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La note bleue à Monte-Carlo

jeudi 5 février 2009 par Cyril Brun

Si on avait oublié que Chopin composait pour le piano, Jerzy Semkow et Nelson Freire nous l’ont très nettement rappelé ce soir à Monaco. Rarement on a vu un orchestre s’effacer de la sorte devant un soliste et mettre autant en valeur un instrument.

C’est on ne peut plus « Chopin » et l’écriture de ce Second concerto est assez claire : ce n’est pas un concerto pour piano et orchestre, mais un concerto pour piano sur tapis d’orchestre. Et de fait, les musiciens du Philharmonique de Monte Carlo se sont mis au service du piano dans le plus grand respect de l’esprit de Chopin. La partie pour piano pourrait se suffire à elle-même, l’orchestre ne faisant que souligner certaines lignes. Jerzy Semkow a poussé la précision et la finesse jusqu’à faire sortir l’orchestre du piano lui-même, comme si de l’instrument, si cher au Polonais, rayonnaient les harmoniques, comme si l’orchestre n’était là que pour « la note bleue », cette fameuse note que Chopin, dans ses soirées privées, allait puiser au cœur même de l’ambiance de la soirée. Il n’est toutefois pas facile pour un orchestre de tenir ainsi de bout en bout cette place si peu habituelle et quelques lourdeurs des cors dans le deuxième mouvement ont parfois légèrement assombri cette « note bleue », tandis que les entrées de flûtes, sur ce même mouvement pouvaient être un peu précipitées, comme si elles voulaient reprendre la main sur le piano. Le court dialogue du basson et du soliste, puis de celui-ci et du cor, venant comme souligner le discours du piano, fut si intime que cor et basson se sont mis au diapason du piano, reproduisant la même ligne d’interprétation, comme si le dialogue était en fait une autre voix de l’instrument soliste. Les trompettes, en revanche, dans le dernier mouvement, ont peut être trop accentué leur intervention. Cela dit, quel est réellement le sens de la présence de cet appel de trompettes dans ce concerto ? Elles semblent tellement étrangères à cette « note bleue » qu’il peut paraître judicieux de les faire ainsi ressortir, sauf peut-être à les considérer comme un moment de la progression du concerto du maestoso à l’allegro vivace. Mais parler autant de l’orchestre après avoir souligné la place du piano serait de soi une ineptie, s’il n’avait à ce point servi d’écrin au talentueux Nelson Freire dont il faut souligner la souplesse d’interprétation et précisément la place qu’il a lui-même accordée à l’orchestre en l’intégrant à son jeu. Mais Chopin oblige, ce sont les fameuses perles du second mouvement qui ont donné à ce concerto toute sa puissance émotive. Il y avait dans ces notes gouttelées, comme dans le bis, quelque chose d’aérien, merveilleusement mis en relief par une excellente gestion des nuances – tant du pianiste que de l’orchestre – et des rubatos. Au final, ce qui força l’admiration du connaisseur et ce qui transporta le néophyte, c’est cette incroyable unité du phrasé. L’orchestre respirait au rythme de Nelson Freire et le public ne pouvait qu’être à l’unisson. Comment mieux comprendre cette note bleue ?

En revanche, la Quatrième symphonie de Schumann, fut moins bien servie. Globalement nous avons assisté à une interprétation très stressée et saccadée, finalement assez peu dans l’esprit romantique. Le thème « CLARA » était beaucoup trop, et étonnamment, staccato, surtout de la part des cordes. C’est un des dilemmes de la direction d’orchestre. Lorsqu’un compositeur multiplie les indications, lesquelles mettre en valeur, comment les ordonner ? Il semble qu’accentuer le côté ‘animé’, même s’il est très présent dans la symphonie crée un déséquilibre. C’est en tout cas l’impression laissée par l’interprétation de ce soir. L’ensemble s’est révélé très électrique et constamment tendu, allant jusqu’à une certaine précipitation ne permettant pas de distinguer toute la richesse des accents. Une certaine crispation due à cette tension remettait en cause l’expression romantique des legatos (pour reprendre Karajan !). Dans cette course, où les pupitres ont repris leur indépendance jusqu’à noyer le solo du premier violon au deuxième mouvement, il était difficile de retrouver l’unité de la symphonie, parfois réduite à l’exposition de modules imbriqués, mais non unifiés. On cherchait en vain ce qui aurait pu l’unifier et de ce fait la vivifier. Certes, l’œuvre était très propre, mais il lui manquait son âme.

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- Monte-Carlo
- Auditorium Rainier III
- 01 février 2009
- Frédéric Chopin (1810-1849), Concerto pour piano n°2 en fa mineur Op.21
- Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n°4 en ré mineur Op.120
- Nelson Freire, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Jerzy Semkow, direction






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