ClassiqueInfo.com



L’ONL à Denain

mardi 1er juin 2010 par Richard Letawe
JPEG - 44.6 ko
Andreas Spering et Henri Demarquette
Ugo Ponte © ONL

L’Orchestre National de Lille était ce vendredi à Denain où il donnait pour la première fois dans le joli Théâtre municipal un programme qu’il allait ensuite jouer à six reprises en tout à Lille et dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Deux concertos pour violoncelle sont au programme, le Concerto n°1 de Haydn et celui de Malipiero, avec en soliste Henri Demarquette ; en complément, la Symphonie pour cordes n°7 de Mendelssohn et la Symphonie n°1 de Beethoven sous la direction d’Andreas Spering.

Début de concert plutôt laborieux avec une Sinfonia n°7 de Mendelssohn dont les réglages ne semblent pas encore au point : les décalages sont fréquents, la justesse de l’intonation est perfectible, et l’homogénéité des pupitres est souvent troublée par des dérapages d’archet. De plus, l’acoustique du Théâtre de Denain est fort sèche, ce qui expose les problèmes de manière aiguë. Mous et peu engagés, les deux premiers mouvements sont très décevants, mais le chef commence à prendre l’orchestre en mains à partir du Menuetto, qui montre plus de caractère, et dans le finale Allegro molto, vigoureux et bien maîtrisé, malgré une sonorité d’ensemble assez métallique.

Andreas Spering est un éminent spécialiste de Haydn : ses enregistrements des oratorios La Création et Il Ritorno di Tobia sont des références, et il dirige d’ailleurs un festival consacré au compositeur à Brühl près de Cologne. Rien d’étonnant dès lors à ce que son accompagnement du Concerto pour violoncelle n°1 de Haydn soit dès les premières mesures un modèle de style, de justesse et d’enthousiasme. L’orchestre, malgré encore de légers problème de justesse des cordes, s’engage avec précision, suivant avec application la baguette du chef, qui impose des tempi allants, des articulations courtes, des coups d’archet décidés, et un usage limité du vibrato, et donne beaucoup de relief aux phrasés, dont la variété et l’originalité tiennent l’auditeur en éveil.

Henri Demarquette se lance lui aussi avec une vigueur peu commune dans ce concerto où il semble être constamment en train de danser, virevoltant gracieusement, et s’entendant particulièrement bien avec le chef. La cadence du premier mouvement, absolument survoltée, mais toujours musicale, est un grand moment. Très vivant, le début de l’adagio ne sombre pas dans le statisme, et est nourri par les nobles phrasés du soliste, qui alanguit cependant légèrement son jeu sur la fin, étire un peu trop ses phrases, et fait détimbrer quelques notes. Haut en couleurs, le finale est pétillant et pris à toute allure. Henri Demarquette y fait preuve d’un grand panache, mais ne contrôle pas toujours sa fougue, et certains trait passent un peu à l’arraché. Inégal, ce dernier mouvement est cependant très réjouissant par son élan infatigable et l’enthousiasme de ses exécutants.

Compositeur résolument tourné vers le classicisme, Malipiero s’intègre très bien dans ce programme via son Concerto pour violoncelle, œuvre honteusement rare au concert et au disque. Plus détendu que dans son électrisant concerto de Haydn, Henri Demarquette sert cette musique avec beaucoup d’humilité, s’attachant à mettre pleinement en valeur la beauté et le lyrisme des généreuses mélodies dont elle est faite.

La soirée se termine avec une vigoureuse version de la Symphonie n°1 de Beethoven. Chef issu de la mouvance baroque, Andreas Spering semble être un excellent « passeur de style », communiquant à l’ONL les bases de la pratique d’exécution « historiquement informée », et le faisant jouer avec une rigoureuse maîtrise stylistique. Ceci dit, Andreas Spering est loin d’être un fanatique : l’orchestre conserve son identité, le son n’est jamais décharné, les phrasés ont de l’ampleur et de la substance, et le vibrato n’est pas exclu. C’est dans la vivacité rythmique, dans la variété des coups d’archets et dans l’étendue de l’éventail dynamique qu’on entend l’apport du chef, qui se distingue aussi par sa souplesse, dirigeant par exemple un premier mouvement très tonique, mais qui ne verse pas dans la brutalité martiale. Fin et clair, très allant, l’Andante est lui aussi magnifiquement respiré, avec des phrasés pleins de force et de relief, et une sonorité légère et brillante. Enfin, les deux derniers mouvements sont des concentrés d’énergie et de puissance, que le chef mène avec une indéniable maestria, et un sens consommé de la surprise.

En conclusion, la seule chose à regretter de ce concert est la faiblesse du public, qui représentait à peine un demi-parterre, un scandale vu le prestige de l’affiche et la qualité musicale de cette soirée.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Denain
- Théâtre municipal
- 28 mai 2010
- Felix Mendelssohn (1809-1847), Symphonie pour cordes n°7 en ré mineur
- Joseph Haydn (1732-1809), Concerto pour violoncelle n°1 en Ut majeur
- Francesco Malipiero (1882-1973), Concerto pour violoncelle
- Henri Demarquette, violoncelle
- Orchestre National de Lille
- Andreas Spering, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550994

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License