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La Traviata à l’Auditorium de Dijon

samedi 28 janvier 2012 par Emmanuel Andrieu
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Taillée sur mesure pour Nathalie Dessay lors du dernier Festival d’Aix-en-Provence, cette production de La Traviata signée Jean-François Sivadier n’en a pas moins brillé avec Irina Lungu dans le rôle-titre qui, rappelons-le, assurait l’alternance avec la diva française cet été. Osons même avouer qu’elle nous a bien plus convaincu que sa célèbre consœur, car disposant d’un matériel vocal autrement plus adapté à la tessiture de ce rôle redoutable entre tous.

Irina lungu, un nom à retenir ! Cette soprano d’origine moldave, lauréate en 2004 du concours Operalia, possède un séduisant timbre cuivré et dispose d’un métier déjà très sûr (elle n’a que 30 ans !). Le premier acte ne met en péril ni son émission, homogène et libre dans le registre aigu (le « Sempre libera » est couronné d’un magnifique contre-mi bémol), ni une vocalisation aussi impeccable que puissamment projetée. L’évolution du personnage, de l’étourdissement passionnel à l’abattement et à la déréliction, du renoncement à l’amour jusqu’à la douleur et la mort, s’inscrit avec justesse et pudeur dans le cadre épuré voulu par la mise en scène. Les accents toujours justes de la cantatrice trouvent à se déployer dans les grands moments de ferveur comme « Amami Alfredo », bouleversant en termes de puissance dramatique. Tout ce qui est écrit piano legato est également chanté avec un superbe raffinement tel le « Dite alla giovine », aux piani divinement dosés. Les colorations d’« Addio del passato » sont remarquables de variété et concourent à rendre très émouvante la mort de la phtisique, vécue de l’intérieur.

Si son format vocal n‘est pas particulièrement ample, le ténor mexicain Jesus Leon a du moins l’art et les moyens de camper un Alfredo d’une vocalità infaillible (le contre-ut de la cabalette !). Son timbre de velours, contrôlé par une technique aguerrie, son refus de tout excès, dans une ligne de chant admirable, et son impressionnant contrôle du souffle, lorsqu’il entonne par exemple le fameux « De’ miei bollenti spiriti », font de ce jeune chanteur un des Alfredo les plus exaltants du moment.

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Baryton verdien des plus convaincants, Dimitris Tiliakos domine le second acte par la chaleur et l’équilibre d’une voix généreuse, et rend le personnage de Germont père presque sympathique. Il délivre un « Di Provenza il mar » de toute beauté, qui nous a personnellement fait frissonner de plaisir. Les autres rôles sont bien tenus, notamment la Flora parfaite d’aisance de Silvia de la Muela.

Malgré une carence de dynamisme au premier acte, le chef italien Roberto Rizzi-Brignoli a fort bien mené le reste de la partition, soucieux de trouver des couleurs et des tempi aussi fluctuants que les situations du drame, par ailleurs très bien suivi par un Orchestre Dijon Bourgogne dans une forme olympique et par un chœur maison (doublé par l’Estonian Chamber Choir) impeccable.

Enfin, c’est avec grand plaisir que nous retrouvions à Dijon la production aixoise de Jean-François Sivadier. En plus de son goût affiché de la mise en abyme, son travail est une véritable déclaration d’amour au théâtre. Sur un plateau quasi nu, des acteurs se préparent à jouer ce qui pourrait être La Dame aux camélias, dont est inspiré l’opéra de Verdi. Remarquable directeur d’acteurs, Sivadier rend de suite floue - formidablement aidé en cela par le talent des chanteurs-comédiens réunis ce soir - la frontière entre drame joué et drame vécu, et le public se laisse vite prendre au jeu - ou plus exactement a tôt fait de croire que ce sont bien des êtres qui souffrent réellement dans leur chair qui évoluent devant lui. A ce titre, la mort de l’héroïne, pieds nus, avançant en titubant sur le devant de la scène, avant que de s’effondrer sur les derniers accords de la partition, restera une des images les plus théâtralement fortes qu’il nous aura été donné de voir à l’opéra. Quel magnifique moment de théâtre !

Les spectateurs bourguignons, sitôt le rideau baissé, ont ainsi tout naturellement réservé une standing ovation amplement méritée à l’ensemble des protagonistes de cette formidable soirée.

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- Dijon
- Auditorium
- 07 janvier 2012
- Giuseppe Verdi (1813- 1901), La Traviata. Opéra en trois actes, livret de Francesco Maria Piave d’après « La Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils.
- Mise en scène, Jean-François Sivadier ; Décors, Alexandre de Dardel ; Costumes, Virginie Gervaise ; Lumières, Philippe Berthomé.
- Violetta Valéry, Irina Lungu ; Alfredo Germont, Jesus Leon ; Giogio Germont, Dimitris Tiliakos ; Flora Bervoix, Silvia de la Muela ; Annina, Anne Mason ; Gaston, Manuel Nunez-Camelino ; Duphol, Laurent Alvaro ; Grenvil, Maurizio Lo Piccolo.
- Chœur de l’Opéra de Dijon, Estonian Chamber Choir ; Chef des chœurs, Salvo Sgro
- Orchestre Dijon Bourgogne
- Roberto Rizzi Brignoli, direction











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