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La Femme sans ombre à la Scala

samedi 26 mai 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Monika Rittershaus

Coproduite avec le Royal Opera House de Londres, cette nouvelle production de Die Frau ohne schatten était confiée au célèbre metteur en scène allemand Claus Guth. Aidé par Christian Schmidt, son décorateur attitré, il reprend ici une recette qui a déjà servi pour nombre de ses derniers travaux - du Tristan zurichois aux Noces salzbourgeoises - et situe l’essentiel de l’action dans le vaste salon d’une demeure bourgeoise.

Plutôt que la fable orientaliste, Claus Guth a retenu le coté psychanalytique - plus proche de Jung que de Freud - du livret de Hofmannsthal. Enfermée dans une clinique pour aliénés, l’impératrice fait des cauchemars qui se matérialisent sous nos yeux. Sa chambre, aux hauts murs de bois sombre, possède une fenêtre qui s’ouvre comme par magie sur un monde onirique peuplé d’animaux anthropomorphes : un faucon, une gazelle, un cerf, tous dignes d’un cauchemar peint par Füssli. L’aspect onirique du spectacle est renforcé par les lumières savantes d’Olaf Winter et les vidéos d’Andi A. Müller, offrant des images de fonds sous-marins ou encore une main qui se perd dans le pelage d’un animal.

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© Monika Rittershaus

Dans le rôle de l’Impératrice, Emily Magee chante de bout en bout avec une pureté de ligne et de ton immaculée, sans communiquer toutefois de manière parfaitement saisissable et crédible la démarche spirituelle du personnage. Falk Struckmann trouve dans en Barak l’un de ses meilleurs emplois à ce jour. Son timbre viril et sa sobriété d’élocution s’avèrent parfaitement appropriés au portrait moral d’un être intègre, mais fruste. La soprano slovaque Elena Pankratova s’engage à fond dans la Teinturière. Ne craignant pas la rudesse, parfois même la stridence, aux deux premiers actes, elle se montre capable de noblesse de phrasé et d’accents fémininement humanisées au troisième.

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© Monika Rittershaus

Le ténor sud-africain Johan Botha surmonte les écueils du rôle de l’Empereur, où sa voix s’épanouit avec clarté et fermeté jusque dans la tessiture la plus éprouvante. La Nourrice de Michaela Schuster impressionne par la richesse de son registre expressif, son formidable aplomb vocal et sa formidable présence scénique.

Talia Or, Faucon omniprésent, d’une jolie couleur vocale, et Samuel Youn, Messager des Esprits puissamment articulé, sont les représentants d’un ensemble de comparses sans faiblesse, eux aussi efficacement intégrés au flamboiement symphonique du discours musical.

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© Monika Rittershaus

Car le plus beau de ce spectacle reste la direction du chef allemand Marc Albrecht (remplaçant Semyon Bychkov initialement annoncé), d’une rigueur et d’une précision confondantes. A l’aise autant dans les vastes architectures instrumentales - où l’inspiration de Strauss vire facilement à l’emphase -, que dans les moments inattendus d’intimité, - où se noue un délicat dialogue entre la voix et la fosse -, Albrecht a su dégraisser le commentaire orchestral au maximum, de façon à conserver à l’orchestre cette transparence mozartienne à laquelle le compositeur tenait tant.

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- Milan
- Teatro alla Scala
- 24 mars 2012
- Richard Strauss (1864-1949), Die Frau ohne schatten, opéra en trois actes. Livret de Hugo von Hofmannsthal.
- Mise en scène, Claus Guth ; Décors et Costumes, Christian Schmidt ; Lumières, Olaf Winter ; Vidéos, Andi A. Müller
- L’Empereur, Johan Botha ; L’Impératrice, Emily Magee ; La Nourrice, Michaela Schuster ; Barak, Falk Struckmann ; La Teinturière, Elena Pankratova ; Le Messager des Esprits, Samuel Youn ; La voix du faucon, Talia Or.
- Coro del Teatro alla Scala. Chef des chœurs, Bruno Casoni
- Orchestra del Teatro alla Scala
- Marc Albrecht, direction






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