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La Huitième de Bruckner clôt le Festival de Saintes

jeudi 24 juillet 2008 par Benoît Donnet
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Philippe Herreweghe
DR

Pour le dernier concert du Festival de Saintes, Philippe Herreweghe dirigeait la Symphonie n°8 de Bruckner, une œuvre qu’il n’avait jamais encore abordée. L’Orchestre des Champs-Élysées était au rendez-vous pour ce concert bouleversant et mémorable, qui clôt une édition 2008 riche en réussites et nous rend déjà impatients pour la suite.

Si Philippe Herreweghe n’avait jamais dirigé la Huitième de Bruckner, on l’avait en revanche déjà entendu, au concert comme au disque, dans d’autres œuvres orchestrales du compositeur : notamment les Quatrième et Septième symphonies, qu’il a enregistrées avec l’orchestre que l’on a pu écouter ce soir. On connaissait dans Bruckner son style allégé, sa pâte sonore transparente ; mais aujourd’hui, son interprétation, sans nullement nous décevoir, nous a surpris par son esthétique somme toute plus traditionnelle.

Le concert se déroulait non à l’Abbaye aux Dames, mais à la Cathédrale Saint-Pierre, édifice architecturalement réussi, et à l’acoustique très réverbérée. Dans ce bâtiment que le public comblait entièrement, la sonorité de l’Orchestre des Champs-Elysées nous est apparue un peu confuse, dominée par un éclat cuivré dont les détails ont été happés par l’acoustique difficile. De fait, nous n’avons pas, sûrement en grande partie pour cette raison, retrouvé le côté transparent et lisible des interprétations symphoniques de Bruckner par Herreweghe. La prestation de ce soir avait quelque chose de plus massif, d’un peu opaque dans ses climax, ce qui ne doit pas cacher un aboutissement artistique indéniable.

Herreweghe, que l’on a vu glorieux dans les symphonies de Haydn, a décidément le « feeling » pour celles de Bruckner, qu’il interprète avec ferveur et précision, sans céder au plaisir des décibels ou du monumental. Sa direction a été convaincante et attachante, particulièrement dans un Adagio d’un profond lyrisme, et si le tempo caricatural du début du finale, qui semble s’appliquer à aller plus vite que tout le monde, était un peu discutable, le chef n’a à nul autre moment cédé au militantisme ou à la facilité : sa Huitième est sincère, fervente et touche profondément l’auditeur. Les tempi sont justes, la respiration est toujours ample et satisfaisante – un léger bémol pour la troisième section du scherzo, prise avec un peu trop de hâte et de précipitation – et l’on peut penser que dans cette première exécution, le chef maîtrise déjà son sujet. Il reste bien quelques baisses de tension, dans le finale en particulier, et une gestion des silences qui mériterait d’être réévaluée – mais l’acoustique réverbérée n’a pas aidé Herreweghe – pour parfaire le tableau, mais on peut déjà citer sa Huitième comme une vision intéressante et bienvenue, au charme et à l’émotion réels.

Il faut dire que l’Orchestre des Champs-Elysées n’a pas manqué son rendez-vous avec le chef et la musique qu’il aime. La maîtrise technique des pupitres a été irréprochable, et on salue la performance particulière des cuivres, dont les voix n’étaient pas faciles, et qui s’en sont tirés de façon plus qu’acceptable. Malgré un parti pris d’absence totale de vibrato qui aurait pu condamner l’Adagio à une rigidité gratuite, les cordes de l’OCE avaient un son nourri, au lyrisme chaleureux, qui a su habiter le troisième volet avec ampleur, dans un tempo allant qu’Herreweghe a très bien défendu grâce à son sens de la pulsation très naturel. Les bois ont été impeccables également, montrant une habileté et une poésie parfaites dans leurs nombreux soli, mais ce sont bien les cuivres, les cors en particulier, qui méritent des applaudissements nourris pour leur sonorité généreuse et parfaitement exacte. Remarquable prestation que celle de ces musiciens dans un compositeur dont la musique n’a rien d’évident !

Après un final en apothéose, où malheureusement les soli de l’excellente percussionniste Marie-Ange Petit ont été quelque peu noyés dans la masse orchestrale cuivrée que l’acoustique de la cathédrale compactait largement, des applaudissements très nourris ont éclaté pour saluer la performance brillante de ce grand brucknérien qu’est Herreweghe et de son orchestre.

Ainsi se conclut l’édition 2008 du festival de Saintes, marquée par de nombreux réussites et des découvertes bienvenues et intelligemment interprétées. Un millésime représentatif de l’esprit du festival, entre partage et exigence, bonne humeur et application ; pour terminer, nous n’aurons qu’un mot : vivement l’année prochaine !

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- Saintes
- Cathédrale Saint-Pierre
- 20 juillet 2008
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°8 en ut mineur, éd. Haas
- Orchestre des Champs Elysées
- Philippe Herreweghe, direction






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