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La Cenerentola à Avignon

vendredi 26 mars 2010 par Richard Letawe
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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

L’Opéra-Théâtre d’Avignon montait cette semaine pour deux représentations la Cenerentola, un des titres les plus populaires parmi les ouvrages de Rossini, où le conte de Perrault est traité avec beaucoup de liberté par le librettiste, qui en évacue presque entièrement les éléments féeriques. Le bilan de cette production, co-produite avec le festival américain de Spoletto est largement positif, tant l’homogénéité des éléments du spectacle a été exemplaire.

Cette Cenerentola bénéficie d’abord d’une mise en scène de Charles Roubaud, classique et sage, qui ne cherche pas midi à quatorze heures, mais propose une lecture vivante, simple et illustrative de l’intrigue, qui n’en occulte pas la dimension dramatique sous une avalanche de gags. Peu d’audace dans cette mise en scène, mais un travail sobre, une direction d’acteurs efficace et une utilisation fort pertinente de la vidéo, qui ne cache pas ou ne détourne pas l’action comme c’est trop souvent le cas, mais qui se contente d’apporter une petite touche de fantaisie quand c’est judicieux.

La direction musicale a été confiée au fringant Roberto Rizzi-Brignoli, qui montre une parfaite maîtrise du style rossinien, et communique la vie et le rythme nécessaires à l’orchestre. Celui-ci est un peu le point faible de la soirée : les sonorités ne sont guère flatteuses, avec des cordes manquant de soyeux et des bois très verts. La cohésion est problématique, et les fautes d’intonation sont fréquentes. Rien de rédhibitoire, car cet orchestre fait quand même preuve de vaillance et est assez pétillant, mais un peu plus de raffinement n’aurait pas fait de tort.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

La distribution tient quant à elle parfaitement le coup, et même davantage. La basse Maurizio Lo Piccolo d’abord, solide et musical, au timbre très attrayant et au chant somptueux, évite par sa jeunesse et sa fraîcheur de faire du sage Alidoro une figure trop pontifiante. Franck Leguerinel est aussi un Don Magnifico de premier plan, qui ne se contente pas de jouer son personnage, mais le chante avant tout, d’une voix souple, bien contrôlée, et au timbre agréable.

Lionel Lhote en Dandini a une légère tendance à aboyer par moments, mais son abattage, sa belle santé vocale et sa puissance sont appréciables. De plus, il met ses excellentes qualités d’acteur au service de la production, et s’impose comme un de ses membres les plus marquants. Les deux sœurs, Caroline Mutel et Julie Robard-Gendre, sont également bonnes comédiennes, et très convaincantes vocalement, à une ou deux stridences de Clorinda près. Manuel Nunez-Camelino a une jolie voix de ténor, légère et délicate, mais qui est encore fragile, avec des aigus manquant de soutien, et dont on perçoit souvent les limites de sûreté. Il fait néanmoins un bon Don Ramiro, et bénéficie d’une belle prestance scénique.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Enfin, l’Angelina de Karine Deshayes, qui connaît bien le rôle, et en maîtrise toutes les difficultés avec une rare aisance. La voix est puissante, le timbre est magnifique, et l’égalité des registres est exemplaire. De plus, malgré sa virtuosité impressionnante, qui culmine dans un air final somptueux, elle interprète véritablement son rôle, et lui donne une incarnation riche et fouillée, rendant son personnage encore plus attachant. C’est une Angelina digne du New York, de Vienne ou de Paris, Avignon a bien de la chance de pouvoir l’entendre dans ces représentations.

Chaleureusement applaudie par un public nombreux, qui a pratiquement rempli le joli théâtre avignonnais, cette Cenerentola est donc une réussite de premier ordre, qui prouve qu’il est possible dans cette région de faire vivre l’art lyrique hors des prestigieux festivals d’été.

La saison d’Avignon se poursuivra avec Aida les 25 et 27 avril.
Cette production de la Cenerentola sera reprise au Grand Théâtre de Reims les 06 et 08 juin, avec une distribution en partie différente.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

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- Avignon
- Opéra Théâtre
- 21 mars 2010
- Gioacchino Rossini (1792-1868), La Cenerentola. Melodramma giocoso en deux actes. Livret de Jacopo Ferretti.
- Mise en scène, Charles Roubaud ; Lumières, Marc Delameziere ; Décors, Emmanuelle Favre ; Costumes, Katia Duflot ; Vidéos, Gilles Papain ; Assistant à la mise en scène, Bernard Monforte
- Angelina, Karine Deshayes ; Clorinda, Caroline Mutel ; Thisbe, Julie Robard-Gendre ; Don Ramiro, Manuel Nunez-Camelino ; Don Magnifico, Franck Leguerinel ; Dandini, Lionel Lhote ; Alidoro, Maurizio Lo Piccolo
- Chœurs de l’Opéra Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Cheffe des chœurs, Aurore Marchand
- Orchestre Lyrique de région Avignon Provence
- Roberto Rizzi-Brignoli, direction





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