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L’Opéra de Lyon maître de l’absurde avec Le Nez de Chostakovitch

jeudi 3 novembre 2011 par Patrick Manage
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© Stofleth

Après sa création aux Etats-Unis au Metropolitan Opera, puis sa reprise au festival d’Aix-en-Provence l’été dernier, cette production du Nez de Chostakovitch arrivait à l’Opéra de Lyon pour une série de représentations triomphales.

Pour ceux qui ne connaissent pas Le Nez de Chostakovitch, mieux vaut d’abord être prévenu de la nature de l’intrigue, et du contexte historique de son écriture. Chostakovitch a 24 ans, et il cherche dans cette œuvre à révolutionner l’espace figé de la scène dont on a trop l’habitude à son goût. L’œuvre est ainsi à la fois déconcertante par son livret et par son écriture avant-gardiste. Elle l’est d’ailleurs tellement qu’à sa création en 1930, elle fût un scandale, et ne sera de nouveau autorisée à être montée en Union soviétique qu’en 1974.

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© Stofleth

L’histoire est ainsi difficile à traiter à la scène, puisque c’est celle d’un personnage qui, un beau matin, se réveille sans son nez. L’opéra conte alors la recherche de ce nez dans toute la ville… Quels décors inventer, quelle mise en scène ? L’Opéra de Lyon a choisi de s’associer pour la production au Metropolitan Opera de New York, signe de l’envergure qu’il parvient à prendre sur la scène internationale. La création l’an dernier aux Etats-Unis fût triomphale, et la production a également eu beaucoup de succès de la part du public et de la critique à Aix-en-Provence cet été. C’est le metteur en scène et plasticien William Kentridge qui vient apporter sa touche à la musique, d’une manière aussi originale qu’efficace. Aux simples décors habituels, il ajoute une partie entière de vidéo, projetée sur l’ensemble de la scène. Ainsi, à l’action sur scène s’additionne une foule d’images et documents historiques, dessins crayonnés, éléments illogiques et arrivés là par on ne sait quel chemin. Le nez est tantôt dessiné et apparaît sur les décors via la vidéo, tantôt matérialisé concrètement, parfois avec les jambes d’un danseur, parfois posé simplement, ou encore en ombre derrière un rideau… En regard de la complexité de l’histoire, le moyen de la vidéo permet également de surcharger le décor à souhait, notamment grâce à une foule d’éléments en mouvement. Si l’on parvient à se défaire de toutes les habitudes de logique des lois de notre monde, afin de rentrer dans l’univers totalement absurde et l’environnement pour le moins spécial créé par William Kentridge, le résultat est alors tout à fait prenant, et très efficace, formant un tout très cohérent avec la partie musicale.

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© Stofleth

La troupe de chanteurs russes est absolument parfaite pour la production, et notamment Vladimir Samsonov, qui tient le rôle-titre, et dont la voix convient à merveille, avec toute la puissance et la dextérité que demande la partition. Les performances et les voix des chanteurs ont été choisies absolument à propos. Les scènes se déroulent parfois à terre, parfois dans différents endroits des décors, y compris dans les hauteurs, afin de créer des espaces et des ensembles tout à faits incohérents et loufoques, à l’image de l’histoire. Cette dernière étant très chargée en évènements, on ne s’ennuie presque jamais, si ce n’est le milieu du troisième acte où l’on peut éventuellement trouver quelques longueurs.

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© Stofleth

L’orchestre de son côté est encore une fois d’un haut niveau, quels que soient les pupitres, cordes, bois, cuivres ou percussions. La musique qui sur le papier n’est pas d’une simplicité absolue pour l’oreille, prend un sens et une cohérence absolus, tout au long de l’œuvre, et notamment dans les interludes musicaux, pour toujours servir l’ensemble de la production, et Kazushi Ono mène l’orchestre avec une grande précision. A n’en pas douter, nous sommes décidément là devant l’un des meilleurs orchestres français, qui excelle notamment dans le répertoire lyrique auquel il est consacré.

Tout comme lors de sa création aux Etats-Unis, et de sa reprise au festival d’Aix, le succès de la production est au rendez-vous à Lyon, ce soir comme tout au long de la série de représentations. On lui souhaite de continuer sur son élan : on se rend compte que même dans un répertoire un peu atypique, le public bien loin d’être acquis a priori, n’est cependant pas fermé à la découverte de nouveauté… si tant est qu’elle soit de qualité !

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- Lyon
- Opéra
- 16 octobre 2011
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Le Nez
- William Kentridge, mise en scène et vidéo, avec Luc De Wit
- Vladimir Samsonov, Kovaliov ; Alexandre Kravets, Le Nez/Yarychkine ; Andrey Popov, Le Sergent de Quartier ; Vladimir Ognovenko, Ivan Yakovlevitch/Khrozrev-Mirza ; Claudia Waite, Praskovia Ossipovna ; Vasily Efimov, Ivan ; Yuri Kissin, Gennady Bezzubenkov, Margarita Nekrasova, Tehmine Yeghiazaryan.
- Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon
- Kazushi Ono, direction






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