ClassiqueInfo.com




La Petite renarde rusée à l’Opéra Bastille

dimanche 26 octobre 2008 par Karine Boulanger

Pour l’entrée au répertoire de la Petite renarde rusée couronnant un cycle Janáček entrepris en 2004, l’Opéra de Paris a fait appel au metteur en scène André Engel qui signe ici sa seconde production de l’œuvre de Janáček.

JPEG - 65.3 ko
E. Tsallagova
CREDIT : B. Uhlig/ Opéra national de Paris

Elaborée entre 1922 et 1924 d’après une nouvelle de Rudolf Tĕsnohlídek parue en feuilleton illustré courant 1920, l’histoire présente les aventures tragi-comiques d’une renarde prisonnière d’un garde-chasse et finissant par convoler en justes noces avec un renard, en dressant des parallèles entre le monde animal et le monde des humains. A partir de cette trame, Janáček élabora un livret en ne retenant que quelques épisodes et en ajoutant une fin : la mort de la renarde et l’éternel renouveau de la nature avec l’ultime rencontre du garde-chasse avec une petite renarde et une jeune grenouille, descendants des premiers héros du récit. Plus qu’une succession d’épisodes amusants, l’opéra a pour véritable thèmes la nature et la fuite du temps, apparaissant dans les dialogues des humains et le dernier monologue du garde-chasse.

JPEG - 65.9 ko
E. Tsallagova, E. Cenni
CREDIT : B. Uhlig/ Opéra national de Paris

La mise en scène d’André Engel, reprenant dans ses grandes lignes celle élaborée pour l’Opéra de Lyon en 1998, ne s’écarte guère dans l’ensemble de l’argument de l’opéra, secondée par les décors de Nicky Riety et les costumes inventifs de Elizabeth Neumuller. Au bord d’une voie ferrée, symbole du monde humain gagnant progressivement sur la nature, l’action prend pour cadre tantôt un champ de tournesols, tantôt une exploitation agricole grise et terne ou une auberge étriquée et déprimante. Le troisième acte, plus sombre avec la mort de la renarde, se passe en hiver, la voie ferrée apparaissant telle une immense cicatrice sombre dans une immensité blanche où la vie semble comme éteinte. L’aspect factice, les couleurs improbables et faussement pimpantes de la « nature » tranchent sur le monde gris et terne des humains et semblent souligner à quel point ces aspects positifs ne relèvent que du rêve ou du conte. André Engel n’est jamais tombé dans le piège de dresser des parallèles trop forts et évidents entre animaux et hommes. Au contraire, l’excellente direction d’acteurs souligne les parentés de faits et gestes, de langage et de situations, mais en gardant toujours un décalage et des attitudes propres aux animaux qui empêchent tout amalgame. Dans ces conditions, les costumes des animaux et insectes en partie dérivés d’habits, détournés ou décorés de façon à évoquer une grenouille, un escargot ou un renard, renvoient à la nouvelle originale où les animaux sont à la fois proches des humains mais en même temps complètement différents, créant ainsi un comique de décalage. Quelques libertés ont été prises avec le livret, comme la rencontre de la Renarde avec un jeune renard, non pas dans la forêt, mais en train de chaparder tous deux dans le même poulailler, l’hiver présent dès le début de l’acte III, en lieu et place de l’automne, et surtout la fin où le songe du garde-chasse est traité littéralement, l’homme éveillé, et tombe un peu à plat. L’ensemble est plaisant, souvent amusant, mais manque malheureusement de poésie et d’émotion, presque réduit à la simplicité d’une fable enfantine.

JPEG - 60.6 ko
D. Kuebler, R. Bracht, J. Rasilainen
CREDIT : B. Uhlig/ Opéra national de Paris

La distribution est particulièrement homogène mais sans éclat, autour de la Renarde de Elena Tsallagova (remplaçant Christine Schäfer, initialement prévue) qui possède la légèreté et la grâce du rôle, mais dont la voix petite et très bien projetée n’évoque qu’une enfant espiègle, manquant trop de fruité et de rondeur pour véritablement incarner toutes les facettes de la Renarde. Hannah Esther Minutillo, quant à elle, est un renard charmeur très convainquant. Jukka Raisilanen campe un garde-chasse honorable et sait être émouvant dans la dernière partie, malgré un phrasé sans subtilité et un timbre grisâtre. Ses compères, un peu fatigués, appellent peu de reproches : l’instituteur larmoyant de David Kuebler, le prêtre nostalgique de sa jeunesse de Roland Bracht ou encore le braconnier, heureux mari de la tsigane, Paul Gay. Les autres rôles sont tous tenus avec justesse et drôlerie. L’Orchestre de l’Opéra, placé sous la direction efficace de Dennis Russell Davies, a rendu justice à la partition si particulière de Janáček, toute en délicatesse et au raffinement parfois presque debussyste.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Opéra Bastille
- 23 octobre 2008
- Leoš Janáček (1854-1928), La Petite renarde rusée, opéra en trois actes.
- Mise en scène , André Engel ; décors , Nicky Riety ; Costumes , Elizabeth Neumuller ; lumières , André Diot ; chorégraphie , Françoise Grès.
- Le garde-chasse , Jukka Raisilanen ; la femme du garde-chasse/la chouette , Michèle Lagrange ; l’instituteur , David Kuebler ; le prêtre , Roland Bracht ; Harašta , Paul Gay ; la Renarde , Elena Tsallagova ; le Renard , Hannah Esther Minutillo ; l’aubergiste , Nicolas Marie ; la femme de l’aubergiste , Anne-Sophie Ducret ; le chien , Letitia Singleton ; le coq/le geai , Elisa Cenni ; la poule huppée , Natacha Constantin ; le pivert , Xenia Fenice d’Ambrosio ; le moustique , Paul Crémazy ; le blaireau , Slawomir Szychowiak
- Chœurs de l’Opéra national de Paris, Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine, chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris. Chef des chœurs , Alessandro di Stefano.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Dennis Russell Davies, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842578

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License