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La crise de foi de Colin Davis

samedi 1er octobre 2011 par Philippe Houbert
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Colin Davis
DR

Le concert au cours duquel Colin Davis et les forces du London Symphony Orchestra (LSO) et du London Symphony Chorus (LSC) donnaient la Missa Solemnis de Beethoven était supposé être l’un des grands événements de ce début de saison. Le bruit avait même couru en provenance de Londres que nous y entendrions LA Missa Solemnis de notre vie de mélomane. Voilà bien les effets pernicieux, même chez les esprits les plus brillants, des présupposés et de l’image qu’arrivent à se donner d’eux-mêmes certains interprètes.

Disons le plus clairement possible que le Berliozidolâtre que nous sommes vénère le travail mené par Colin Davis. Le passionné d’opéra, notamment mozartien, aussi. Mais tout interprète peut être guetté par une forme de processus d’auto-momification. A force de jouer les vieux anglais fumant la pipe au coin du feu, de distiller force vacheries sur l’évolution de la mise en scène d’opéra, d’affecter un détachement du monde so british, il n’est pas impossible que sir Colin ait perdu le sens de quelques principes de base qui fondent une grande interprétation d’un des plus grands chefs d’œuvre de l’histoire musicale.

Le problème fondamental que nous reprocherons à Colin Davis, c’est d’avoir sur-joué l’hétérogénéité des styles de composition adoptés par Beethoven et de n’avoir jamais voulu/su/pu reconstituer le puzzle pour faire de cette messe le sommet de spiritualité qu’elle est. Oui, comme l’a bien analysé Kirkendale, il s’agit bien d’une mosaïque, mais d’une mosaïque assumée, parfaitement reconstituée à partir d’une fragmentation de tonalités, de tempi, de dynamiques. Or, ce que nous avons entendu (et disons que nombre de personnes avec lesquelles nous avons échangé sont d’un avis diamétralement opposé au notre) nous a donné l’impression que le chef individualisait les séquences, en exacerbait les caractéristiques formelles et stylistiques, au point de fournir un ensemble qui s’apparentait à un grand écart douloureux. En relisant les notes prises durant le concert, nous constatons qu’alternent appréciations positives et négatives. Signe patent que quelque chose ne marchait pas, et notre diagnostic est que Colin Davis a préféré se focaliser sur la forme plus que sur l’essence spirituelle de l’œuvre. Manque de foi en l’œuvre ? Manque de foi tout court ?

Dans le détail, cela donne l’inventaire suivant : un Kyrie trop extérieur, où il serait bien difficile de trouver trace du « Von Herzen – Möge es wieder – zu Herzen gehn ! » ; un Gloria qui débute fort mal, l’orchestre mangeant le chœur, le chef réagissant immédiatement en augmentant la dynamique du chœur au lieu de diminuer celle de l’orchestre, aboutissant à une cacophonie accentuée par l’acoustique de la salle (nous reviendrons sur ce point spécifique) ; toujours dans le Gloria, mais il s’agit d’une remarque s’appliquant à la quasi-totalité des interventions solistes, Colin Davis accompagne très bien les chanteurs, mais faut-il les accompagner comme un chef ferait de chanteurs d’opéra, ce d’autant que cette façon de procéder équivaut systématiquement à des baisses de tension dans une vision qui se veut extérieure. D’où cette sensation d’éclatement musical que nous avons tenté de préciser plus haut. Encore dans le Gloria, pourquoi Davis prend-il la fugue du In gloria Dei patris de façon aussi alanguie et scolaire ? Mais la mise en place de la fin de l’Amen est assez impressionnante.

Le Credo vit la même succession de passages très réussis (l’entrée du Et incarnatus est, le Resurrexit) et d’autres (bien plus nombreux) ratés ou problématiques : début joué beaucoup trop fort, Descendit hurlé, Crucifixus opératique, fugue finale où toutes les barres de mesure semblent marquées au surligneur. Le Sanctus aurait pu passer pour la séquence la plus réussie du concert (très beau début mystérieux, premier Hosanna magnifique de mise en place) s’il n’y avait eu le ridicule solo de violon, joué debout ( ???!!!) par Gordan Nikolitch, festival de mauvais goût transformant ce sublime moment sans équivalent dans l’histoire de la musique en vulgaire Méditation de Thaïs. Le Benedictus fut correct (on ne parle ici que de la direction) et les fanfares guerrières au milieu de l’Agnus Dei, terriblement extérieures mais, étrangement, manquant d’impact émotionnel.

Globalement, le London Symphony Chorus et le London Symphony Orchestra étaient en pleine forme et ce n’est certes pas de ce côté que se situait le problème. Leur performance fut malheureusement ternie, outre la direction, par l’acoustique de la salle Pleyel, décidément peu faite pour ce type d’œuvres-grandes machines. Et une fois de plus, un chef de l’expérience de Colin Davis aurait du pouvoir corriger ce problème en enlevant systématiquement un degré de dynamique à ce qu’il délivra. Cela aurait notamment permis de mieux comprendre le texte chanté par le chœur. On s’évitera enfin le ridicule de savoir si la qualité des solistes vocaux est un critère de réussite dans l’interprétation de la Missa Solemnis. Ici, elle fut un élément majeur de la profonde déception éprouvée. Seule Sarah Connolly assura sa partie d’alto, certes avec un timbre assez univoque mais il eût été bien difficile d’émettre la moindre critique technique. Matthew Rose aurait été une basse acceptable dans une autre vision que celle de Colin Davis. Son timbre est intéressant mais le poids de la voix est trop insuffisant pour impacter le texte. Paul Groves et Helena Juntunen parurent, tout du long, complètement dépassés par les événements, lui chantant de plus en plus fort et sombrant dans l’Agnus Dei, elle jouant les Mattila du pauvre et se perdant irrémédiablement dans le Benedictus.

Résumons : un quatuor très médiocre, une acoustique inadéquate, une direction trop peu religieuse. Il est où, le concert de l’année ?

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- Paris
- Salle Pleyel
- 17 septembre 2011
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Missa Solemnis en Ré majeur Op.123
- Helena Juntunen, soprano ; Sarah Connoly, alto ; Paul Groves, ténor ; Matthew Rose, basse
- London Symphony Chorus
- London Symphony Orchestra
- Colin Davis, direction











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