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La Cenerentola à l’Opéra de Paris

mercredi 14 décembre 2011 par Gilles Charlassier
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Karine Deshayes, Angelina ; et Javier Camarena, Don Ramiro
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

En hommage à celui qui fut son mentor disparu en 1988, Nicolas Joël a fait venir de l’Opéra de Bavière La Cenerentola de Jean-Pierre Ponnelle, souscrivant au passage à un probable cahier des charges implicite qui, chaque année en cette période de fêtes, met à l’affiche des ouvrages légers. Avec la production munichoise du dramma giocoso de Rossini, on ne saurait s’en plaindre, qui plus est magistralement servi côté voix.

C’est d’abord la reconstitution soignée et vivante de Grischa Asagaroff qu’il convient de saluer. Les décors caractérisent habilement les différents lieux de l’intrigue – la demeure à moitié en ruines de Don Magnifico, le château de Don Ramiro – et renouvellent avec tact l’usage des panneaux peints, mis en valeur par les lumières de Michel Bauer. Si elle cède parfois aux effets du vaudeville, et à leur subtilité contestable, la direction d’acteurs s’accorde cependant avec justesse aux situations dramatiques. Le spectacle ne s’abîme pas dans des intellections tortueuses, et se contente d’animer la scène. Le résultat procure un divertissement de très bonne tenue, dans un écrin qui lui sied parfaitement. A l’inverse des Noces de Strehler qui se sont dilapidées dans le vaste auditorium de la Bastille, la Cenerentola également quadragénaire de Ponnelle conserve toute sa sapidité sous les ors de Garnier.

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Jeannette Fischer, Clorinda ; Karine Deshayes, Angelina ; Anna Wall, Tisbe
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

Mais ce sont avant tout les chanteurs qui légitiment le succès public des représentations. Karine Deshayes s’est bâtie une juste réputation dans les rôles rossiniens, et ce n’est pas son Angelina toute d’innocence qui le démentira. L’idiomaticité de la mezzo française s’établit de soi-même, quoique le médium soit parfois pénalisé dans les ensembles du premier acte. Elle sait équilibrer la musicalité et la vélocité, dans une virtuosité plus expressive qu’étourdissante. Don Ramiro de grande classe, Javier Camarena, déjà applaudi dans La Somnambula aux côtés de Natalie Dessay l’an passé, exhibe une santé vocale sans nuages, à la projection mordante et au timbre coloré. Riccardo Novaro ne lui cède en rien dans une composition magistrale du rôle de Dandini. Basse bouffe de l’opéra, Don Magnifico s’accommode sans peine des effets comiques généreux de Carlos Chausson, servant avec pertinence l’incarnation de ce personnage emprunté et ridicule. Alex Esposito manifeste une autorité dans la ligne très prometteuse en Alidoro. Les deux sœurs reviennent à des formats moins conséquents. Jeannette Fischer, inamovible soubrette rossinienne donne à Clorinda ses atours orgueilleux et mesquins, en quoi Anna Wall, dans un registre plus bas, lui répond sans pâlir.

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Karine Deshayes, Angelina
© Opéra national de Paris/ Agathe Poupeney

A la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, Bruno Campanella distille un évident savoir-faire dans le répertoire rossinien. On peut relever quelques brutalités dans l’ouverture et la première partie, mais rapidement l’attention aux bois et la manière de faire ressortir les soli de la pâte orchestrale emportent les dernières réserves. La puissance sonore de la formation n’affecte que quelques ensembles au début de la soirée. Préparés par Alessandro di Stefano, les chœurs de la maison remplissent parfaitement leur office. Après deux heures et demie de réjouissance, le public manifeste un enthousiasme légitime. Les traditions demeurent bien vivantes, pour le plus grand bonheur du style et du bel canto.

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- Paris
- Palais Garnier
- 1er décembre 2011
- Gioacchino Rossini (1792-1868), La Cenerentola ossia « La Bontà in Trionfo ». Dramma giocoso en deux actes. Livret de Jacopo Ferretti d’après le conte Cendrillon de Charles Perrault.
- Mise en scène, décors et costumes, Jean-Pierre Ponnelle ; Réalisation de la mise en scène, Grischa Asagaroff ; Lumières, Michel Bauer.
- Javier Camarena, Don Ramiro ; Riccardo Novaro, Dandini ; Carlos Chausson, Don Magnifico ; Jeannette Fischer, Clorinda ; Anna Wall, Tisbe ; Karine Deshayes, Angelina ; Alex Esposito, Alidoro.
- Choeur de l’opéra national de Paris ; Alessandro di Stefano, direction des choeurs
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Bruno Campanella, direction.






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