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La Passion selon Matthieu par l’Atelier Lyrique de Tourcoing

vendredi 17 avril 2009 par Richard Letawe
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Jean-Claude Malgoire
© Danielle Pierre

Cette exécution de la Passion selon Mathieu par les forces de l’Atelier Lyrique de Tourcoing a drainé un très nombreux public dans l’église Notre-Dame des Anges, au point qu’on y était véritablement très serré. Trois heures un peu inconfortables d’un point de vue matériel, mais d’un haut niveau musical.

A rebours des tendances minimalistes à la mode actuellement dans les exécutions d’œuvres de Bach, Jean-Claude Malgoire a opté pour un effectif imposant : grand chœur, renforcé par une maîtrise, et orchestre fournis, d’une vingtaine de cordes au total, chacun divisé par deux comme il se doit. Malgoire mène soigneusement toutes ses troupes, donnant une lecture vivante et puissante, aux climats variés, où chaque numéro reçoit sa juste expression. Il accorde une grande attention aux variations de dynamique ainsi qu’à la lisibilité et à l’équilibre général, chaque partie s’insérant parfaitement dans l’ensemble, respirant avec les autres sous la conduite bienveillante mais ferme du chef. C’est donc une grande et belle version à laquelle on a droit, fervente et recueillie, mais aussi colorée et vivante, soutenant et stimulant l’attention à chaque épisode.

En grande formation ici, le Chœur de chambre de Namur est fidèle à son excellente réputation : richesse des timbres, cohésion des pupitres, netteté de la diction, perfection de l’intonation, ce chœur a tout plaire, et fait au demeurant preuve d’une implication dramatique très louable. Il est renforcé dans les chorals par une maîtrise dont la composition ravit ceux qui sont allergiques aux voix de garçons, un seul jeune homme pour une vingtaine de filles. Les interventions de cette chorale juste, bien chantante, aux voix lumineuses, à l’intonation aérienne, sont d’une fraîcheur bienveillante.

C’est Paul Agnew qui remplit la fonction d’évangéliste. On peut le trouver légèrement affecté au départ, un peu « extérieur ». Il gagne cependant en sobriété par la suite, et on peut alors pleinement profiter de ses capacités intactes de chanteur. Aucun de ses longs récits ne le trouve en manque de souffle, et il assume sans faiblesse toutes les difficultés vocales de sa partie, pour une prestation qui se révèle au final de plus en plus prenante.

On n’en dira pas autant d’Alan Ewing. Poussant les sons, d’une voix d’outre-tombe, celui-ci est un Jésus granitique, privé d’humanité, pour lequel on ne ressent pas de compassion tant cette statue du commandeur semble surnaturelle et désincarnée. Alain Buet est en revanche un Pilate exemplaire, au verbe haut et clair, très impliqué, et il chante l’air qui lui est dévolu « Geb mir meinem Jesum wieder ! » avec tout le mordant requis.

Les airs de soprano sont dévolus à Olga Pasichnyk, chanteuse dont la carrière est de plus en plus prestigieuse, et qui apporte un lustre indéniable à cette distribution. Rompue à la technique vocale baroque, elle chante ses airs avec un savoir-faire idéal, et n’oublie pas de varier la couleur et les affects, jouant à merveille de son timbre opalescent. Son allemand sans faute, la pureté de son intonation, l’émotion toute en délicatesse de son chant font de chacune des ses arias un moment de grâce.

Sans démériter, les autres solistes sont moins marquants. Damien Guillon est un contre-ténor élégant, au style très pur, mais dont la voix assez blanche manque un peu de corps, de puissance et de séduction harmonique. Son chant lisse, aux aigus parfois périlleux, laisse donc peu de trace, malgré les merveilles que lui réserve la partition. Donat Havar, ténor, ne manque lui ni de présence ni de conviction, mais ses aigus sont trop souvent fâchés avec la justesse, et son « Geduld » est d’une pâleur et d’un manque de relief déconcertant. Enfin, le baryton Marc Boucher passe un peu inaperçu, avant de livrer un « Mache dich, mein Herze, rein » assuré, d’une tenue et d’une autorité impressionnantes.

La Grande Ecurie et la Chambre du Roy fait bonne figure collectivement durant ces trois heures, soignant les articulations, et offrant des sonorités à la verdeur revigorante. Quelques solistes ne sont pas tout à fait inoubliables, mais la prestation d’ensemble est à la hauteur de l’événement.

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- Tourcoing
- Eglise Notre Dame des Anges
- 05 avril 2009
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Matthäus-Passion BWV244
- L’Evangéliste, Paul Agnew ; Jésus, Alan Ewing ; Pilatus, Alain Buet
- Olga Pasichnyk, soprano ; Damien Guillon, contre-ténor ; Donat Havar, tnéor ; Mac Boucher, baryton
- Chœur de chambre de Namur. Chef de chœur, Thierry Lequenne
- Chœur maîtrisien du Conservatoire de Wasquehal. Dirigé par Pascale Diéval-Wils
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction











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