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La belle et la bête, une féerie visuelle et musicale par le Shlémil Théâtre

dimanche 21 février 2010 par Philippe Delaide
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© Georgia Neveu

Belle découverte que ce spectacle La belle et la bête, repris au Théâtre Alexandre Dumas de Saint-Germain en Laye et créé par le Shlémil Théâtre. Cette féerie visuelle et musicale, pour reprendre leur terme, mise en scène par Cécile Roussat et Julien Lubek, porte on ne peut mieux son nom.

Revenant aux sources mêmes de l’écriture du conte du XVIIIème siècle, les artistes qui ont créé ce spectacle ont également eu l’excellente idée de le faire accompagner par un orchestre de chambre. Ce dernier n’est autre que l’Ensemble Contraste, en configuration étendue de huit musiciens, sous la direction de Johan Farjot et d’Arnaud Thorette.

La troupe a repris les textes originaux de deux sources littéraires de références de ce conte, la plus ancienne, écrite par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, datant de 1740, et celle qui a connu une plus grande popularité, sous une forme plus abrégée sous la plume de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, éditée en 1757 dans son recueil de contes intitulé Le magasin des enfants.

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© Georgia Neveu

Grâce à une mise en scène d’une inventivité extraordinaire, les cinq protagonistes de cette féerie nous éblouissent par leur talent et leur charisme pendant les 80 minutes de ce spectacle. Avec des moyens finalement assez simples, un travail soigneux sur l’éclairage, l’enchaînement des différents tableaux, ils reviennent avec naturel et fraîcheur aux bases du spectacle de féerie. Leur jeu est juste, leur posture spontanée et la mise en scène alterne efficacement des climats extrêmement différents où se mêlent la magie (la référence aux spectacles de prestidigitation est permanente avec de nombreuses scènes en trompe l’oeil), la caractérisation des personnages masqués héritée de la « comedia dell’arte » et le monde du cirque, mais aussi l’univers des contes de fée. L’émotion, la sensualité et surtout, la facétie et l’humour parsèment la narration et le spectateur est littéralement emporté dans un univers d’une féerie sensationnelle. Les auteurs du spectacle ont parfaitement réussi à aborder ce conte avec une forme de second degré mais aussi une affection certaine à l’égard des personnages. Les clins d’oeil et l’humour y sont omniprésents et ils prennent toujours le public par surprise avec des trouvailles scéniques nombreuses et habiles, sans pour autant nuire à l’unité et la cohérence du récit. Les artistes de ce spectacle évitent également de tomber dans l’outrance, la lourdeur, l’abondance d’effets en tous genres, pièges qui guettent bon nombre de ces spectacles.

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© Georgia Neveu

Ce dernier est d’ailleurs construit habilement par l’alternance de la narration des textes du conte et des moments musicaux, souvent accompagnés d’une chorégraphie placée sous le signe de la légèreté, et qui rappelle habilement une forme d’insouciance enfantine. L’ingéniosité de la scénographie et la polyvalence des cinq artistes leur permet de jouer le rôle de près de neuf personnages différents, en déployant leurs talents d’acteur, déclamateur, danseur et musicien.

Parmi les belles scènes, on notera la malice avec laquelle Cécile Roussat et Akiko Veaux incarnent la même belle, explorant tous les recoins du château de la Bête en apparaissant d’un moment à l’autre à des endroits à chaque fois aussi improbables l’un que l’autre. Les différentes passages mettant en scène trois petits singes facétieux au service de la Belle sont également irrésistibles, surtout quand deux d’entre eux font un spectacle de claquettes sur fond d’un mouvement de quatuor.

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© Georgia Neveu

L’accompagnement en direct d’un orchestre de chambre est en outre l’une des belles initiatives de ce spectacle, lui permettant pleinement de prendre l’appellation de « spectacle vivant ». La présence réelle d’un orchestre apporte de la chair, du grain à une telle féerie et la pâte humaine n’en est que plus belle encore. Johan Farjot et Arnaud Thorette de l’Ensemble Contraste ont fait un travail exemplaire de transcription de certaines oeuvres. Mozart, Haydn et Grétry se côtoient aussi bien dans les quatuors, que les sonates, les transcriptions de concertos ou d’arias d’opéra. La musique et les tableaux scéniques s’articulent parfaitement et on sent même que les musiciens, dans la fosse et dos à la scène, aimeraient bien jouir, tout comme le public, de la grâce des acteurs et de la mise en scène (seul le pianiste a le privilège d’être face à la scène !).

Ce spectacle est donc un véritable petit bijou étincelant, qui charme autant les enfants que les adultes et qui mériterait indéniablement d’être produit dans d’autres salles pour que le public nombreux vienne se plonger dans un monde où l’étrangeté se déroule sous ses yeux, à quelques pas, avec de vrais êtres, comédiens, clowns, acrobates, chanteurs et instrumentistes qui jouent avec sincérité et générosité. Dans un monde de plus en plus digitalisé et « virtualisé », cette troupe nous confirme que la vraie magie consiste désormais à revenir aux scénographies, machineries de bric et de broc des temps anciens, jongleries malicieuses et pitreries des saltimbanques.

Arnaud Thorette se produira le 12 juin prochain à l’Eté musical d’Horrues en compagnie d’Eliane Reyes et de Jean-Luc Votano.

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- Saint-Germain en Laye
- Théâtre Alexandre Dumas
- 02 février 2010
- La belle et la bête : Féerie visuelle et musicale. Le Shlemil Théâtre.
- Cécile Roussat et Julien Lubek , mise en scène et direction artistique ; Cécile Roussat, Akiko Veaux, Stefano Amori, Alex Sander Dos Santos, Julien Lubek, mimes et danseurs ; David Messinger, costumes ; Antoine Milian, scénographie ; Clément Bonnin, lumières.
- Ensemble Contraste : Pierre Fouchenneret, premier violon ; Maud Lovett, deuxième violon ; Antoine Pierlot, violoncelle ; Anna Besson, flûtes ; Vincent Arnoult, hautbois ; Richard Dubugnon, contrebasse.
- Johan Farjot, piano, arrangements et direction musicale,
- Arnaud Thorette, alto, arrangements et direction musicale.











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