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La Flûte Enchantée au Théâtre des Champs-Elysées

jeudi 12 janvier 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Alvaro Yañez

Conséquence du forfait de Laurent Pelly, c’est la fameuse production qu’avait signé William Kentridge pour la Monnaie de Bruxelles en 2005 qui a été donnée - pour cinq représentations - au Théâtre des Champs-Elysées. Louons cette initiative, tant le travail du plasticien sud africain est un pur régal pour l’œil et l’esprit. Le plateau vocal, plus inégal, n’en a pas moins ravi un public venu nombreux en cette période de fêtes, qui a fait un triomphe à l’ensemble des protagonistes à l’issue de cette représentation.

Sorti ébloui par le travail de Willam Kentridge effectué sur le Nez de Chostakovitch au dernier Festival d’Aix-en Provence, l’auteur de ces lignes trépignait d’impatience de voir enfin cette mise en scène dont nos confrères avaient tous vanté les immenses mérites, lors des multiples reprises dont ce spectacle a bénéficié (Caen, Lille, Naples, Festival d’Aix-en-Provence…). Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne l’avons pas regretté, tant cette Flûte enchantée restera comme la plus belle et la aboutie à laquelle il nous ait été donné d’assister, depuis celle que Robert Carsen monta en 1994 au Festival d’Aix-en-Provence.

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© Alvaro Yañez

Essentiellement basée sur l’utilisation de la projection vidéo, pratique dont le scénographe est coutumier, sa réalisation fait également largement recours à sa seconde passion - pour laquelle il est exposé dans les musées les plus réputés de la planète : ses dessins au fusain (soit sous forme de toiles déclinant des camaïeux de gris, soit sous forme - justement - de projections). Tout ce qu’on le voit - ou presque - provient du prisme d’un objectif photographique, duquel part les images projetées. La camera oscura, à laquelle il renvoie, sépare également le monde de l’obscurantisme de celui de la connaissance éclairée, et dessine la frontière entre le bien et le mal…

Situant l’essentiel de l’action pendant l’époque coloniale, l’imagerie sollicitée convoque aussi bien l’Egypte Ancienne que le Siècle des Lumières. Tamino est ainsi un explorateur qui, fusil à la main, part à la conquête d’une terre africaine encore vierge. Sarastro est lui le président d’un institut géographique du XIXème, et incarne la prétendue supériorité de la civilisation occidentale venue apporter la « lumière » à des peuplades arriérées. La franc-maçonnerie est également évoquée à travers moult symboles dont le plus clair est le célèbre œil maçonnique, celui de la connaissance. Bref, un livre d’innombrables images enchantées et d’un onirisme fabuleux…

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© Alvaro Yañez

Dès lors, on regrettera que le soin apporté à la distribution vocale n’ait pas été plus judicieux. La principale déception vient de la Reine de la Nuit de Jeannette Vecchione. Certes, les notes suraiguës lui posent tellement peu de problème qu’elle en rajoute là où il n’en est pas besoin, juste parce qu’elle « peut le faire » - ce qui nous semble d’un goût douteux. Mais elle pèche surtout par un format vocal par trop réduit (non racheté par une projection elle aussi limitée), un timbre ingrat, des aigus parfois acides et, de surcroît, elle n’arrive pas à nous faire croire à son personnage de « méchante ».

Nous avouerons également notre légère déconvenue quant au Tamino du ténor finlandais Topi Lehtipuu. Si le timbre est toujours aussi séduisant et le legato dans le phrasé souverain, il bute néanmoins sur les éclats de sa première intervention « Zu Hilfe ! Zu Hilfe ! » et se révèle par ailleurs bien piètre comédien.

Bonheur total, en revanche, avec la sublime Pamina de Sandrine Piau, devant laquelle on ne peut que rendre les armes. On admire chez cette magnifique chanteuse la pureté du timbre, l’égalité de la ligne de chant, la musicalité sans faille et la touchante fragilité. Elle délivre un « Ach, ich fül’s » d’une luminosité à pleurer ! Markus Werba incarne un Papageno réjouissant de naturel et d’ardeur juvénile : le rôle lui va comme un gant.

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© Alvaro Yañez

Ain Anger prête ses imposants moyens de basse profonde, au timbre caverneux et sonore, à Sarastro ; l’incarnation est supérieure et la nuance toujours présente et sensible (son superbe « O Isis und Osiris » ). La Papagena d’Emmanuelle de Negri s’avère, de son côté, pétulante à souhait. Une mention enfin pour l’hilarant Monostatos du ténor américain Steven Cole (même si l’usure des moyens est dorénavant fâcheusement perceptible) et pour les Dames impeccables de Claire Debono, Juliette Mars et Elodie Méchain.

Grand habitué des lieux, Jean-Christophe Spinosi était à la tête de son ensemble Matheus. Contrairement à l’énergie - toute de fougue - que le jeune chef français déploie d‘habitude, sa direction nous a semblé bien sage ce soir. Les attaques sont timides, les approximations entre fosse et plateau nombreuses, et les cordes ont sonné bien « maigre » toute le concert durant.

Bref, une soirée en « demi-teinte » …

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 20 décembre 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes. Livret d’Emmanuel Schikadener.
- Mise en scène, Décors et Vidéo, William Kentridge ; Costumes, Greta Goiris ; Lumières, Jennifer Tipton.
- Topi Lehtipuu, Tamino ; Sandrine Piau, Pamina ; Markus Werba, Papageno ; Emmanuelle de Negri, Papagena ; Jeanette Vecchione, La Reine de la Nuit ; Ain Anger, Sarastro ; Steven Cole, Manostatos ; Claire Debono, Première Dame ; Juliette Mars, Deuxième Dame ; Elodie Méchain, Troisième Dame
- Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, Maîtrise de Radio France.
- Ensemble Matheus
- Jean-Christophe Spinosi, direction.











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