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La Troisième de Bruckner par l’OPL

jeudi 5 février 2009 par Richard Letawe
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Theodor Guschlbauer
DR

L’OPL donnait donc ce soir dans sa Salle Philharmonique son premier concert diffusé en direct sur le net, en streaming, via le site de la télévision locale RTC-Télé Liège. Une première pour un orchestre belge.

Le concert était donné en présence de M Demeyer, bourgmestre de Liège et de représentants de Linz, capitale européenne de la culture 2009, dont Liège saluait ainsi le lancement. Un rapprochement assez piquant dans le contexte liégeois quand on sait que Liège, malgré de nombreux atouts et un mouvement artistique et citoyen très actif, n’est toujours pas officiellement candidate à ce titre, qui doit pourtant revenir à une ville belge, très vraisemblablement francophone en 2015. La majorité socialiste liégeoise n’a visiblement pas envie de froisser son président de parti et bourgmestre de Mons, l’omniprésent Elio Di Rupo, qui a lui lancé la candidature de la ville de Mons, avec une organisation bien rodée, un projet dont il est question dans la cité hennuyère depuis plusieurs années. On attendra donc le 22 février, date de la consultation populaire qui sera organisée suite au dépôt en décembre d’une pétition réclamant cette candidature de Liège, qui a recueilli 22.000 signataires de citoyens liégeois pour connaître la suite du feuilleton.

Hommage à Linz donc, avec ce concert dirigé par un chef autrichien, et où figure une symphonie de l’enfant du pays, Anton Bruckner. Auparavant, le concert débute par la Symphonie n°77 de Haydn, œuvre méconnue, sans doute parce qu’on ne lui a pas donné de titre, mais qui est d’un niveau tout à fait équivalent à celui des contemporaines Symphonies parisiennes. Elle fut composée en 1782-83, très certainement pour honorer une commande venant de Londres, avec ses œuvres sœurs, les Symphonies n°76 et 78. Theodor Guschlbauer en donne une lecture très saine, vive et fraîche, sans excès de brusquerie et sans alanguissement, dont l’équilibre et la mesure sont les vertus premières. On note ainsi un premier mouvement assez retenu, mais altier, aux passages contrapuntiques bien lisibles, un Andante délicat, aux phrasés subtils et chantant, un menuet robuste, dont les effets de surprise sont bien marqués, puis un final réjouissant, à l’articulation bien nette.

La dernière fois que nous avions entendu l’OPL jouer Haydn, sous la direction de Gunther Herbig, le résultat avait été fort décevant. Ce soir au contraire, l’orchestre fournit une prestation stylée et concentrée, et présente des cordes au jeu très précis et aux sonorités soyeuses, des bois pleins de caractère, bien présents mais pas surexposés, et malgré des cors un peu trop placides par instant, l’ensemble est tout à fait satisfaisant. L’année Haydn commence donc sur de belles bases à Liège.

Bruckner pour suivre, avec la Symphonie n°3, choix qu’il faut saluer, dans la version de 1877-78, la « meilleure version », la plus équilibrée et la plus adroite, que Bruckner lui-même conduisit malgré tout au désastre lors de sa création à la tête d’une Philharmonie de Vienne de très mauvaise volonté.

Comme dans la symphonie de Haydn, on remarque avant tout le grand professionnalisme et l’expertise de Theodor Guschlbauer, qui donne un Bruckner remarquablement charpenté. Le premier mouvement est tendu, vif et fier, et va à l’essentiel, mais d‘une façon peut-être un peu trop linéaire. Tout est très beau et très net, mais l’allure est un peu motorique et manque de surprise et de contraste. L’Andante est quant à lui magnifiquement chanté, avec des phrasés nourris, une continuité de ligne admirable, et une profondeur, une sincérité palpables. Un scherzo très carré, net et sans bavure, au trio très caustique achève de convaincre de la pertinence de cette interprétation, avant un finale mordant, un peu rugueux, mais d’une puissance communicative, et dont l’engagement ne faiblit jamais. Fort d’une expérience brucknérienne régulière [1], l’OPL répond à son chef de ce soir avec engagement, clarté et précision, mais se révèle quand même un peu moins à l’aise qu’avec Petri Sakari la saison dernière : on note des cordes graves qui manquent un peu de substance et de présence, et une petite harmonie pas toujours parfaitement en place. Néanmoins, la luminosité des violons, l’éclat et la puissance des cuivres sont des plus appréciables, et assurent le succès de cette très belle exécution, bien menée par un chef dont on louera une fois encore le métier.

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 15 janvier 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°77 en Si bémol majeur Hob.I : 77
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°3 en ré mineur (version de 1877-78)
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Theodor Guschlbauer, direction

[1C’est la troisième fois en quelques que Guschlbauer dirige l’OPL dans Bruckner, et l’orchestre a joué la Neuvième en décembre sous la baguette de Louis Langrée, sans oublier Petri Sakari dans la Sixième la saison dernière






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