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La Faust-Symphonie par le Cleveland Orchestra à Luxembourg

mercredi 4 novembre 2009 par Richard Letawe
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Franz Welser-Möst
© Roger Mastroianni

Le Cleveland Orchestra est actuellement en tournée européenne. Après un passage à Paris, il s’est arrêté deux soirs à la Philharmonie de Luxembourg. Le concert de ce soir est donné en hommage à la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte.

Première œuvre du programme, le concerto pour piano n°4 de Beethoven, dont la soliste est Mistuko Uchida, dont le dernier disque, comprenant les concertos n°23 et 24 de Mozart a été enregistré avec le même Cleveland Orchestra.

Mitsuko Uchida est une pianiste que nous avions personnellement longtemps négligée, la faute à une fade intégrale des concertos de Mozart enregistrée avec Jeffrey Tate pour Philips. En concert pourtant, elle ne nous a jamais déçu, et les disques qu’elle a sortis depuis une dizaine d’années ont toujours été très intéressants. Son interprétation du quatrième concerto de Beethoven ce soir est une épure, d’une hauteur de vue impressionnante. Rien n’est de trop, la partition est livrée en direct, sans fioriture, dans une clarté totale. Concentrée, introvertie, elle donne un deuxième mouvement bouleversant, où son art de faire sonner les graves sans les faire gronder est impressionnant, de même que ses qualités d’articulation au dessus du lot. Son dialogue, ou plutôt sa fusion avec l’orchestre durant cet Andante ne laisse pas d’émerveiller, et elle trouve en Franz Welser Möst un partenaire autant ennemi de l’effet qu’elle peut l’être.

L’orchestre offre donc à la soliste un accompagnement à la hauteur de son talent, mais qui curieusement ne semble pas toujours tout à fait « fini » : les solos de bois sont parfois inhabités, le cor peut être poussif, le violoncelle dans le finale n’est guère audible. Heureusement, les cordes dans l’Andante sont admirables, souples, puissantes et soyeuses.

A quelques mois d’intervalles, le concert de ce soir rappelle celui qui avait clos la saison dernière : un concerto de Beethoven puis une œuvre emblématique du romantisme musical ; et on sait d’ailleurs les liens qui unissaient Berlioz et Liszt, le premier ayant fait découvrir l’œuvre de Goethe au second, qui lui dédiera cette Faust-Symphonie.

Franz Welser-Möst aborde cette colossale Faust-Symphonie avec une maîtrise confondante. Sa direction est sûre, très lisible, détaillée, tendue et brillante. Il ne se perd pas dans le long premier mouvement, dont le discours est toujours soutenu, s’enflamme à bon escient, et va à l’essentiel, variant bien les climats, et donnant une belle ampleur à la triomphale procession finale, amenée par un crescendo magistral. Le deuxième mouvement Gretchen, est le plus marquant de cette exécution. L’implication de l’orchestre, tout en tendresse et en bonté y est admirable, du plus léger solo au tutti, et le chef parvient à une respiration commune, profondément cohérente, de tous les pupitres. Dans ce délicat mouvement lent, on peut peut-être préférer à la direction mesurée et assez distanciée de Franz Welser-Möst, des phrasés un peu plus amples et chaleureux, un abandon plus sensuel, mais cette conduite objective et rigoureuse, sans affects, est admirable de clarté et de pudeur.

Le dernier mouvement, Mephistoheles, est dirigé avec la même netteté et le même souci d’équilibre. Le chef y est dynamique, soigne les contrastes et laisse s’exprimer la virtuosité de son orchestre, mais sa lecture manque quand même un peu de démesure et d’esprit sarcastique, trop propre sur elle, pas assez grinçante et maléfique.

De plus, c’est la version originale que nous entendons ce soir, sans le final choral ajouté par Liszt quelque temps après la création à Weimar. Budgétairement, cette omission est compréhensible pour un orchestre en tournée loin de ses bases, mais on y perd un des plus grands moments d’extase mystique du répertoire symphonique. Pour autant, cette version de cette trop rare Faust-Symphonie fut d’une grande qualité, incisive, énergique et sans grave défaut de conception, malgré nos petites réserves sur le final, qui fut cependant globalement très bien tenu.

A part quelques solos perfectibles, essentiellement dans le premier mouvement, où les altos étaient un peu en retrait, l’orchestre de Cleveland réalise une prestation d’un haut niveau technique. La transparence de cet orchestre est fameuse, mais ce n’est pas une légende ou un lieu commun : l’équilibre entre les pupitres, leur écoute mutuelle, l’inclusion des cuivres dans le tutti, la luminosité qui se dégage de l’ensemble sont encore une fois extraordinaires durant cette superbe soirée.

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- Franz Liszt (1811-1886), Eine Faust-Symphonie
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