ClassiqueInfo.com



La Messe en si rifkinienne de Sigiswald Kuijken et Ambronay

vendredi 21 octobre 2011 par Philippe Houbert
JPEG - 81.5 ko
Sigiswald Kuijken
© Franck Toussaint

Depuis sa création en 1993, l’Académie baroque européenne d’Ambronay, émanation du festival de la même localité, a permis à près d’un millier de musiciens et danseurs en devenir de travailler sur quelques projets ambitieux tout en bénéficiant de l’encadrement de grands artistes, de William Christie à Jean Tubéry, de Rinaldo Alessandrini à Jordi Savall, d’Hervé Niquet à Paul McCreesh. Elle a ainsi contribué au développement artistique de ces jeunes et leur a offert des plateformes d’insertion professionnelle. Pour sa dix-huitième édition, c’est Sigiswald Kuijken qui prenait les rênes d’un projet terrifiant, la Messe en si de Bach.

Pour mener à bien cette démarche, des auditions se tinrent à Paris, Varsovie, Leipzig, La Haye et Barcelone en février de cette année ; puis un cycle de formation et de préparation à l’œuvre se déroula à Pavie du 15 au 27 septembre, encadré par Christoph Genz pour le chant, Barthold Kuijken et Jean-François Madeuf pour les vents, François Fernandez pour les cordes ; enfin, une tournée européenne de concerts, de Pavie à Anvers, d’Ambronay à Paris, de Lisbonne à Brescia. Ce cycle prenait d’autant plus d’envergure et d’ambition que Sigiswald Kuijken, fidèle aux options qui le guident dans le cycle de cantates de Bach entrepris depuis quelques années, avait opté pour une « approche Rifkin », soit un chanteur par partie pour les parties chorales. C’est dire si le défi était important, tant pour les jeunes chanteurs que pour les instrumentistes, le tout en l’église Saint–Roch dont on connaît l’acoustique plus que capricieuse et difficile à maîtriser. A la fois conscient des difficultés et désireux de donner leur chance à de nombreux chanteurs, Sigiswald Kuijken forma deux équipes, une pour le Kyrie et le Gloria, une seconde pour le Symbolum Nicenum (Credo), les deux étant réunies pour les dernières parties.

Il ne s’agit donc pas ici de comparer l’incomparable, d’évaluer ce concert à l’aune des meilleures versions de ce chef d’œuvre absolu de l’histoire de la musique. Disons que les points forts de cette version furent les suivants : la limpidité évidente de l’optique retenue par le chef. Comme dans ces cantates, tout semble naturel, le chant s’articule sur une transparence totale de l’harmonie, aucun excès dans les tempi, ni dans un sens ni dans l’autre. La ferveur est sans cesse présente sans que quelque artifice vienne essayer de la fabriquer. On est loin ici des Bach triturés, torturés, où les chefs essaient d’épater la galerie. Ensuite, Sigiswald Kuijken oblige, les cordes, absolument remarquables et qui, elles, pourraient déjà se confronter à celles de la Petite Bande ou autre Concentus Musicus. Remarquables flûtes également, certainement bien préparées par Barthold Kuijken. Enfin, l’équipe de chanteurs (nous ne pouvons malheureusement être plus précis car le programme donnait la liste des noms sans précision des parties dans lesquelles ils intervenaient) rassemblée pour le Credo était plus qu’intéressante, notamment la soprano 1 et l’alto dans le Et in unum Dominum Jesum Christum, et la basse dans le Et in Spiritum Sanctum Dominum. Par élimination, on comprendra que les autres parties prenantes instrumentales et vocales se situaient un bon cran en-dessous.

Ensuite, on peut ergoter sans fin sur la validité des options Rifkin (tant qu’on ne nous érige pas ça en dogme à suivre, on trouve ça intéressant même si nos oreilles attendent, notamment dans le Gloria, une plus grande ampleur) et sur le risque encouru en donnant une telle œuvre-monstre avec des ressources encore vertes, le tout dans une acoustique si délicate. A la fin, il restera à dire que la simple écoute de cette Messe en si exécutée par des musiciens sensibles et convaincus ne peut que procurer du bonheur.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Eglise Saint-Roch
- 10 octobre 2011
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Messe en si mineur BWV 232
- Académie baroque européenne d’Ambronay
- Marie Jaermann, Julia Kirchner, sopranos I ; Marie Remandet, Lydia Brotherton, sopranos II ; Maria-Chiara Gallo, Anna Werecka, Gabriel Jublin, altos ; Safir Behloul, Julian Forbes, Luca Cervoni, ténors ; Daniel Bacsinszky, Pierre Héritier, Josep-Ramon Olivé-Soler, basses
- Sigiswald Kuijken, Fiona-Emilie Poupard, Tomoe Mihara, Katia Viel, Lathika Vithanage, violons I ; Samuel Hengebaert, alto ; Josèphe Cottet, violoncello da spalla ; Nestor Cortes, Maria Pla-Pirovano, basses de violon ; Felipe Egaña Labrin, Elif Tepe, traversos ; Jelina Deuter, Jon Olaberria, Yongcheon Shin, hautbois ; Giovanni Battista Graziadio, Alessandro Nasello, bassons ; Julia Boucaut, Florian Léard, Nicolas Isabelle, Bruno Fernandes, trompettes ; Ella Vala Armannsdottir, cor ; Ronan Khalil, Arend Grosfeld, orgue ; Nadia Bendjaballah, timbales
- Sigiswald Kuijken, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 551017

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License