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La Fille du régiment : enfin à Paris !

jeudi 18 octobre 2012 par Gilles Charlassier
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Natalie Dessay, Marie
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

La première nouvelle production de la saison 2012-2013 de l’Opéra de Paris a cinq ans. Etrennée à Londres en 2007 avant de partir pour Vienne et New York, la mise en scène de La Fille du régiment taillée sur mesure par Laurent Pelly pour Natalie Dessay semblait bouder la première scène française – à moins que ce ne fût l’inverse. L’attente est désormais comblée, et, si les ans impriment quelques stigmates, la fraîcheur du spectacle n’en est pas pour autant éventée. Pour le plus grand plaisir des spectateurs, le nôtre compris.

Une carte du Tyrol pour tout relief sur laquelle vient se glisser la demeure des Berkenfield au second acte : le dispositif dessiné par Chantal Thomas se révèle écrin aussi sobre qu’efficace à la direction d’acteurs de Laurent Pelly. Avec son humour teinté d’absurde, cette histoire d’une fille adoptée par un régiment, ses « papas », pour en faire sa vivandière, est sans nul doute pain béni pour le metteur en scène français, qui saisit les nombreuses occasions de complicité avec le public que recèle l’ouvrage, jusqu’à un comique bouffe que n’aurait pas renié Jacques Offenbach : « quel supplice Sulpice ! » s’exclame Marie – le travail de réécriture d’Agathe Mélinand ne manque jamais sa cible. On retiendra évidemment l’arrivée décoiffante – du moins pour les compassés Crakentorp – de Tonio sur son char et l’impayable chorégraphie de dépoussiérage compulsif imaginée au début du second acte par Laura Scozzi et réalisée ici par Karine Girard – avec un zeste d’extravagance en moins peut-être. Soulignons la pertinence des éclairages de Joël Adam, pétrification nocturne à la désopilance poétique nullement statique à travers la transparence des murs et de cadres sans tableaux.

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Alessandro Corbelli, Sulpice ; Natalie Dessay, Marie ; Juan Diego Florez, Tonio
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

Mais il s’agit bien entendu de voix ce soir, et de Natalie Dessay d’abord. Grande était la crainte d’une altération des moyens de la diva française. On admettra un certain resserrement du tissu vocal, sans impact cependant sur l’intégrité des notes et de la composition du personnage, exubérante quoique sans excès. Elle sait avec tact distiller la mélancolie des airs de Marie, parodie ambiguë de La Somnambule de Bellini – même économie de l’accompagnement, égale beauté mélodique extatique à peine écaillée par une prosodie discrètement imparfaite. Inchangé en revanche apparaît le Tonio de Juan Diego Florez, marionnette dramatique à l’incroyable consistance musicale : émission concentrée, aigus aussi insolents que l’engagement théâtral. Les aigreurs de Doris Lamprecht s’accordent avec le personnage de la Marquise de Berkenfield, et ne sacrifient jamais la partition. Inoubliable de cabotinage retenu, Felicity Lott incarne une duchesse de Crakentorp à la forte présence et laisse filtrer d’authentiques résidus vocaux que ses prédécesseures ne pouvaient ou ne savaient assurer. Alessandro Corbelli ne laisse pas d’être rompu à la truculence de Sulpice. Une même sapidité saupoudre jusqu’aux rôles de caractère – Hortensius par Francis Dudziak, Robert Catania en paysan, Daejin Bang le caporal et le théâtral notaire joué par Olivier Girard.

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Doris Lamprecht, La Marquise de Berkenfield ; Natalie Dessay, Marie ; Alessandro Corbelli, Sulpice
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

Très équilibrée, la direction de Marco Armiliato impulse son dynamisme à l’ensemble du plateau qu’il ne force point, et aux choeurs de la maison répondant comme un seul homme, admirablement préparés par Patrick Marie Aubert. Le succès et l’excellence ne prennent pas de rides. Cette Fille du Régiment non plus.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 15 octobre 2012
- Gaetano Donizetti (1797-1848), La Fille du régiment, Opéra-comique en deux actes. Livret de Jules Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean-François Alfred Bayard.
- Mise en scène et costumes, Laurent Pelly ; Décors, Chantal Thomas ; Dramaturgie et adaptation des dialogues, Agathe Mélinand ; Lumières, Joël Adam ; Chorégraphie, Laura Scozzi ; Réalisation de la chorégraphie, Karine Girard ; Metteur en scène associé, Christian Räth, Metteur en scène associé.
- Doris Lamprecht, La Marquise de Berkenfield ; Natalie Dessay, Marie ; Dame Felicity Lott, La Duchesse de Crakentorp ; Alessandro Corbelli, Sulpice ; Juan Diego Florez, Tonio ; Francis Dudziak, Hortensius ; Robert Catania, Un paysan ; Daejin Bang, Le Caporal ; Olivier Girard, Un Notaire.
- Chœur de l’Opéra national de Paris ; Patrick Marie Aubert, direction des chœurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Marco Armiliato, direction.






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