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La Fenice entre Corse et Sicile

mardi 14 juin 2011 par Philippe Houbert
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Jean Tubéry
© Philippe Matsas

La saison consacrée aux utopies se poursuit à la Cité de la musique et c’est dans le cadre du cycle dédié à la Méditerranée, « Mare nostrum », que s’inscrivait ce concert intitulé Iles de beauté. Jean Tubéry explique que l’idée du programme est née de recherches menées sur les relations entre l’Italie et les deux grandes îles avec lesquelles des liens étroits furent établis de longue date : la Corse et la Sicile. Idée ambitieuse, assez similaire aux grands projets couvrant la Méditerranée bâtis par Jordi Savall, mais avec des moyens moindres.

La première partie du concert était consacrée à la Corse et, notamment, à la mise en relation de la pratique polyphonique improvisée, encore vivace dans notre Ile de beauté, et de certaines musiques écrites aux alentours de l’an 1600. Plusieurs exemples de ces relations étroites nous furent proposés, mettant spécialement en exergue la technique dite du faux bourdon héritée de la musique médiévale et qui consiste en un procédé d’improvisation où deux voix (une supérieure une quarte au-dessus de la voix principale, l’autre inférieure un tierce en-dessous) viennent enrichir la mélodie préexistante. Ici, la technique va plus loin, chaque voix se voyant confier un rôle déterminé, une teneur (ou tenore) portant la mélodie étant associée à une voix contre la teneur (contra-tenore) située soit en dessus (alto) ou/et en-dessous, selon qu’il s’agit de polyphonies à trois ou quatre voix. Autre technique mise en évidence dans cette partie du concert, l’alternatim, alternance entre monodie et polyphonie, pouvant aller jusqu’à l’alternance entre musique vocale et instrumentale. Le plus bel exemple de cette pratique fut le Magnificat de Giovanni Battista Bovicelli, de 1594, donné en alternance avec un chant traditionnel de la Pieve d’Olmia. Avouons humblement notre manque de connaissance de ce répertoire traditionnel et, du coup, une familiarisation insuffisante pour pleinement goûter ce qui nous fut proposé. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que, dans ce programme, nos préférences aient été pour les musiques italiennes écrites, tel le Tutto il di piango de Caccini, madrigal senza parole de Giulio Caccini, donné ici au cornet à bouquin par Jean Tubéry ; la confrontation du Tota pulchra es Maria du couvent de Niolu et du motet de Palestrina retouché par Bassano, sur le même texte marial, était aussi très émouvante. Le reste, en dépit de la qualité des instrumentistes de la Fenice (dont Mélanie Flahaut variant les instruments), nous a moins touché, notamment les voix corses de Gigi Casabianca et de Nicole Casalonga.

La Sicile faisait l’objet de la seconde partie. Est-ce le caractère plus directement populaire des musiques écrites jouées ici, qui permit de tisser un lien pus fort avec les musiques improvisées ? Est-ce le formidable talent de Patrizia Bovi ? Toujours est il que nous fûmes bien plus transportés par cette partie du concert, qui débutait avec une merveilleuse canzon alla carrittiera chantée a capella, se poursuivait par une très belle Siciliana a due voci, toujours a capella. La pastorale de Storace nous parut un peu longuette mais l’Aria di Ruggiero de Sigismundo d’India et les Arie siciliane de Giovanni Stefani (très monteverdiens) furent de petits bijoux distillés par la Fenice. La fin du concert nous vit tout d’abord piqué par la vilaine tarentule, puis guéri par l’antidote, au travers de diverses tarentelles, dont celle de Kircher, où Patrizia Bovi mit le feu au plateau et à la salle, par sa voix chaude et son engagement sur scène.

Un concert potentiellement très intéressant, qui gagnerait peut être à être un peu raccourci et surtout fluidifié pour éviter ces blancs et déplacements entre certains morceaux (problème récurrent dans ces programmes-macédoine). Le sol très bruyant de la scène de l’Amphithéâtre de la Cité de la musique n’aide pas non plus dans les pièces plus apaisées. Mais, bon an mal an, de nouvelles belles découvertes mises à notre disposition par l’infatigable Jean Tubéry.

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- Paris
- Cité de la musique
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- Isole di Belta : les entrelacs entre Italie, Corse et Sicile. Musiques traditionnelles corses et siciliennes : Pièces instrumentales et vocales anonymes, de Biaggio Marini (1597-1665), Giulio Caccini (1551-1618), Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525 ou 1526-1594), Giovanni Battista Riccio (fin XVIème siècle-après 1621),Giovanni Battista Bovicelli (fin XVIèe-début XVIIème), Bernardo Storace (1637-1707), Sigismondo d’India (c.1582- avant 1629), Giovanni Stefani (XVIIème siècle), Girolamo Kapsberger (c.1580-1651), Athanasius Kircher (1601-1680)
- Ensemble La Fenice
- Patrizia Bovi, chant
- Gigi Casabianca, chant
- Nicole Caslonga, chant
- Mélanie Flahaut, basson, flûte, orgue et chant
- Martin Bauer, viole de gambe
- Juan Sebastian Lima, théorbe et guitare
- Philippe Grisvard, orgue et clavecin
- Jean Tubéry, direction, flûtes et cornet à bouquin











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