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L’Orchestre de chambre du Luxembourg en visite à Mons

lundi 24 mai 2010 par Richard Letawe
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Hôtel de ville de Mons
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Depuis 1982, au sein de sa série « Connaissance », l’Orchestre de chambre du Luxembourg organise plusieurs dimanches par an des concerts-visites. Le principe : au départ de Luxembourg, l’orchestre part avec son public vers un site historique situé à distance d’autocar pour un aller-retour dans la journée. Après un repas de midi dans un restaurant de la ville, les participants font une visite touristique, puis se retrouvent en fin d’après-midi dans l’église ou la basilique locale afin d’entendre les musiciens de l’OCL dans un programme comportant traditionnellement un concerto, une symphonie de Haydn, puis une messe. Ce dimanche, l’OCL emmenait ses fidèle à la découverte de la ville de Mons, chef-lieu de la province de Hainaut, et future capitale européenne de la culture pour l’année 2015.

Largement préservée de l’industrialisation du XIXème siècle, Mons a pu garder l’essentiel de son patrimoine architectural : un centre-ville escarpé, aux rues pavées pittoresques et tortueuses ; de nombreuses demeures datant du XVIIème siècle ; une très belle Grand-Place bordée par l’imposant hôtel de ville à la façade gothique ; la Collégiale, bâtie dans le style brabançon sur l’emplacement du monastère de Sainte Waudru qui fut au VIIème siècle à l’origine de la fondation de la ville. Mons possède également une riche tradition folklorique, qui s’exprime lors de la célèbre Ducasse, le dimanche de la Trinité, où la ville vit au rythme de la procession du Car d’or, sur lequel est posée la chasse renfermant les reliques de la sainte patronne montoise, et qui doit gravir d’une seule traite la rampe très raide menant à la collégiale pour éviter à la ville une année de malheurs. Les six puissants chevaux de trait qui tirent le Car d’or y sont aidés par une foule de centaines de personnes qui poussent le véhicule dans une ambiance survoltée. Cette procession est également l’occasion d’un très riche cortège historique où les anciennes confréries et corporations, vêtues comme à l’époque de Charles-Quint font le tour de la vieille ville.

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Montée du Car d’or
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Après la Montée, les événements se déplacent sur la Grand-Place, où a lieur le combat dit « Lumeçon ». Saint Georges à cheval, aidé par les chinchins y affronte un lourd dragon dont les coups de queue sont redoutables. Séparée du champ de bataille par une simple corde, la foule se presse pour tenter d’arracher du crin porte-bonheur à la queue du dragon. Après de longues et éprouvantes minutes pour les hommes-blancs porteurs du dragon, les hommes-feuilles et les chinchins, le combat -très codifié- se termine par la défaite du dragon, que Saint Georges abat d’un coup de pistolet. C’est le point d’orgue d’un week-end de liesse, qui tient la ville en haleine pendant plusieurs jours.

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Combat dit "Lumeçon"
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Le concert couronnant la journée de visite était justement donné, avec la collaboration du Conseil de Fabrique, à l’intérieur de la Collégiale, où est exposé le fameux Car d’or, imposant char en bois sculpté, peint et doré, qui a été construit à la fin du XVIIIème siècle. L’OCL prenait place dans la nef, pour jouer un programme Haydn-Hummel, sous la direction de Pierre Cao, le chef-titulaire de l’orchestre de 1985 à 2000.

Le Concerto pour trompette de Haydn est interprété de façon très satisfaisante par Pierre Kremer, qui évite d’être exagérément exubérant et démonstratif, et se montre très mélodieux dans l’andante. Le début du finale le montre un peu laborieux, mais il se reprend ensuite et termine le mouvement en articulant remarquablement bien, et en déployant une sonorité très agréable.

On se rend cependant compte dès les premières mesures que l’acoustique de la collégiale est peu adaptée au jeu d’orchestre : la réverbération est très forte, et surtout le son n’est pas projeté vers l’auditoire ; à quatre rangées de distance, la trentaine de musiciens de l’OCL se fait moins entendre q’un trio à cordes dans un bonne salle.

Encore plus que le concerto, la Symphonie n°97 de Haydn souffre de cette acoustique imprécise. Pourtant, c’est une version de qualité qu’en donnent Pierre Cao et son orchestre : légère, dansante et finement articulée, avec un premier mouvement souple et actif, et un finale ardent, à la vivacité idéale. Seul l’Adagio est moins convaincant, par manque de mordant, perdant ainsi son caractère soucieux. On voudrait y entendre des attaques un peu plus franches, des accents plus secs ; la variation en mineur manque de relief et de poids, et la coda est brouillonne et irrésolue. A part ce mouvement lent un peu relâché, le reste de la symphonie est joué de façon très loyale par un orchestre qui maîtrise manifestement parfaitement le style de Haydn.

Pour terminer ce concert sans entracte, la Messe en Si bémol majeur de Hummel, écrite quand le compositeur était le maître de chapelle du prince Esterhazy entre 1804 et 1811, et de fait successeur de Haydn. Hummel compose cette messe dans la tradition classique autrichienne, fournissant une œuvre de bon ton et agréable à entendre, entre parties lentes délicatement expressives et mouvements glorieux plus exubérants. Le style est cependant un peu impersonnel, et cette messe ne contient pas de révélation passionnante sur l’éventuel génie de Hummel, un compositeur qui se montre plus intéressant dans son Septuor ou dans ses concertos pour piano.

L’exécution de cette messe sans solistes vocaux est assurée par un Orchestre de chambre du Luxembourg très au point et par l’Ensemble vocal Cantica, choeur venu lui aussi du Luxembourg, et composé d’amateurs. Les membres de l’ensemble Cantica ne sont évidement pas au niveau de ceux du chœur Arsys que Pierre Cao a l’habitude de diriger, mais ils font néanmoins preuve d’une assez belle homogénéité, et ont des timbres plutôt attrayants, même si les aigus manquent parfois d’assise et d’ampleur. Pour le reste, ils sont à créditer d’une bonne prestation, et font honneur à la réputation de leur chef du jour.

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- Mons
- Collégiale Sainte-Waudru
- 16 mai 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Concerto pour trompette en Mi bémol majeur ; Symphonie n°97 en Ut majeur
- Johann Nepomuk Hummel (1778-1837), Messe en Si bémol majeur Op.77
- Pierre Kremer, trompette
- Orchestre de chambre du Luxembourg
- Pierre Cao, direction






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