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La Chute de la Maison Usher et Le Diable dans le beffroi à New York

mercredi 25 novembre 2009 par Thomas Deneuville
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© Juneoire Mitchell

Le French Institute Alliance Française en partenariat avec l’Opéra français de New York (OFNY) offrait pour deux soirs, en première américaine [1], une œuvre originale qui mettait à l’honneur Claude Debussy et Edgar Allan Poe.

Quelques années après le scandale de Pelléas et Mélisande, en 1908, Debussy signait un contrat avec le Metropolitan Opera de New York pour une commande de deux opéras basés sur La Chute de la Maison Usher et Le Diable dans le beffroi d’Edgar Allan Poe (l’engagement comprenait également une autre pièce nommée La Légende de Tristan d’après Jacques Bédier). Les œuvres restèrent inachevées à sa mort et ce n’est que sur quelques ébauches au piano ainsi que sur quelques dialogues chantes que Jeff Cohen, le directeur musical, dut se reposer pour créer la pièce incroyablement homogène qui fut présentée ce weekend.

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© Juneoire Mitchell

C’est en effet un sentiment d’unité et de cohésion qui frappe tout au long du spectacle. Devant la rareté du matériau le parti pris fut d’utiliser d’autres mélodies (Le son du cor afflige, Beau soir, La chevelure, …) et un prélude (Des pas sur la neige) issus du répertoire de Debussy pour compléter le récit. Le Diable dans le beffroi ne représentant, en réalité, que quelques esquisses pianistiques, ce sont donc les personnages du second opéra, Roderick (Phillip Addis) et Madeline Usher (Ariadne Greif) qui nous la content, dans une mise en abîme inventive. Le ton presque comique de la déclamation (en anglais) suivait également les intentions de Debussy d’offrir un autre regard sur l’image du démon –un esprit de contradiction.

Autre choix artistique fort intéressant, le personnage de l’ami de Roderick Usher était joué par deux interprètes : un comédien (Alexander Blaise) et un baryton (David McFerrin). Les effets scéniques de miroir (puisque les deux interprètes étaient en permanence ensemble sur scène) étaient tous justes et apportaient beaucoup à l’ambiance éthérée de la mise-en-scène. En guise de maître de cérémonie, le médecin (Michael Chioldi) était le fil conducteur de la narration.

Seul élément de décor, la bibliothèque, autour de laquelle tout s’articulait, représentait l’état de santé mentale des personnages. Madeline y fut emmurée, et, vers la fin de l’opéra, les livres empilés de-ci de-là ainsi que les étagères détruites traduisaient la déchéance de la famille Usher.

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© Juneoire Mitchell

Vocalement, le plateau était irréprochable. Citons tout d’abord Phillip Addis pour sa double performance scénique dans le rôle de Roderick Usher. Double tant ses talents de comédien étaient bien à la hauteur de ses prouesses vocales. Ses aigus rayonnants et son mezza voce expressif lui offraient la palette nécessaire pour donner vie à l’héritier maudit. Michael Chioldi, au timbre velouté et à la diction élégante, campait un médecin souvent inquiétant. David McFerrin, certainement par soucis d’équilibre avec son alter ego comédien, restait plus effacé même si vocalement correct. Enfin, Ariadne Grief, qui faisait son début à Carnegie Hall en mai, finissait d’ajouter une touche fantastique à un tableau déjà plus que convaincant. Spectre noir aux yeux relevés de fuchsia, elle flottait sur scène, tantôt sœur, séductrice ou goule alors que ses aigus élastiques et ronds remplissaient le Florence Gould Hall.

Mention particulière pour les costumes de Katherine McDowell Patterson, qui réinventait le XIXème siècle et ses redingotes, et qui avait choisi d’habiller les héritiers Usher en organdi noir, jouant sur des transparences fantomatiques …

Une production réussie et de très haute tenue, donc, qui aurait mérité une plus grande visibilité hors de la communauté française et francophile de New York.

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- New York
- Florence Gould Hall
- 21 novembre 2009
- Claude Debussy (1862-1918), La Chute de la Maison Usher et Le Diable dans le beffroi
- Mise en scène, Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil ; Costumes, Katherine McDowell Patterson ; Décors et lumières, Rick Martin
- Roderick Usher, Phillip Addis ; Médecin, Michael Chioldi ; Madeline Usher, Ariadne Greif ; Ami de Roderick, David McFerrin ; Ami de Roderick, Alexander Blaise
- Jeff Cohen, piano et direction

[1] Cette « reconstitution » était bien une première américaine, mais il est à noter qu’une autre version reconstituée avait été donnée à l’université de Yale en 1977.











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