sensible dans l’acte III, est un excellent Renato, au chant très sain et à la diction très intelligible.

Amelia est interprétée avec une conviction inébranlable par Chiara Taigi, compense un timbre assez banal et légèrement métallique par un formidable investissement dramatique. Son chant est puissant, avec des graves très justes et un riche médium, et des aigus justes et longuement tenus. Toutes ses interventions sont superbes, avec une mention spéciale pour tout l’acte III, où elle trouve les justes accents dramatiques du rôle. Enfin, Aquiles Machado, s’il n’est pas un acteur très talentueux, a la tessiture idéale du rôle, assumant sans trop de problème la légèreté et la virtuosité de sa partie dans le premier acte, et sachant ensuite affronter crânement les pages plus lourdes des actes suivants, où il délivre un chant sincère et puissant de toute beauté.

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Chiara Taigi, Aquiles Machado Acte II
© Jacques Croisier

Le chef de ce soir Massimo Zanetti a fort à faire, car la configuration de la fosse, longue et étroite place les deux extrémités de son orchestre très loin l’une de l’autre, et toujours hors de son chant de vision naturel. Précis, très attentif, il dirige pourtant cette très piégeuse partition avec efficacité, sachant varier les atmosphères avec virtuosité. Le résultat est vif, très brillant et tonique (la première scène de l’acte III est un modèle de tension dramatique), mais aussi très subtil, comme dans la fin de l’acte II, où les conspirateurs se moquent du présumé cocu Renato, et où le chef dirige un orchestre persifleur à souhait. L’Orchestre de l’ORW justement est lui aussi à la fête, poussé dans ses retranchements par son chef, et se montre rigoureux et engagé, avec des soliste qui se distinguent, un percussionniste déchaîné, ou un cor anglais magnifique dans « Ma dall’arido stelo divulsa ».

En conclusion, n’oublions pas les chœurs, excellents eux aussi, qui ont pleinement participé à une superbe soirée verdienne.

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- Liège
- Palais-Opéra
- 14 septembre 2010
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Un Ballo in Maschera
- Mise en scène et lumières, Philippe Sireuil ; décors, Didier Payen ; costumes, Jorge Jara
- Riccardo, Aquiles Machado ; Amelia, Chiara Taigi ; Renato, George Petean ; Ulrica, Anna Maria Chiuri ; Oscar, Marina Zyatkova ; Samuele, Pietro Palazy ; Tom, Ivan Thirion ; Silvano, Arnaud Rouillon ; Il Giudice, Marcel Arpots ; Il Servo d’Amelia, Jacques Daise
- Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie, Chœur d’Opéra de Namur. Chef des chœurs, Marcel Seminara
- Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie
- Massimo Zanetti, direction











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