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La mer, l’amour, la mort, etc : Bělohlávek et Mattila

lundi 11 mai 2009 par Théo Bélaud
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Jiří Bělohlávek
© Clive Barda

Les nombreux amoureux des Vier Letzte Lieder se sont vus offrir une luxueuse fin de saison 2008-2009 : deux exécutions se plaçant chacune, au moins sur l’un ou l’autre plan, à un excellent niveau. Au-delà, ce sont deux programmes curieusement parents que proposaient, respectivement, Jiří Bělohlávek avet le BBC Symphony Orchestra, et Ingo Metzmacher avec le DSO Berlin. Tant que l’on s’en tient aux usuelles attentes d’ensemble liées à un concert orchestral, les premiers auront davantage convaincu.

A défaut d’offrir, dans la plus raffinée des orchestrations straussiennes, une comparaison par avance du BBC Symphony Orchestra au Deutsche Sinfonieorchester, ce concert apportait en tous les cas une instruction certaine : le principal orchestre de la radio britannique n’est pas la cinquième roue du carrosse symphonique londonien : et il n’a en rien - au contraire, presque- - dépareillé dans la confrontation, pour s’en tenir à cette saison, avec les prestigieux London Philharmonic et Philharmonia Orchestra. S’il fallait retenir un moment de ce concert, qui serait peut-être aussi l’un des beaux frissons de ce printemps 2009, ce serait sans doute l’exécution des Four Sea Interludes de Britten donnée ce soir-là au TCE. Jiri Bělohlávek, que l’on ne soupçonnait pas si sûr dans ce répertoire, y joue magistralement de l’atavisme évident des musiciens anglais, exploitant avec un sens imparable de l’équilibre et de la sensualité des plans leurs qualités les plus évidentes. A commencer par - ce n’est qu’une demi-surprise - des cuivres idéaux, investis et tranchants et parfaitement incapables de trivialité comme d’imprécision : on aura goûté de bout en bout d’une partition où ils n’ont pas la partie facile d’admirables cors, bien plus fiables et nobles de sonorité qu’aucun pupitre français ne pourrait en rêver, et osant jouer nettement plus en dehors que ne se le permettraient les meilleurs allemands... Un régal, au moins au plan strictement sensuel. Mais, à l’exception peut-être de cordes intermédiaires un peu discrètes, c’est tout l’orchestre de la BBC qui est à la fête dans l’homologue d’Outre-Manche de La Mer - tant par la richesse des couleurs que par une remarquable discipline collective. Sans esbroufe, certes peu bersteinienne et presque plus british que british, la direction du chef tchèque avance dans des tempos convenus, mais dans une battue d’une très grande souplesse, évitant en particulier tout accent incongru dans les pièces extrêmes, au profit de l’élégance de la respiration.

En choquera-t-on en disant qu’après cela, l’inconditionnel de Britten que nous sommes n’était pas forcément disposé à goûter au mieux les esthètes langueurs des Vier Letzte Lieder ? Eh bien oui, sans doute : mais rétrospectivement, il est bien possible que même le straussien fanatique aura gardé un meilleur souvenir des interludes marins ! Car si Jiří Bělohlávek et la BBC continuaient ici de se montrer à leur flegmatique et assez classieux avantage, Karita Mattila décevait : sans que l’on puisse trouver grand-chose à redire au plan de la justesse du style ou du diapason, sa prestation, au moins à ce concert, est très en deçà de ce que l’on attend d’une soprane de ce standing dans le pilier du répertoire postromantique. La voix est assez faible, mais plus encore, éteinte de timbre comme d’exception : peut-être Mattila veut-elle jouer (mais cela se joue-t-il ?) la résignation et cette mort en soi à laquelle conduisent la musique et le texte, mais ici l’extinction des feux vitaux semble fâcheusement avoir précédé l’entrée en scène. On chercherait volontiers - dans ce répertoire peut-être, dans cette œuvre surtout, cela peut avoir plus de signification qu’ailleurs - à retrouver un instant, fut-il de trois secondes, où la beauté morbide du crépuscule straussien se serait manifestée dans la voix de Mattila : mais en vain. Et l’on se sera donc consolé, évidemment... grâce aux cors ! Et surtout grâce à une Neuvième de Dvořák loin des clichés pétaradants et pré-hollywoodiens auxquels l’a prédisposée son destin de pensionnaires des compilations des plus grands succès du classique...

Encore et toujours, l’aisance flegmatique du couple tchéco-britannique se joue des problèmes de continuité comme de virtuosité orchestrale (le I tient tout seul, d’un bloc, sans aucun des insupportables tronçonnages de climats courants, et sans raideur aucune pourtant), et parvient, dans une partition que l’on ose à peine écouter sur sa platine, à constamment intéresser et exciter... en ne cherchant rien de « nouveau », voire en ne cherchant rien tout court. Improbable, mais vrai : à l’orchestre aussi, parfois, là où tout semble avoir été dit, le refuge ultime peut être le non-volontarisme total, qui renoue avec la fraicheur du rapport à l’œuvre dans le plus simple appareil de l’élégance classique. Classique, il est vrai, plus que romantique, malgré un effectif des plus ordinaires pour une Nouveau Monde. Mais dans le ton en permanence ouvert aux fêlures nostalgiques adopté par Bělohlávek, dans la nonchalance presque distanciée et jamais maniérée de bois impeccables (flûtes au premier chef), c’est plus encore que l’adieu au pays les regrets du classicisme déjà lointain, de la simplicité d’expression, de l’économie de moyens instrumentaux dans la répartition des thèmes, qui jaillissent d’évidence, en particulier dans d’admirables trios du scherzo, ou dans les épisodes élégiaques du finale, offrant une ultime leçon de souplesse du rubato naturellement senti. Un rappel de toute la dimension mozartienne de cette symphonie qui... mais oui, d’ailleurs ! - reste un chef d’œuvre indiscutable, que l’on oublie un peu trop de jouer comme tel.

On ne s’y attendait pas tant : à l’exclusion de son sommet attendu, un excellent concert.

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- Paris.
- Théâtre des Champs-Elysées.
- 21 avril 2009.
- Benjamin Britten (1913-1978) : Four Sea Interludes
- Richard Strauss (1864-1949) : Vier Letzte Lieder
- Antonin Dvořák (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur, op. 95.
- BBC Symphony Orchestra.
- Karita Mattila, soprano.
- Jiří Bělohlávek, direction.











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