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La beauté du classicisme

samedi 28 janvier 2012 par Nicolas Mesnier-Nature
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© Clémence Hérout

Les Nouveaux caractères, nouvel ensemble de musique ancienne fondé en 2006 par Sébastien d’Hérin et Caroline Mutel montraient à Besançon leur version de l’Orfeo de Monteverdi. Présents sur scène, le proscenium étant comblé de fauteuils, ils se partageaient en deux pôles instrumentaux, la partie droite étant réservée à l’orgue, la viole de gambe et la harpe. A gauche, deux violons, un violone, un théorbe, un clavecin et deux cornets/flûtes à bec ainsi qu’une régale et trois sacqueboutes.

Précisons toutefois que cet instrumentarium est très léger par rapport au nombre considérable d’instrumentistes demandé par Monteverdi à l’époque, et que l’approche de Sébastien d’Hérin n’engage que lui, mais également que l’adaptation et le choix de la quantité des instruments ne vont pas forcément dans le sens qu’on croit, c’est-à-dire vers le minimalisme instrumental. Ceci dit, les treize instrumentistes suffisaient à rendre à cette partition très estimée et fondatrice pour l’histoire de la musique l’essentiel de ses couleurs.

Habillés comme les chanteurs en costumes du début du seicento italien, certains musiciens participaient partiellement à l’action. L’intervention de la violoniste et de la cornettiste pour l’écho avec les coulisses, ou celui de la harpiste au centre pour un discret échange théâtral avec Orphée désenclavent l’espace.

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© Clémence Hérout

Une douce lumière rappelant celle des chandelles, éclatante pour la joie, crue et blafarde pour la tristesse, raconte elle aussi l’histoire qui a tant inspiré peintres et musiciens. Elle suffit à animer un décorum simple lui aussi, unique et sans surcharges. Un fond noir fait ressortir trois voiles blancs bordant une passerelle en bois légèrement surélevée par laquelle toutes et tous arrivent, apportant leur lot de joies et de souffrances. Comme dans le théâtre classique, on ne montre pas crûment la mort, mais on l’évoquera ici en ombres chinoises projetées derrière le voile blanc, comme une vision poétique d’outre-tombe : Eurydice, cueillant des fleurs, piquée par le serpent, s’écroule, accompagnée par la couleur rose qui envahira la scène.

Le baryton Jean-Sébastien Bou sera un Orfeo sobre dans la joie, puis sombre quand le malheur arrive, comme tous les personnages qui l’entourent. Chant intériorisé, gestes pesés, sa présence est évidente de retenue et non pas moins efficace pour autant.
De même pour Virginie Pochon dans une Eurydice qui n’est plus jeune fille, toute vêtue de blanc symbolique, se mouvant avec grâce et chantant avec la délicatesse qu’il convient à ce style d’écriture vocal raffiné où le respect de chaque nuance et une articulation précise sont la clé du succès. L’exubérance ne sera de mise nulle part, nous ne sommes par encore dans le grand opéra baroque vénitien, ce que les interprètes ont très bien compris.

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© Clémence Hérout

Caroline Mutel aura la délicate tâche de l’entrée en matière dans le prologue où elle chante l’allégorie de la Musique, Geoffroy Buffière (baryton-basse) en Caron drapé de noir, Jérôme Varnier (basse) en Pluton hautain, Ronan Nédélec (baryton) en Apollon réconfortant et Sarah Jouffroy en Proserpine dominatrice entourée d’un vêtement rouge sang (mezzo-soprano) s’imposeront sans mal malgré leurs brèves interventions face au rôle-titre prédominant : voix sonnantes et très typées, ancrées dans la terre. Le ciel sera réservé aux hautes-contre Théophile Alexandre (l’Espérance) et Jean-Paul Bonnevalle (rôle multiple). Hjördis Thébault (soprano) sera émouvante en Messagère du malheur.

Le classicisme évoqué sur scène retiendra l’attention deux heures continues, un classicisme serein, probe et habité, sans poudre aux yeux ni aux oreilles.

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- Besançon
- Théâtre Musical
- 13 janvier 2012
- Claudio Monteverdi (1567-1643), Orfeo
- Mise en scène, Caroline Mutel ; Scénographie et costumes, Adeline Caron, Marie Koch ; Lumières Fabrice Guilbert
- Jean-Sébastien Bou, Orfeo ; Jérôme Varnier, Pluton ; Caroline Mutel, la Musique ; Hjördis Thébault, la Messagère ; Virginie Pochon, Eurydice ; Théophile Alexandre, l’Espérance ; Jean-Paul Bonnevalle, un Berger ; Ronan Nédélec, Apollon ; Sarah Jouffroy, Proserpine ; Lisandro Nesis, un Berger ; julien Picard, un Berger ; Geoffroy Buffière, Caron
- Les Nouveaux Caractères
- Sébastien d’Hérin, direction






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