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La Norma à Monte-Carlo… Fiasco ? Ou… fiasco !!! … ?

lundi 30 mars 2009 par Cyril Brun
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© Opéra de Monte-Carlo

Peu habitué à l’insuccès, Bellini, blessé n’hésita pas à qualifier lui-même la première de La Norma de fiasco, surlignant lui-même le désastre de nombre de points d’exclamation ! Qu’eut-il dit de cette représentation monégasque ?

Si parler de fiasco est certes trop fort, il n’en demeure pas moins qu’une partie de la salle n’hésita pas à huer l’un des chanteurs. S’il nous paraît toujours déplacé d’aller jusqu’à huer, il faut accorder au public de la Principauté qu’il y avait, de fait, des raisons d’être mécontent. Il est vrai que ce pauvre Nicola Rossi Giordano manquait à la fois de voix et de justesse dès sa première apparition, saturant dans l’aigu, asséchant la moindre note. Sa voix sourde escamota le terzetto tant attendu. Il ne brilla pas davantage dans son jeu de scène, pas plus que Norma du reste qui est restée constante comme druidesse imperturbable, comme mère éplorée, ou comme femme bafouée. Cette absence de vie fut encore plus sensible dans sa colère contre Pollione. Colère sans expression, sans relief. Elle ne parvint du reste pas à tenir le public en haleine dans ces si « longues, longues mélodies belliniennes », pour reprendre Verdi. Coupant par de très nombreuses respirations, elle contribua à faire de cet opéra une suite de tableaux discontinue. Ce fut du reste la caractéristique de cette interprétation de Giuliano Carella, soutenu dans ce travers par une mise en scène absente et sans aucune unité. Il est intéressant de noter que ce qui contribua au fiasco de la première milanaise se retrouve sur le rocher près de deux siècles plus tard. On a en effet avancé bien des éléments de ce fiasco, l’un deux fut le manque de voix de la Norma, mais peut être davantage encore la nouveauté introduite par Bellini et Romani et qui fera définitivement école dans l’opéra du XIXe siècle. Au lieu de l’habituel opéra à numéro avec ces propres codes, ils choisirent de privilégier l’unité dramatique, au risque de choquer un auditoire habitué aux grands développements des finales. La Norma commence à la première mesure du premier acte et finit à la dernière note du dernier acte. Il est donc assez surprenant que la mise en scène, outre un danseur omniprésent campant le destin, se soit contentée de juxtaposer des scènes, comme une suite de tableaux. Ce manque d’unité dramatique s’est reproduit à tous les niveaux : distorsion entre la scène et la fosse, entre les acteurs eux-mêmes, entre la mise en scène et la musique, entre le texte et le jeu des acteurs. Dès l’ouverture, le manque de finesse et de précision, notamment dans l’enlacement avec la harpe (submergée par les flous de l’orchestre), les accents très feutrés contrastaient avec des trompettes bien trop en dehors. Une série de ritenuti très libres ont contribué à déséquilibrer l’entrée des chœurs, très approximatifs et poussant les forte au delà de la capacité sonore de l’Opéra Garnier. La même approximation, engendra de vrais problèmes de tempi sur le morceau de bravoure de la pièce Casta diva. Les entrées et reprises, très approximatives, ajoutées aux nombreuses respirations de Hasmik Papian, ont définitivement installé toute la troupe dans une logique de rupture.

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© Opéra de Monte-Carlo

Quant à la marche militaire, son équilibre fut emporté par l’emballement de l’orchestre. D’une manière générale, une surenchère de rubatos incertains a nettement entravé les changements de tempi qui n’ont presque jamais été immédiats. S’il arrive parfois que l’orchestre se ressaisisse au second acte, il n’en fut rien cette fois. L’ouverture, comme le trois temps de la fin de l’acte précédent, fut très lourde et pâteuse, particulièrement les violons sur la tenue des cors. Au final, un orchestre très indépendant de la scène et qui, emmené par son chef, s’emballe, créant de fréquents décalages, obligeant les chœurs à des fins de phrases approximatives, écourtées, comme essoufflées. Laissés à eux-mêmes, les nuances de ceux-ci, sans tenir compte de l’exigüité de la salle, hurlaient. À ce jeu là, le chœur guerrier frôla la cacophonie. L’absence totale de gestion des nuances conduit le finale à une complète saturation sonore.

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© Opéra de Monte-Carlo

Toutefois, malgré ces nombreuses réticences qui ont tout même nettement appauvri l’intention dramatique de Bellini, créant des longueurs qu’on ne connaissait pas à la partition, parler d’un nouveau fiasco serait un peu fort. Indépendamment des ruptures, Hasmik Papian sut ravir le public par la puissance de sa voix et une excellente maîtrise des nuances donnant aux plus grands airs la vie que son jeu scénique ne rendait pas (exception faite de la colère). Elle fut brillante dans les duos avec Béatrice Uria-Monzon, leurs voix s’épousant à merveille, créant la seule véritable unité de la soirée. Incontestablement, comme souvent lorsqu’elle paraît, Béatrice Uria-Monzon fut le clou de cette soirée. Sa voix toujours aussi claire et puissante, son jeu toujours aussi expressif n’avaient ce soir comme rival que l’excellent Wojtek Smilek dans le rôle d’Oroveso. Quant aux décors, très simples et stylisés, leur sobriété, laissant une scène quasiment vide, ne contribua pas vraiment à rehausser, ce qui ne fut pas, à défaut d’un fiasco, une réussite, malgré l’investissement de l’opéra dans des costumes magnifiques signés Karl Lagerfeld.

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- Monte-Carlo
- Salle Garnier
- 24 mars 2009
- Vincenzo Bellini (1801-1835), La Norma. Tragédie lyrique en deux actes sur un livret de Felice Romani
- Mise en scène, Jean-Christophe Maillot ; Décors, Rolf Sachs ; Costumes, Karl Lagerfeld ; Lumières, Jean-Christophe Maillot
- Norma, Hasmik Papian
- Adalgisa, Béatrice Uria-Monzon
- Clotilde, Diana Axentii
- Pollione, Nicola Rossi Giordano
- Oroveso, Wojtek Smilek
- Flavio, Carlo Guido
- Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo. Chef de chœur, Stefano Visconti
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Giuliano Carella, direction











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