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La Poule vue par Spinosi à Monte Carlo.

lundi 18 mai 2009 par Cyril Brun
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Jean-Christophe Spinosi
© Didier Olivre

Réunir Rossini, Mozart, Haydn et Jean-Christophe Spinosi dans une même matinée c’était garantir un programme détendu et plein d’humour.

On connaît la fougue et la passion du jeune chef corse, souvent critiquée du reste. On apprécie sa simplicité avec le public et parfois ses initiatives d’interprétations. S’il est visible qu’il a mis toute son attention à servir, sa conception de la poule, il se pourrait bien que ce soit au détriment des deux autres œuvres. En effet, l’ouverture de la Pietra del Paragone, semblé assez négligée, pesanteur et approximation n’ayant jamais vraiment quitté l’exécution. Dès les premières mesures, les pizzicati sont lourds et appuyés, tandis que les flûtes, très en dehors, sont légèrement décalées. D’une manière générale, autour des contre temps, les attaques et fin de phrases débordent, et sur le fortissimo qui suit le premier thème les accents trop lourds et martelés ne font que renforcer l’impression de juxtaposition des pupitres. Le second thème n’est pas vraiment mieux servi par des flûtes trop précipitées et une justesse relative des violons, tandis que les cuivres semblent lâcher leurs notes sans véritablement les jouer. Peut être est-ce le tempo un peu rapide qui donne une impression pâteuse du jeu des violons, qui ne sont pas tout à fait ensemble. Le manque d’unité est encore renforcé par les accents finaux des cuivres bien trop en dehors. Quant aux crescendo, on ne peut pas dire qu’ils étaient trop rossiniens, du fait de leur arrivée trop rapide sur le fortissimo, à l’exception peut être du final.

Mozart n’est pas vraiment mieux servi. Après l’interpellation d’ouverture, les vents très flous donnent le ton à une interprétation résolument romantique. Mais ce romantisme indélicat qui aurait pu donner une certaine fluidité aux enchaînements, les alourdit au contraire. Loin de la rigueur classique, les piqués sont tous allongés, les flûtes, pas très justes dans leurs entrées, se révèlent très lourdes dans leur accompagnement de croches aux côtés du piano, dont l’interprétation plus classique creuse une large distance avec l’orchestre. Visiblement gênés par cette différence de style, les musiciens de l’orchestre se rencontrent eux même plus difficilement : ainsi les violons sortent crispés des premiers temps de l’orchestre, et une sorte d’épatement des notes achève d’installer un grand flou, souligné par des accents imprécis. Noyé sous l’effusion de notes de l’orchestre, le pianiste ne peut jamais dialoguer avec lui. L’interprétation romantique (et dirigée comme telle par le chef) dessert totalement ce premier mouvement. Au deuxième mouvement, dès l’introduction, bois et cuivres se télescopent, tandis que les violons partent l’un après l’autre. C’est peut être sur le duo flûte piano que la différence d’interprétation se fait le plus sentir, jusqu’aux tempi un rien différents, et les hautbois trop sec et très indépendants des flûtes accentuent encore cette distance. C’est peut être du fait de ce manque d’ensemble que la fin du mouvement paraît inachevée, tandis que le début du suivant n’est pas ensemble : sur la montée de la tension, les accents de l’orchestre ne sont pas avec ceux du piano, et les accents totalement romantiques des timbales achèvent de disperser l’orchestre. Soulignons toutefois un très beau solo de flûtes et hautbois, malheureusement sans lien avec le piano. Après le solo de celui-ci, l’orchestre reprend sa propre ligne interprétative. Unique moment d’unité, l’ensemble du piano et des violoncelles. Quant au final, très en couleur, il n’a pas de réelle profondeur, et il faut attendre le bis pour apprécier les qualités de David Fray, malgré un piano très métallique.

Changement radical d’ambiance avec Haydn. On retrouve ici l’orchestre que l’on connaît. Une très bonne pâte d’orchestre équilibrée, aux très belles nuances maîtrisées et ajustées. L’interprétation elle-même est nettement plus classique, même si le deuxième mouvement retrouve une couleur romantique qui du même coup rompt l’unité de l’orchestre, le subdivisant en îlots, notamment sur les tenues de croches. Les enchaînements fugués sont approximatifs. C’est la même impression que l’on retrouve quant à la pulsation en contre temps du troisième mouvement qui s’enchaîne mal et n’épouse pas la ligne mélodique. Le quatrième mouvement renoue avec le classicisme (une pointe de baroque par moment ?). Plus à l’aise pour interpréter la partition telle qu’elle est écrite, les flûtes jusque là en dehors sont ici très bien placées. Les soufflets de nuances sur la fin sont excellents, malgré un usage encore romantique parfois des cuivres.

Au final une matinée en demi teinte qui laissa sur sa fin, mais à laquelle la passion convaincue de Jean-Christophe Spinosi pour la Poule, a su donner un peu de fraîcheur. Même si son interprétation a des côtés convaincants, elle n’en reste pas moins probablement étiologique.

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- Monte Carlo
- Salle Garnier
- 10 mai 2009
- Gioachino Rossini (1792-1868), La Pietra del Paragone, ouverture
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour piano, n°25 en do majeur KV503
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n° 83 en sol mineur, « La poule ».
- David Fray, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
- Jean-Christophe Spinosi, direction











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