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L’Opéra de Quat’sous de Brecht et Weill à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne

dimanche 19 février 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Cyrille Cauvet

Présentée dans une dizaine de villes à travers la France - au sein d’une tournée initiée en octobre dernier à Sartrouville qui terminera sa course à Argentan fin mars - c’est à Saint-Etienne que cette nouvelle production du chef d’œuvre du tandem Brecht/Weill faisait escale début février, pour cinq représentations.

Signataire d’un couplé Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine fort réussi ici-même il y a deux saisons, cet autre tandem que forment Laurent Fréchuret (metteur en scène) et Samuel Jean (chef d’orchestre) s’est donc cette fois attelé à L’Opéra de Quat’sous, ouvrage parmi les plus difficiles - car protéiforme - du répertoire musico-théâtral.

Composé à partir du texte de Bertolt Brecht par Kurt Weill, L’Opéra de Quat’sous est créé à Berlin en août 1928. Il est en fait l’adaptation d’un opéra de John Gay, L’Opéra des Gueux (1728), qui inspirera également le compositeur Benjamin Britten au XXème siècle.
Brecht a transposé l’histoire dans le Londres misérable du temps de la reine Victoria : Jonathan Peachum gère toute une équipe de déshérités, véritable cour des miracles organisée, dont il perçoit de larges bénéfices. La pitié est son fond de commerce. Lorsqu’il apprend, avec sa femme Celia, le mariage de leur fille Polly avec Macheath, dit Mackie-le-surineur, ils mettent tout en place pour le faire pendre : on achète la trahison d’une putain, la bien nommée Jenny-des-Lupanars, et on fait du chantage à Tiger Brown, chef de la police de Londres, dont on sait qu’il protège son vieil ami Mackie. Evadé après une première arrestation, Macheath finit par se retrouver de nouveau en prison et on lui passe alors la corde au cou. Mais un héraut du roi paraît, tel un Deus ex-machina, et on doit relâcher le prisonnier qui sera anobli, puis promu rentier à vie ! Happy end aussi ironique que parodique…

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© Cyrille Cauvet

Retrouvant la proximité qu’il avait lors de la création de l’ouvrage, l’orchestre est ce soir placé sur les planches tandis que la fosse est en partie comblée par une passerelle, sur laquelle viendra se dérouler une grande partie de l’action. Pour le reste, le directeur du CDN de Sartrouville a opté pour des choix très particuliers : l’opéra est donné entièrement en français (songs comprises) et les artistes sont tous sonorisés. Pour ces derniers, Fréchuret a réfléchi à un équilibre très spécial : les rôles féminins ont ainsi été distribués à des chanteuses sachant aussi jouer la comédie (ce sont elles qui ont les parties vocales les plus difficiles), et inversement, les rôles masculins ont été confiés à des comédiens capables de chanter.

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© Cyrille Cauvet

Parmi la distribution retenu, on saluera en premier lieu la chanteuse Laëtitia Iturbide (Polly Peachum), ce soir bien plus convaincante - vocalement et scéniquement parlant - que le mois dernier dans la production in loco de L’île de Tulipatan d’Offenbach. Elle excelle à faire passer son personnage d’oie blanche du début à la patronne cynique de la fin. Mention également pour la formidable Jenny-des-lupanars de Kate Combault - qui dessine un bouleversant portrait de femme déchirée par des sentiments contraires. Sarah Laulan, exquise Théodorine dans l’opérette offenbachienne, ravit à nouveau avec une composition haute en couleurs de Lucy. Eléonore Briganti ne lui cède en rien en irrésistible drôlerie et nous gratifie d’un registre grave qui sied bien à ce rôle de harpie.
Côté masculin, Thierry Gibault délivre une complainte de Mackie fort bien chantée et incarne par ailleurs à merveille ce personnage sombre et foncièrement égocentrique, mais pas forcément condamnable. Vincent Schmitt a la puissance nécessaire pour le rôle de l‘inquiétant Jonathan Peachum, qu’il rend parfaitement crédible. Pour finir avec la distribution, le Tiger Brown de Harry Holtzman est autant à retenir comme formidable comédien…qu’à oublier comme chanteur !

Partie intégrante de la réussite de ce spectacle, Samuel Jean dirige (du piano) avec brio la dizaine de (talentueux) musiciens placés sous sa direction. On se doit de saluer son souci de l’équilibre sonore ainsi que son choix de tempi toujours justes.

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© Cyrille Cauvet

En ces temps de crise économico-financière, monter L’Opéra de Quat’ sous nous paraît particulièrement pertinent - il a d’ailleurs aussi été donné récemment à l’Opéra de Tours - et le public a beaucoup ri d’une des plus fameuses répliques de l’œuvre : « Qui est le plus grand criminel, celui qui vole une banque ou celui qui en fonde une ? ».

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- Saint-Etienne
- Opéra-Théâtre
- 01 février 2012
- Kurt Weill (1900-1950), L’Opéra de Quat’sous, Pièces avec musique en 8 tableaux avec Prologue. Livret de Bertholt Brecht, d’après « L’Opéra du Gueux » de John Gay.
- Mise en scène, Laurent Fréchuret ; Scénographie, Stéphanie Mathieu ; Costumes, Claire Risterucci ; Lumières, Eric Rossi
- Philippe Baronnet, Filch/Jacob-les-Doigts-crochus ; Elya Birman, Robert-la-Scie ; Eric Borgen, Smith/Révérend Kimball ; Eleonore Briganti, Célia Peachum ; Kate Combault, Jenny-des-Lupanars ; Xavier-Valéry Gauthier, Matthias-Fausse-Monnaie ; Thierry Gibault, Macheath, dit Mackie-Le-Surineur ; Harry Holtzman, Tiger Brown ; Laëtitia Ithurbide, Polly Peachum ; Sarah Laulan, Lucy ; Nine de Montal, Vixen/Walter-Saule-pleureur ; Jorge Rodriguez, Jimmy-l’Argentin/L’Annoncier ; Vincent Schmitt, Jonathan J. Peachum
- Matthieu Adam, trombone ; Pierre Cussac, accordéon, bandonéon ; Denis Desbrières, percussions ; Florent Guépin, guitare, banjo ; Frédéric Rouillon, piano ; Mathieu Martin, contrebasse ; Jocelyn Mathevet/Mathieu Reinert, trompette ; Cédric Le Ru, saxophones soprano et ténor ; Davy Sladek, saxophones alto, ténor et baryton, clarinette, flûte traversière
- Samuel Jean, direction musicale, piano






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