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L’Italie à l’heure géorgienne

vendredi 9 décembre 2011 par Cyril Brun
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Irina Aleksidze
DR

On nous annonçait la Géorgie, mais ce fut l’Italie qui vint au rendez-vous. Certes les voix étaient de nationalité géorgienne, tout comme les doigts qui couraient sur le piano. Mais la musique fut italienne, résolument !

Et de fait, il est bien difficile d’harmoniser la tradition vocale géorgienne à l’Ottocento italien. Appliquer le mode géorgien à Verdi c’eut été faire courir un risque sonore à la légèreté de la partition. Risque plus grand encore pour Cavalleria Rusticana. Il faut bien dire que si Irina Aleksidze sut à merveille incarner la fibre italienne, les deux hommes, restèrent lourdement arcboutés sur les effets de puissance que l’on reconnaît précisément à la tradition géorgienne. Les voix étaient puissantes, jusqu’à saturation lorsque Kakhaber Shavidze voulut camper un Banco sonore, aux accents non pas frappés, mais bien criés. Comme ce fut souvent le cas ces derniers temps pour certains élèves du CNIPAL, nous avions parfois l’impression d’une démonstration de capacité sonore, plutôt que celle d’une véritable musicalité. L’artiste doit aussi savoir jouer avec l’espace qu’on lui donne. Or le salon Campra n’est pas la grande salle de l’opéra. À l’inverse, Irina Aleksidze sut utiliser l’acoustique à merveille pour faire briller un extraordinaire jeu de nuances. Une véritable dentelle d’effets à la fois fragiles et puissants selon ce que la partition requérait. Une égalité de voix, d’une étonnante stabilité, lui permit de donner un exceptionnel relief à la partition, par la simple maîtrise des nuances. Maîtrise qui contrastait avec un piano d’une éprouvante lourdeur, aux accents invariablement heurtés. Ce remarquable professionnalisme, sachant utiliser la salle, l’émotion, la technique, unifiait en un seul mouvement tous les aspects de l’artiste au point que tous disparaissaient, comme si le chant lui était inné. C’est ainsi qu’elle emporta l’enthousiasme du public dans l’air de la Princesse de Bouillon. Cela ne fit que mettre davantage en lumière les deux autres solistes, fortement marqués par la technique. Irakli Kakhidze fut, pour sa part, un duc de Mantoue difficilement compréhensible et audible. Entre des accents criés, à l’aigu délicat, et des fins de phrases relâchées, on peinait à comprendre le texte qu’une diction lourde venait assombrir. Avec beaucoup de stabilité dans la puissance, il parvenait lui aussi à une saturation presque hurlée de la salle. En revanche, très bon acteur, il épousa avec bonheur d’une voix égale, Irina Aleksidze dans un duo finalement très italien de Cavalleria Rusticana et ce malgré certaine indélicatesse dans la justesse du duo final. Avec Turandot, Irakli Kakhidze fut plus nuancé, même si ces nuances semblèrent bien pâles et scolaires dans l’ombre d’Irina Aleksidze. Un chant qui semblait, à la différence de la mezzo-soprano, fait d’efforts. Efforts appuyés par l’incessant martellement du piano.

De belles voix, de beaux airs, mais de grandes inégalités dans la maîtrise et surtout la musicalité des chanteurs. Si la soirée fut agréable, il manquait un peu di questo qualcosa di italiano pour être pleinement exquise !

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- Toulon
- Salon Campra
- 16 novembre 2011
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Extraits de Simone Boccanegra, Rigoletto, Mac Beth, Il Trovatore, Don Carlos, Aïda.
- Francesco Cilea (1866-1950), extraits de l’Arlesiana, Adriana Lecouvreur.
- Pietro Mascagni (1863-1945), extraits de Cavalleria Rusticana.
- Giacomo Puccini (1858-1924), extraits de Turandot.
- Irina Aleksidze, mezzo-soprano
- Irakli Kakhidze, ténor
- Kakhaber Shavidze, basse
- Nino Pavlenichvili, piano.






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