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La Clémence de Titus : un grand début de saison à l’Opéra de Tours

mercredi 14 octobre 2009 par Hélène Biard
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© François Berthon

C’est avec La Clemenza di Tito que l’Opéra de Tours a choisi de débuter sa saison 2009/2010. Une production de très belle tenue, qui méritera certainement d’être reprise à l’avenir.

Si la mise en scène d’Alain Garichot surprend tout d’abord par son dépouillement, elle fonctionne fort bien grâce au décor unique de Denis Fruchaud qui transporte le spectateur dans une Rome intemporelle. Quelques éléments nous font naviguer entre l’entrée du palais, la salle du trône et le Capitole. D’autre part l’utilisation judicieuse des loges de chaque côté de la scène rapproche les choeurs du spectateur et donne une certaine part de vérité aux scènes de panique suivant l’incendie du Capitole par les conjurés ; peut-être le metteur en scène aurait-il pu creuser cette idée en les faisant entrer dans la salle en courant pour ajouter un peu plus de réalisme à ce finale du premier acte. Ajoutons que les costumes superbes de Claude Masson font merveille et mettent un peu de couleurs au sein de ce décor certes très beau mais un peu triste ; de même, les lumières de Marc Delamézière, remarquablement adaptées à la sobriété voulue par le metteur en scène, mettent en exergue avec beaucoup d’habileté les moments les plus dramatiques de l’oeuvre.

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© François Berthon

Le ténor belge Yves Saelens est un Titus remarquable ; comédien consommé, il fait passer le souverain qu’il incarne par une large palette d’émotions et de sentiments, et même si la voix a une nette tendance à blanchir dans les vocalises de son dernier air, cela n’altère que peu une prestation qui demeure dans l’ensemble excellente. Nous sommes plus mitigé en ce qui concerne la soprano japonaise Rié Hamada dans le rôle de Vitellia ; la jeune femme nous apparaît en effet peu à l’aise pendant le premier acte, avec des aigus pas toujours très nets et des graves ternes et engorgés, ce qui est regrettable car la voix fort jolie au demeurant correspond plutôt bien au personnage, auquel elle donne l’air dédaigneux, hautain et méprisant voulu par le compositeur. L’ambitieuse jeune femme joue avec délectation des sentiments de Sextus, s’amusant à le désespérer pour mieux le manipuler. La chanteuse se reprend cependant de très belle manière en seconde partie, et sa Vitellia prend une dimension exceptionnelle que nous aurions aimé voir d’un bout à l’autre de la représentation.

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© François Berthon

Anna Destraël est un Sesto flamboyant à tout point de vue, déchiré entre un amour à sens unique et son amitié sincère et indéfectible pour Titus, il finit par rejoindre les conjurés ce qu’il regrette amèrement par la suite. Le couple Anius/Servilia incarné ici par Caroline Mutel et Salomé Haller est l’exact opposé du couple Sextus Vitellia ; non seulement leur amour est sincère et désintéressé, mais ils font également tout pour sauver Sextus d’une mort certaine en intercédant auprès de l’ambitieuse Vitellia et de Titus lui même. Si les voix des deux jeunes femmes collent parfaitement à leurs personnages respectifs elles pourraient peut-être s’investir un peu plus au niveau scénique. François Harismendy est un Publius de très belle tenue, et son unique aria, bien qu’assez court, est chanté avec assurance. Le quintette des solistes est donc très solide, malgré quelques imperfections.

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© François Berthon

Les Choeurs de l’Opéra de Tours sont plaisants à écouter, mais la diction n’est pas toujours au rendez-vous, et dans la fosse, Jean-Yves Ossonce dirige avec une précision appréciable un orchestre qui se montre sous son meilleur jour.

L’Opéra de Tours rend donc à cette Clémence de Titus, qui n’a pas été appréciée à sa juste valeur du vivant du compositeur, un hommage très largement mérité, grâce à une mise en scène inspirée et à une partie musicale qui, malgré quelques imperfections ici et là, est digne de l’enjeu.

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- Tours
- Grand Théâtre
- 11 Octobre 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756 1791), La Clemenza di Tito. Opéra seria en deux actes sur un livret de Caterino Mazzolà
- Alain Garichot, mise en scène ; Denis Fruchaud, décors ; Marc Delamézière, lumières
- Rié Hamada, Vitellia ; Anna Destraël, Sesto ; Caroline Mutel, Servilia ; Salomé Haller, Annio ; Yves Saelens, Tito ; François Harismendy, Publio ;
Jean Stéphane Richardeau, Clément Aubert, Rodolphe Gentilhomme, Simon Dufresne, gardes
- Vincent Lansiaux, clavecin/chef de chant ; Xavier Richard, violoncelle continuo
- Choeur de l’Opéra de Tours. Emmanuel Trenque, chef de chœur.
- Orchestre Symphonique Région Centre-Tours
- Jean Yves Ossonce, direction






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