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La routine de Chailly

lundi 9 juin 2008 par Thomas Rigail
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Riccardo Chailly
DR

Deux œuvres romantiques favorites du public et une œuvrette contemporaine pour la forme en guise de programme, un soliste efficace, un chef renommé, un triomphe à la clé : tout semblait écrit en ce 8 juin à la salle Pleyel.

Le concert s’ouvre sur le concerto pour violon de Brahms avec Leonidas Kavakos en soliste. Les premières secondes du premier mouvement donnent le ton : l’exposition dans le mezzo-piano est l’antithèse d’un commencement prenant et le forte qui suit bientôt est emporté. Cela sera la constante du concert du côté de l’orchestre et de la direction : des piano pâteux, aux phrasés rigides et sans fluidité, se complaisant dans une recherche de poésie - on le suppose, à moins que ce soit la lassitude d’une partition mainte fois jouée- que l’orchestre peine à soutenir, et des tutti bruyants plus ou moins bien tenus, aux couleurs écrasées (pas aidés de ce côté par l’acoustique de la salle Pleyel). La conséquence directe en est une impression de fragmentation du discours dont le premier mouvement du concerto de Brahms, quasi-symphonique en taille et en forme, s’accommode mal. Kavakos, techniquement irréprochable et possédant un réel sens de la nuance, n’est guère pris en défaut, mais sa cadence est à l’image de tout le mouvement : fragmentée et dénuée du souffle nécessaire à la tenue d’un tel monument.

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Leonidas Kavakos
©Yannis Bournias

Dans ces circonstances, on ne peut guère être surpris par la platitude de l’Adagio. Kavakos est encore une fois en apparence exempt de toute critique, avec une sonorité lumineuse et une partie assurée, mais l’endormissement paraît général sur scène. On a peur pour le troisième mouvement, qui sera pourtant le plus réussi (mais est-il possible de le rater ?), avec un orchestre qui se réveille enfin. On notera juste un ralentissement en fin de thème qui n’est pas dans la partition et qui est des plus incongrus, brisant l’élan populaire de la mélodie avec un maniérisme malvenu.

Cantus in memoriam Benjamin Britten qui suit l’entracte est l’une des rares pièces de musique contemporaine qui soit entrée au répertoire régulier des orchestres. Avec ses mélodies descendantes tonales et son ton de déploration hérité de l’Adagio de Barber (ou d’une quelconque musique de film), on peut comprendre l’engouement du public (relatif ici, étant donné les applaudissements polis qui ont accueilli la pièce). L’interprétation de ce soir était sans lenteur excessive, avec une bonne lisibilité des plans, mais on peut regretter que lorsqu’un chef tel que Riccardo Chailly « ose » intégrer dans son programme une œuvre de musique contemporaine, elle soit aussi anecdotique que cette pièce de Pärt, d’autant plus quand on sait qu’il a pu diriger par le passé Varèse ou Berio. La symphonie n°4 de Tchaïkovski termine le concert. On retrouve dès le premier mouvement les défauts du concerto pour violon, avec cette rigidité des phrasés dans le piano, ces tutti confus, ces couleurs parfois criardes des cuivres, la plupart du temps ternes, mais l’ensemble paraît un peu plus engagé. Le deuxième mouvement, en évitant l’alanguissement que l’on pouvait craindre et en dépit d’un thème secondaire un peu précipité, est la plus belle réussite du concert. Néanmoins, l’orchestre, malgré quelques belles individualités, n’affiche pas de couleurs exceptionnelles, ni même une réelle implication dans le jeu, et paraît officier avec la lassitude de l’employé qui pointe à l’heure. Le troisième mouvement permet à l’orchestre de montrer quelques belles qualités de nuances et de mise en place, mais la conception distante, trop théorique, éloigne un peu du propos. Le dernier mouvement est frénétique et bruyant comme il faut pour faire plaisir au public, trop pour tenir la durée du mouvement. Une vision sans grande cohérence donc, une vision d’apparat qui tente de faire briller dans chaque registre son orchestre mais qui n’y parvient guère, la faute sans doute à des musiciens en place mais peu investis.

En bis, l’intermède du troisième acte de Manon Lescaut de Puccini et une bataille de Roméo et Juliette de Prokofiev exagérément rapide perpétuent la tendance de ce quatrième mouvement, et il est réservé à l’orchestre et au chef un triomphe. On peut se demander, devant ces interprétations somme tout bien routinières, ce qui peut provoquer un tel emportement, quand des concerts bien plus surprenants et réussis (on pense aux concerts Sibelius de Salonen, ou au récent Amsterdam/Jansons qui a certes été très applaudi mais n’a pas eu droit à un tel triomphe malgré une qualité d’exécution bien supérieure), ne récoltent qu’un enthousiasme poli. Le seul nom de Riccardo Chailly ? Le programme conçu pour l’applaudimètre, avec un concerto permettant à un soliste de briller et à un orchestre de limiter les efforts en première partie et une symphonie jouée en grande pompe en deuxième partie ? Nous ne voudrions pas interdire au public d’être enthousiaste et encore moins passer pour des rabat-joies, mais assurer de tels triomphes à de tels concerts n’est-il pas le meilleur moyen d’inciter les orchestres à se reposer dans des programmes convenus et de s’empêcher de voir autre chose dans nos salles que des concerts banals ?

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- Paris
- Salle Pleyel
- 7 juin 2008
- Johannes Brahms(1833-1897), Concerto pour violon en Ré majeur Op.77 ; Arvo Pärt (1935), Cantus in memoriam Benjamin Britten ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°4 en fa mineur Op.36
- Leonidas Kavakos, violon
- Gewandhausorchester Leipzig
- Riccardo Chailly, direction











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