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La Danse d’Hérode

lundi 25 mai 2009 par Olivier Lalorette
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Morten Frank Larsen ; Camilla Nylund
© David Herrero

S’il est un opéra de la décadence, c’est bien Salomé. C’est en tout cas très clairement dans cette optique que la mise en scène de Pet Halmen oriente la nouvelle production toulousaine de l’opéra de Strauss. Sexe, sang et violence s’y mêlent, et s’affichent sans retenue.

La représentation se déroule dans un décor unique : une grande lune (changeant de couleur régulièrement, pour prendre la couleur sang) sur fond noir. Au centre de la scène un vaste cylindre, en guise de prison.

La danse des sept voiles, voilà bien le moment qui pourra choquer certains spectateurs : de cette porte de prison, sortira un immense phallus, pendant que les cinq juifs pratiquent un cunnilingus à Salomé. Justement, de voiles Salomé n’enlèvera que ses collants roses de petite fille, et c’est au contraire Hérode qui se retrouve peu à peu déshabillé, ne portant plus que des sous-vêtements féminins. Décadence, et faiblesse à l’extrême d’Hérode, soulignée ici de façon très originale. Hérode essaie d’abuser de la jeune fille, mais il est vite manipulé et tourné en bourrique par cette dernière. Hérodias tient en laisse trois chiens de garde, qui s’avèrent être en réalité trois femmes. Si elle n’évite peut être pas tous les poncifs, la mise en scène de Pet Halmen a le mérite d’être efficace dramatiquement, et d’apporter quelques vraies originalités.

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Thomas Moser ; Camilla Nylund ; Doris Soffel
© David Herrero

Pinchas Steinberg a dirigé les plus prestigieux orchestre au monde, tout particulièrement dans le répertoire allemand. Si, au début de l’œuvre, il semble retenir un peu trop ses troupes, rapidement le volume orchestral va s’emballer, sans pour autant déséquilibrer la subtile équation entre la fosse et la scène. Pour notre plus grand bonheur, car il sait faire preuve de précision, et montre toute la modernité de la musique de Strauss, sans rien sacrifier du drame.

Salomé, rôle o combien exigeant vocalement et théâtralement est tenu avec brio par Camilla Nylund. Habillée en petite fille, elle affronte sans problème la tessiture si étendue du rôle. L’instrument est cependant moins imposant, que celui des wagnériennes qui chantent habituellement la jeune princesse.

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Camilla Nylund
© David Herrero

Morten Frank Larsen campe un prophète viril, implacable, et la voix est adaptée au rôle. Ce qui ne nous empêchera pas de regretter que Ludovic Tézier, initialement prévu, ait finalement renoncé à cette prise de rôle. En Hérodias, Doris Soffel fait merveille. Une voix d’une puissance inouïe, sans le très prononcé vibrato des wagnériennes retraitées occupant en général ce rôle. Hérode a du souci à se faire avec une telle épouse. Ce dernier prend de l’importance dans le drame. Thomas Moser joue totalement le jeu du vieux roi libidineux, pervers et décadent, avec la vaillance vocale nécessaire au rôle. Enfin le Narraboth de Martin Mühle complète agréablement cette distribution.

Un spectacle indéniablement très réussi, qui laisse présager une autre réussite straussienne à Toulouse la saison prochaine : la toute aussi électrique Elektra.

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- Toulouse
- Théâtre du Capitole
- 17 mai 2009
- Richard Strauss (1864-1949), Salomé. Drame musical en un acte. Livret de Hedwig Lachmann d’après Oscar Wilde.
- Mise en scène, décors, costumes et lumières, Pet Halmen
- Salomé, Camilla Nylund ; Hérode, Thomas Moser ; Jochanaan, Morten Frank Larsen ; Hérodias, Doris Soffel ; Narraboth, Martin Mühle ; Le Page d’Hérodias, Silvia de la Muela ; Cinq juifs, Ian Caley / Emiliano Gonzalez Toro / Erik Arman / Juan Falcon / Steven Scheschareg ; Deux nazaréens, Olivier Zwarg / Vernon Kirk ; Deux soldats, Istvan Kovacs / Harold Wilson ; Un cappadocien, Philippe Fourcade ; L’esclave, Stanislas de Barbeyrac
- Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Pinchas Steinberg, direction











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