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La Didone au TCE

mardi 12 juin 2012 par Gilles Charlassier
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©Vincent Pontet-Wikispectacle

Après le Théâtre de Caen et celui du Luxembourg, coproducteurs de cette Didone, c’est au Théâtre des Champs Elysées qu’elle se dévoile, dans la mise en scène épurée de Clément Hervieu-Léger. Si l’orchestre des Arts Florissants ne demande plus à être introduit dans ce répertoire, c’est surtout la remarquable distribution réunie qui accroît la valeur de ces représentations.

L’ouvrage, créé en 1641, donc contemporain des derniers Monteverdi, constitue non seulement un avatar éclatant de la première manière de Cavalli, laquelle doit sensiblement au maître de Crémone, mais témoigne également d’une dramaturgie originale qui annonce celle des Troyens de Berlioz. La répartition de l’intrigue entre Troie et Carthage selon des proportions analogues invite d’ailleurs à cette comparaison que d’aucuns jugeront anachroniques.

Sur les rives de l’Asie Mineure, le sociétaire de la Comédie Française a barré la scène d’un mur – les portes de la ville – au sommet duquel s’animent les déités, impuissantes ou complices de la déréliction qui se joue à sa base. La relative immobilité de l’ensemble signale sans doute la fatalité d’un destin. La seconde toponymie de l’ouvrage, Carthage, revêt ce même mur d’un échafaudage de tulle blanc d’où sortent les missionnaires de l’Olympe : Amour et Vénus tirent en effet les ficelles de l’intrigue, et c’est sans doute ce collage dramaturgique entre le monde terrestre et les ordres divins que la scénographie d’Eric Ruf veut suggérer. Ce relatif dénuement des décors, de même que la sobriété des costumes, dessinés par Caroline de Vivaise, se fait parfois un peu vaste pour une direction d’acteurs pourtant efficace.

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©Vincent Pontet-Wikispectacle

La grande surprise arrive à la fin de l’opéra. Enée ayant délaissé Didon, celle-ci ne s’immole point, mais cède aux avances d’Iarba(s), présent dès le début du deuxième acte, et nullement relégué dans les coulisses de l’action comme Berlioz le fera deux siècles plus tard. Ce lieto finale ne peut manquer de déconcerter le spectateur, mais réserve un duo d’amour des plus délicats qui n’est pas sans parenté avec le célèbre « Pur ti miro » du Couronnement de Poppée deux ans plus tard – certains scholiastes avaient même émis l’hypothèse, non confirmée depuis, que cette page serait de la main de Cavalli, soulignant par là même que le partage collectif de la création étaient tout à fait dans les mœurs de l’époque.

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©Vincent Pontet-Wikispectacle

Dans le rôle-titre, qui ne fait son entrée qu’au deuxième acte, Anna Bonitatibus, de sa voix charnue et musquée, démontre un tempérament consommé. L’Enea de Kresimir Spicer, entendu le mois précédent dans l’Orlando Paladino autrement chamarré du Châtelet, exhibe une intonation claire, idéale, quoique modestement virtuosité – ce qui ne l’empêcherait nullement de faire un autre Enée tout à fait convaincant, dont il possède par ailleurs le timbre requis. Xavier Sabata retient favorablement l’attention en Iarba, tout autant que l’Ecuba de Maria Streijffert.

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©Vincent Pontet-Wikispectacle

De la galerie de rôles qui fait toute la saveur du genre vénitien, on remarquera la Cassandra de Katherine Watson, la Creusa de Tehila Nini Golstein ou encore Claire Debono, également remarquable en Venere et Iride. Terry Wey se duplique en Ascanio et Amore, deux faces de la même tentation peut-être. Nicolas Rivenq compose un Anchise émérite, tandis que Valerio Contaldo s’acquitte d’un Corebo satisfaisant. Mathias Vidal se révèle aussi admirable en Illioneo qu’en Mercurio. Joseph Cornwell et Francisco Javier Borda complètent convenablement le tableau.

A la tête des Arts Florissants, William Christie amollit parfois les attaques et déploie une générosité dans les textures qui frôle ici ou là une relative épaisseur. Mais on ne saurait se plaindre de la sapidité des couleurs ainsi révélée, donnant à l’ensemble une ampleur qui dément la modestie de l’effectif requis.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 18 avril 2012
- Francesco Cavalli (1602-1676), La Didone. Opéra en un prologue et trois actes. Livret de Francesco Busenello.
- Mise en scène, Clément Hervieu-Léger ; Scénographie, Eric Ruf ; Lumières, Bertrand Couderc ; Costumes, Caroline de Vivaise ; Collaboration à la dramaturgie, Pierre Judet de La Combe.
- Anna Bonitatibus, Didone ; Kresimir Spicer, Enea ; Xavier Sabata, Iarba ; Maria Streijffert, Ecuba ; Katherine Watson, Cassandra/Damigella I/Dama III ; Tehila Nini Goldstein, Creusa/Giunone/Damigella II/Dama II ; Mariana Rewerski, Fortuna/Anna/Dama I ; Claire Debono, Venere/Iride/Damigella III ; Terry Wey, Ascanio/Amore/Cacciatore ; Nicolas Rivenq, Anchise/Un Vecchio ; Valerio Contaldo, Corebo/Eolo/Cacciatore ; Mathias Vidal, Illioneo/Mercurio ; Joseph Cornwell, Acate/Sicheo/Pirro Greco ; Francisco Javier Borda, Sinon Greco/Giove/Nettuno/Cacciatore.
- Les Arts Florissants
- William Christie, direction.






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