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L’OPRF, décidément russe

mercredi 2 juin 2010 par Thomas Rigail
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Leonard Slatkin
© Steve J. Sherman

Après s’être montré la semaine dernière sous son plus beau jour sous la direction d’Alexander Vedernikov, l’Orchestre philharmonique de Radio France continue dans les concerts « tout russe » sous la direction cette fois de l’américain Leonard Slatkin.

L’orchestre a gardé une partie de sa superbe pour Antar de Rimski-Korsakov, donné ici dans sa troisième version : l’œuvre, écrite en 1868 sous l’appellation de « symphonie n°2 », a été révisée deux fois, une première fois en 1875 et une seconde fois en 1897, cette version étant qualifiée de « suite symphonique ». Nous sommes effectivement éloigné des formes de la symphonie traditionnelle, et plus proche d’un large poème symphonique en quatre parties : Leonard Slatkin fait ressortir les riches couleurs de l’orchestration d’un premier mouvement mystérieux à souhait, avec de beaux solos de bois – tout juste pourra-t-on regretter que le chef fasse durer les silences entre les phrases (avant les chiffres 1, 2 et 3), émiettant inutilement la progression du mouvement. Le deuxième mouvement est le plus réussi : de très solides cordes, soutenus par des cuivres vigoureux (les cors à 25, les occurrences du thème aux trombones) donnent un mouvement emporté et incisif, et malgré l’opulence de l’orchestration, on appréciera que la petite harmonie reste toujours bien sonore (par exemple, les mesures avant 31). Le quatrième mouvement laisse se dérouler son étrange paysage avec de très bons solos de hautbois, flûte et clarinette, et surtout du cor anglais. La progression entre 62 et 66 vers le faux-climax central est particulièrement bien menée, et si la fin à contre-courant, sans éclat, peut laisser dubitatif, l’œuvre est bel et bien écrite comme cela. Cette partition assez rare se voit ainsi offrir une interprétation vivante et colorée.

L’orchestre accueille ensuite Denis Matsuev pour le troisième concerto pour piano de Prokofiev. Matsuev, sauvage dans l’intention, puissant dans la réalisation, tout en maintenant une plénitude de timbre certaine et une hauteur de vue réelle dans la conduite, opte pour des tempos systématiquement rapides et une présence hautement physique dans l’exécution. La réussite est là, si tant est que l’on accepte dans cette œuvre une interprétation agressive, qui se fonde entièrement sur le strict piano – avec des moyens qui sont le plus souvent, mais pas toujours, bien présents – et met de côté toute question de caractère. De fait, dans sa constance dans la virtuosité et l’obstination dans le style, le concerto paraît joué d’un trait, ce qui est bon pour la conduite globale, et réserve d’excellents moments (la réexposition du I, le premier climax du III) mais les moments les plus délicats (la première variation du deuxième mouvement, par exemple) paraissent hors de propos, presque ironiques tant ils ne semblent être que des interludes entre deux moments de « grand piano ». Mais il y a peu de trivialité ici et c’est heureux, d’autant que l’orchestre, forcé de suivre, se montre doué pour ce rôle : des cordes acérées, des bois très présents sans céder sur les phrasés, et de vrais beaux moments de cohérence avec le piano (par exemple, les contrebasses boueuses au chiffre 48 et 49, à la fin du premier mouvement).

De la trivialité, il y en aura pourtant dans les trois bis donnés par Matsuev : si l’étude op.76 n°2 de Sibelius est assez élégante, l’étude op.25 n°12 de Chopin, pourtant bien commencée, s’embourbe dans un rubato excessif et des fausses notes, et la Fantaisie sur un thème du Barbier de Séville de Rossini de Ginzburg est vulgaire comme il se doit.

Pour terminer le concert, et après la version Rachmaninov, l’Orchestre philharmonique de Radio-France donne un Francesca Da Rimini de Tchaïkovski de très belle tenue : si on regrette une gestion de l’équilibre des dynamiques entre les instruments qui limite parfois l’ampleur (par exemple, il manque dans les dernières minutes aux bois la capacité à affirmer les évolutions de leurs lignes mélodiques), la direction sans sentimentalisme ni superflu, assurée dans ses effets expressifs, soutenue par un orchestre qui montre quelque traces de fatigue mais tient le matériau avec une force certaine, permet de terminer sur une note spectaculaire.

Les programmes russes réussissent décidément bien à l’Orchestre philharmonique de Radio France : emportés par des chefs maîtres de leur propos et qui semblent refuser les travers trop courants dans ce répertoire, ils donnent à la suite deux de leurs meilleurs concerts de la saison.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 29 mai 2010
- Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Antar, suite symphonique Op.9
- Sergeï Prokofiev (1891-1953), Concerto pour piano n°3 en Ut majeur Op.26
- Piotr Illyitch Tchaïkovski (1840-1893), Francesca da Rimini Op.32
- Denis Matsuev, piano
- Orchestre philharmonique de Radio France
- Leonard Slatkin, direction











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