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La Navarraise et Cavalleria Rusticana à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne

vendredi 18 novembre 2011 par Emmanuel Andrieu
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Marie Kalinine, Santuzza
© J.A. Raveyre

Absolue rareté, l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne a eu la bonne idée de redonner sa chance à La Navarraise, œuvre méconnue de l’enfant du pays, Jules Massenet. L’ouvrage était couplé avec un opéra qui, lui, n’a jamais déserté nos scènes : Cavalleria Rusticana.

A l’instar de Covent Garden qui, en 1894, avait proposé les deux pièces ensemble, l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne a donc repris l‘idée de ce couplé. Rien de bien étonnant quand on sait que La Navarraise fut justement la réponse du compositeur stéphanois au brillant succès que rencontra le chef d’œuvre de son homologue italien à l’Opéra Comique en janvier 1892. Suite au triomphe qu’y remporta Emma Calvé dans le rôle de Santuzza, la célèbre cantatrice fut choisie pour interpréter celui d’Anita et, à l’époque, l’ouvrage fut rebaptisé « Calvélleria española » !…

On est loin ici du caractère « érotico-religieux » de sa Thaïs créée seulement quelques mois plus tôt. C’est bien de vérisme dont il s’agit ici. Anita est pauvre et aime Araquil, soldat et fils d’un riche paysan des environs de Bilbao. Afin de se procurer la dot qu’il exige d’elle pour l’épouser, Anita tue le chef des carlistes Zuccaraga dans le but d’empocher la rançon promise. Mais son amant, qui l’a suivie jusque dans le camp ennemi, croyant à tort à son infidélité, y est mortellement blessé. Il la maudit et elle sombre dans la folie. Musicalement, c’est une partition concise, vigoureuse, d’une grande intensité dramatique que nous offre Massenet. Comme dans l’Otello de Verdi, l’orchestre débute avec la force d’un ouragan : cuivres tonitruants et cordes furibondes ! Mais le compositeur n’a pas renié ce qui caractérise sa musique, et le délicat Intermezzo entre les deux actes ou la délicieuse romance d’Araquil « O ma bien aimée » viennent le rappeler.

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Marie Kalinine, Santuzza
© J.A. Raveyre

C’est à Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo (où l’ouvrage sera donné en janvier prochain), que Daniel Bizeray, maître des lieux, a commandé la mise en scène de cette Navarraise. Il transpose l’action en pleine guerre civile espagnole avec, comme décor unique, une immense barricade composée de chaises disparates - scénographie signée par son décorateur « attitré », le talentueux Rudy Sabounghy. L’effet est saisissant, d’autant que les lumières, réglées par un autre de ses proches collaborateurs, Laurent Castaingt, sont-elles aussi particulièrement dramatiques. La direction d’acteur s’avère pertinente, comme toujours avec le metteur en scène monégasque.

Quant à la mise en scène de Cavalleria Rusticana, elle a été confiée à Vincent Vittoz. Nulle trace de la Sicile ici, c’est au drame (universel) du quatuor amoureux qu’il s’intéresse. Très dépouillée, la scénographie - signée Amélie Kiritzé-Topor - est simplement constituée de toiles blanches qui descendent des cintres. L’une d’entre elles, marquée d’une croix rouge vif, renvoie à la culpabilité qui ronge Santuzza, tandis que plusieurs autres se teintent peu à peu de sang, préfigurant ainsi l’assassinat à l’arme blanche de Turridu par Alfio, l‘époux cocufié. Les symboles sont un peu lourds, mais d’un bel effet visuel et dramatique.

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Alain Herriau, Remigio ; Dimitris Paksoglou, Araquil ; Marie Kalinine, Anita
© J.A. Raveyre

Dans La navarraise, la jeune mezzo française Marie Kalinine, douée d’un tempérament théâtral incandescent, fait office de révélation. Bouleversante de bout en bout, elle confère au personnage d’Anita une complexité et une densité rares. Le pari musical semble tout aussi réussi car la chanteuse donne très vite sa pleine mesure, faisant retentir un aigu franc et un grave nourri. Elle montre néanmoins quelques signes de fatigue dans le rôle de Santuzza, très éprouvant vocalement, mais qu’elle préserve des vulgarités de tant de mezzos. Dans le double rôle d’Araquil et de Turridu, on découvre le jeune ténor Dimitris Paskoglou. Doté d’un fort beau timbre, offrant un chant très stylé et capable de superbes demi-teintes, le chanteur grec se montre cependant plus timide comédien et accuse des tensions dans l’aigu qui vont s’aggravant en seconde partie de soirée.

A toute épreuve, en revanche, le solide baryton d’André Heyboer (Garrido et Alfio). C’est de surcroît un acteur remarquable dont le chant dégage spectaculairement une impression de force brute, qui sied au personnage fruste du charretier. Les comprimari n’appellent aucun reproche : Yété Queiroz trouve le ton juste pour Lola, Béatrice Burley s’avère une Mamma Lucia très présente tandis qu’Alain Herriau (Remigio et Bustamente) impressionne par ses graves profonds.

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Marc Larcher, Ramon ; Marie Kalinine, Anita
© J.A. Raveyre

Depuis sept ans qu’il est à la tête de l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, Laurent Campellone continue de nous ravir par le travail accompli avec la phalange stéphanoise. C’est tout simplement merveille que d’entendre la sensualité tragique et la flamme passionnelle qu’il en obtient. Il parvient, par ailleurs, à créer dans les deux partitions les paroxysmes voulus, sans tomber dans le piège du mauvais goût. Nous ne tarirons pas non plus d’éloges à l’égard du Chœur lyrique de Saint-Etienne Loire, petit miracle de cohésion et d’efficacité dramatique. C’est bien naturellement qu’une longue ovation a été adressée par le public stéphanois à l’ensemble des artisans de cette superbe soirée.

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- Saint-Etienne
- Grand Théâtre Massenet
- 08 novembre 2011
- Jules Massenet (184261912), La Navarraise, Episode lyrique en 2 actes
- Mise en scène, Jean-Louis Grinda ; Scénographie, Rudy Sabounghi ; Costumes, David Belugou ; Lumières, Laurent Castaingt
- Anita, Marie Kalinine ; Araquil, Dimitri Paksoglou ; Garrido, André Heyboer ; Remigio / Bustamente, Alain Herriau ; Ramon, Marc Larcher
- Pietro Mascagni (1863-1945), Cavalleria Rusticana, Mélodrame en 2 actes
- Mise en scène, Vincent Vittoz ; Scénographie, Amélie Kiritzé-Topor ; Costumes, Dominique Burté ; Lumières, Cyrille Chabert
- Turiddu, Dimitris Paksoglou ; Santuzza, Marie Kalinine ; Alfio, André Heyboer ; Mama Lucia, Béatrice Burley ; Lola, Yété Queiroz
- Chœur lyrique Saint-Etienne Loire
- Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire
- Laurent Campellone, direction






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