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La Calisto sauvée par les voix

mercredi 19 mai 2010 par Philippe Houbert
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TCE © Alvaro Yañez

La production de La Calisto de Cavalli donnée au Théâtre des Champs-Elysées illustre parfaitement l’extrême difficulté de réaliser un spectacle qui tienne complètement debout quand le metteur en scène ne cherche aucunement à comprendre de quoi est faite une œuvre.

La Calisto, créée au théâtre San Apollinare de Venise en novembre 1651, est typique de ce que l’opéra vénitien produisait au milieu du XVIIème siècle. Si la musique est très différente de ce que Monteverdi offrait à peine dix ans plus tôt avec le Couronnement de Poppée, le mélange de personnages divins et humains, tel que conçu par le librettiste Giovanni Faustini, offre des situations qui vont de l’élégie lyrique au comique le plus scabreux. La passion amoureuse est le fil rouge de cette œuvre géniale et, finalement, très pessimiste puisque proposant une vision très désabusée des relations de couple. Cette passion dévore tous les personnages, de la méchante Junon aux chastes Endymion et Calisto, laissant Lymphée et Pan avec leurs désirs inassouvis.

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TCE © Alvaro Yañez

L’ambigüité permanente et propre à l’univers baroque nous fait naviguer de la tentative de viol perpétré par le petit Satyre et ses compagnons sur Lymphée au triomphe de l’amour chaste proclamé dans le finale. De ce feu d’artifice de sentiments, de cette richesse de livret, Macha Makeïeff n’aura rien retenu. Les décors, que l’on dirait sortis d’un jardin d’éveil pour petits enfants, ne rendent rien de l’univers poétique proposé par Faustini. Le char de Phaëton est réduit à un ridicule biplan supposé avoir provoqué une catastrophe écologique, les nacelles abondent mais sans l’émerveillement théâtral que Benjamin Lazar avait su donner dans Cadmus. Les costumes, évidemment actualisés (Jupiter en pantalon de cuir moulant, Endymion en chemise kaki !!), sont d’une rare laideur. Les chanteurs semblent complètement livrés à eux-mêmes et toute la richesse des rapports humains (Jupiter et Mercure étrangement précurseurs du couple Don Giovanni-Leporello) est gommée, ne laissant subsister que quelques caricatures. La critique la plus simple qui puisse être faite à l’égard de cette production est que l’on ne sourit jamais et qu’on s’y ennuie ferme.

La musique de Francesco Cavalli est, dieu merci, mieux rendue. La richesse des formes proposées (ariette, canzonette, mezz’arie, duos) au sein d’un recitar cantando d’une souplesse confondante, est plutôt bien servie par l’ensemble des Talens Lyriques de Christophe Rousset. Néanmoins, l’acoustique du théâtre assèche les sonorités qu’on attendrait plus amples, plus voluptueuses.

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TCE © Alvaro Yañez

Mais la soirée est définitivement sauvée par l’excellence du plateau vocal. Sophie Karthäuser fait merveille dans le rôle-titre, par sa voix claire et quasi mozartienne, l’éclat de ses aigus et la douceur de ses graves. C’est sans doute elle aussi qui se sort le mieux de l’absence de travail sur les chanteurs, parvenant à délivrer un personnage à la fois farouche, fougueux et fragile. Véronique Gens est, comme toujours, parfaite, Junon blessée, donc devenant méchante par réaction. Le timbre est toujours aussi poignant et la projection du texte est un modèle du genre. Nous serons un brin moins élogieux quant à la Diane de Marie-Claude Chappuis. La voix fatigue vite mais le timbre chaud est éloquent.

Milena Storti en Lymphée et Sabina Puértolas en petit Satyre sont merveilleuses et apportent une vie et un enthousiasme trop absent de cette production. Du côté masculin, même si on peut rêver d’un timbre plus émouvant, il faut saluer la performance de Lawrence Zazzo en Endymion. La technique vocale est hors pair. Autre très belle découverte : le Mercure de Mario Cassi. Nous avons connu Cyril Auvity en meilleure forme vocale que ce soir-là mais son Pan est tout de même très émouvant, dévoilant une subtilité que Macha Makeïeff n’avait visiblement pas détectée. Très efficace au premier acte mais en faisant trop et, du coup, se désunissant dans la suite de la soirée, Giovanni Batista Parodi est néanmoins un Jupiter efficace, attendrissant à force de mensonges et de tromperies.

Remercions les chanteurs d’avoir su donner à entendre dans de belles conditions cette musique sublime qui devrait être donnée plus souvent.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 05 mai 2010
- Francesco Cavalli (1602-1676), La Calisto
- Mise en scène, décors et costumes, Macha Makeïeff ; Lumières, Dominique Bruguière ; Chorégraphie, Lionel Hoche
- Danseurs : Matthieu Bajolet, Arnaud Cabias, Romain Cappello, Vanessa Le Mat, Marion Mangin, Leila Pasquier
- Calisto, Sophie Karthäuser ; Endimione, Lawrence Zazzo ; Giove, Giovanni Batista Parodi ; Giunione et Destino, Véronique Gens ; Eternita, Diana et Furia 2, Marie-Claude Chappuis ; Linfea, Milena Storti ; Natura et Pane, Cyril Auviti ; Mercurio, Mario Cassi ; Satirino et Furia 1, Sabina Puértolas ; Sylvano, Graeme Broadbent ; Amore, Axel Anselmo
- Les Talens Lyriques,
- Christophe Rousset, direction











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