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L’offrande musicale de Pierre Cao au Théâtre des Champ-Elysées

mercredi 23 mars 2011 par Jean-Charles Jobart
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Pierre Cao
© Sébastien Boulard

Le plaisir et la quintessence de la musique, voilà ce qu’a offert Pierre Cao au public du Théâtre des Champs-Elysées. Alors que le Messie de Haendel est mis en scène, avec un intérêt très discutable, au Châtelet, Cao redémontre, si cela était encore nécessaire, que les musiques de Bach et de Haendel se suffisent à elles-mêmes. Quand il entra en scène, Pierre Cao affichait cet air joyeux et roublard des hommes qui préparent un bon coup. Il le pouvait, tant ce concert fut un succès.

Assurément, la prestation du chœur fut magnifique, impeccable. Tout y était en place et plutôt équilibré : la profondeur et l’onctuosité des basses, la brillance et la vigueur des ténors, l’élégance et la chaleur des altos ; seules les sopranos, malgré leur timbre pur, semblaient un peu absentes, provoquant par moment un déséquilibre entre les pupitres, notamment face à des basses un peu trop présentes. Cao sait pouvoir compter sur ses excellents chanteurs d’Arsys Bourgogne. L’ensemble est d’une cohésion sans faille sous sa direction : virtuosité collective, dialogues entre pupitres, homogénéité des ensembles. On a même pu regretter parfois ce trop grand contrôle, cette parfaite maîtrise.

Celle-ci se justifie pleinement dans la très rare Messe en sol mineur « Madrid » de Domenico Scarlatti, encore inspirée de l’ancienne et austère école espagnole et de Palestrina, toute empreinte des théories de l’harmonie des sphères. Le chant y est droit, avance sans fléchir, ce qui n’empêche pas une certaine souplesse et même des pianos suaves dans l’Agnus Dei. Découvrir cette œuvre fut comme un envoûtement. Cette parfaite maîtrise fit encore merveille dans le Magnificat de Bach : le premier chœur fut éblouissant, l’intervention Omnes gentes sut, par sa nervosité, convoquer dans l’esprit de l’auditeur la multitude des adorateurs du Seigneur et les réponses des « dispersit » du Fecit potentia furent d’une séduisante effervescence. Netteté des entrées, clarté des lignes, homogénéité des nuances, nervosité des réponses : tout a concouru à l’excellence.

Cette parfaite maîtrise sembla cependant moins convenir au Dixit Dominus de Haendel. Où étaient la jeunesse du compositeur, la chaleur de l’Italie romaine dans cette œuvre qui est d’abord une démonstration de virtuosité d’un jeune compositeur à son mécène ? Un peu plus de folie et d’esbroufe eussent apporté un supplément de plaisir. Mais ce dernier, rassurons-nous, n’a jamais été absent, notamment dans le Conquassabit, surprenant de vitesse et de nervosité. Contribuèrent également au plaisir des auditeurs, la virtuosité des violons dans le Judicabit et un orchestre extatique dans le De torrente in via bibet, aussi fluide que le torrent de la vie. Le Cercle de l’Harmonie a de même fait preuve dans le Magnificat, de vigueur et de délicatesse, notamment aux bois et aux trompettes.

Les solistes, eux, furent moins homogènes. Tous dans la salle ont remarqué la Coréenne Yeree Suh. Certes, celle-ci ne développe pas une grande voix et ses graves manquent parfois de présence, mais elle possède un timbre velouté, doux et profond et un chant d’une élégance rare. On reste conquis par les charmes de sa voix claire et pure dans le Tecum principium in die virtutis du Dixit Dominus ou par son élégant phrasé dans le De torrente et le Juravit Dominus du Magnificat.

Mais la découverte de la soirée fut la voix exceptionnelle de l’alto Katharina Magiera : timbre profond, phrasé captivant, lignes de chant sans faille. On regrettera seulement un petit manque de pathos dans le Quia respexit du Magnificat, dû avant tout au choix d’une direction très droite qui ne laissa que peu de souplesse au dialogue de la voix et du hautbois. Le duo avec le ténor Et misericordia, lui, fut un miracle d’unité et d’homogénéité, aussi paisible que sensible. Cependant, le ténor Markus Schäfer et le baryton Peter Harvey ont moins convaincu : malgré une belle déclamation des deux solistes, leurs vocalises étaient heurtées et même ralenties pour le second.

Demeure le plaisir offert lors ce concert, qui laisse chez l’auditeur cet écho charmant : l’envie d’entendre à nouveau Cao et ses musiciens.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 17 mars 2011
- Domenico Scarlatti (1685-1757), Messe en sol mineur « Madrid »
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Dixit Dominus, HWV 232
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Magnificat en ré majeur, BWV 243
- Yeree Suh, Julia Doyle, soprano
- Katharna Magiera, alto
- Markus Schäfer, ténor
- Peter Harvey, baryton
- Chœur Arsys Bourgogne
- Le Cercle de l’Harmonie
- Pierre Cao, direction











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