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L’orchestre Pasdeloup à Pleyel : Un concert d’anniversaire tout feu tout flamme

dimanche 27 février 2011 par Jean-Charles Jobart
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Mykola Dyadyura
DR

Le doyen des orchestres parisiens célèbre cette année ses 150 ans. Autant dire que pour l’occasion, l’Orchestre Pasdeloup, du nom du fondateur des Concerts populaires en 1861, offre avec générosité au public un programme exceptionnel. Là est la vocation et l’identité de cet orchestre : donner de la musique et du bonheur. « Monsieur Pasdeloup, écrivait déjà Berlioz, vient d’avoir une idée hardie dont le succès peu vraisemblable a dépassé toutes ses espérances. […] Et l’on ne saurait, avant d’en avoir été témoin, se faire une idée du bonheur avec lequel ces quatre ou cinq milles auditeurs écoutent des ouvertures, des symphonies ». Ce bonheur, quiconque s’est trouvé Salle Pleyel ce samedi 26 février peut en témoigner.

Sous la baguette de Mykola Dyadyura, l’Orchestre Pasdeloup donnait la Symphonie espagnole de Lalo et la Symphonie pathétique de Tchaïkovski. Très beau programme, digne du feu d’artifice annoncé par les organisateurs des festivités d’anniversaire. L’association des deux œuvres peut surprendre mais s’explique. La Symphonie espagnole fut créée par l’Orchestre Pasdeloup en 1875 avec le violoniste Pablo de Sarasate auquel l’œuvre est dédiée. Symphonie concertante pour violon, à l’image d’Harold en Italie de Berlioz, symphonie concertante pour alto, l’œuvre connut immédiatement un vif succès. L’Orchestre Pasdeloup renoue donc avec son histoire en redonnant cette symphonie dans sa version en quatre mouvements. Il était ici accompagné par Olivier Charlier au violon, suite à un empêchement de dernière minute d’Alina Ibragimova. La partition allie la subtilité française des couleurs de timbre aux rythmes espagnols de l’habanera, de la jota ou de la malagueña, annonçant ce qui sera, de Bizet à Ravel, l’un des sujets favoris des compositeurs français : l’incursion musicale à travers une Espagne de rêve. Certes, tout n’était pas parfait dans cette interprétation : les cordes manquaient d’incisivité au début du premier mouvement, les attaques des cors n’étaient pas toujours propres et les nuances des cuivres ne respectaient pas toujours le piano, mais l’énergie et la danse étaient là, avec notamment une remarquable clarinette solo au premier mouvement et des sonorités funèbres d’une grande beauté dans le troisième mouvement. Olivier Charlier, qui n’avait pu répéter avec l’orchestre que le matin même, a déployé les trésors de sa virtuosité et fait résonner les sonorités graves et chaleureuses dont son instrument est capable. Le public enthousiaste ne s’y est pas trompé en tentant d’applaudir à chaque mouvement. Tels sont les concerts de l’Orchestre Pasdeloup : on y est comme en famille. On excuse volontiers le retard du basson ; les musiciens dansent sur leurs sièges et sourient au public ; la musique se partage et rassemble.

En mars 1878, lors d’un voyage en Suisse, Tchaïkovski découvrit fasciné la Symphonie espagnole de Lalo. Elle le décida à composer son Concerto pour violon. Quinze années plus tard, Tchaïkovski composera sa sixième et ultime symphonie. Elle sera qualifiée de « Pathétique » par Modeste Tchaïkovski, le frère du compositeur, en raison de son caractère extrêmement sensible et tourmenté. Tchaïkovski avoua, dans une lettre à son frère, avoir beaucoup pleuré en la composant. Créée à Saint-Pétersbourg en 1893 sous la direction du compositeur lui-même, l’œuvre, du fait de son innovation dans la forme et de son contenu émotionnel chargé, fut reçue avec un silence d’incompréhension par le public. Cette symphonie est en effet caractérisée par une structure en quatre mouvements lent – rapide – rapide – lent, innovation qui annonce d’autres œuvres telles que la Neuvième Symphonie de Mahler. Quatre jours après la création, Tchaïkovski mourrait. Lors du concert hommage qui lui est rendu deux semaines plus tard, la Symphonie pathétique est alors comprise comme une œuvre prémonitoire où l’artiste, citant dans le premier mouvement la messe pour les morts de l’Eglise orthodoxe, annonçait sa propre mort et donnait le sentiment d’avoir composé, comme Mozart en son temps, son propre Requiem. Dès lors, cette symphonie – testament connaîtra un succès constant que l’interprétation de l’Orchestre Pasdeloup n’a pas démenti. Le premier mouvement nous a en effet offert l’occasion d’entendre un exceptionnel pupitre d’altos, un solo délicat de la clarinette et un somptueux chœur de cuivres. Son second thème a répandu dans la salle Pleyel une mélancolie douce et belle où Mykola Dyadyura a déployé un sens du rubato digne d’un Georges Prêtre. Le sommet fortissimo a, quant à lui, relevé du sublime. Le second mouvement, une valse, a étonnamment été le moins réussi : l’orchestre manquait de légèreté et de rythme malgré un bon pupitre de violoncelles et une section centrale d’une gravité bouleversante. Le scherzo suivant fut un crescendo triomphal où l’énergie et le rythme endiablé ont provoqué les applaudissements du public. Le dernier mouvement n’a fait que confirmer ce succès, Mykola Dyadyura faisant vibrer d’émotion les lignes thématiques comme les silences de l’orchestre. Cette symphonie si sensible sied remarquablement à cet orchestre qui, à l’écouter, ne manque pas du cœur. Le concert de cet après-midi en aura encore donné la preuve par le feu dansant de l’Espagne et la flamme sensible de Tchaïkovski.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 26 février 2011
- Edouard Lalo (1823-1892), Symphonie espagnole
- Piotr Illyitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°6 en si mineur Op.74 « Pathétique »
- Olivier Charlier, violon
- Orchestre Pasdeloup
- Mykola Dyadyura, direction






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