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L’Île de Tulipatan à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne

lundi 30 janvier 2012 par Emmanuel Andrieu
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Alexis, Laetitia Ithurbide ; Cacatois XXII, Frédéric Bang-Rouhet
© Cyrille Cauvet

A quelques jours d’intervalle, cette production de L’Île de Tulipatan - créée à l’Opéra de Rouen en juin 2010 et signée Yann Dacosta - était reprise à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne et au Théâtre Musical de Besançon. Petit « plus » à Sainté - comme disent les locaux - la première pièce, créée aux Bouffes-Parisiens en 1868, y était précédée d’une « bouffonnerie musicale » datée de 1855 : Les Deux Aveugles.

Heureuse initiative que d’offrir au public stéphanois pendant la période de fêtes ces deux raretés composées par le « petit Mozart des Champs-Elysées ». Qu’on ne s’y trompe pas, le goût prononcé de ces deux ouvrages pour le potache et la satire n’a pas empêché Offenbach d’écrire deux partitions pleines de charme, d’une virtuosité légère et pétillante. Airs pimpants et ensemble allègres s’y succèdent.

Le premier (bref) ouvrage est une pochade aussi cruelle que cynique. Sur un pont de Paris mendie Patachon, « Haveugle de nessance », bientôt rejoint par Giraffier, lui « Aveugle par axidans ». Les deux hommes ne tardent pas à se disputer la clientèle, mais savent taire leurs griefs dès qu’elle approche. Ils finissent par décider de jouer l’emplacement aux cartes, trichent effrontément et se disputent à nouveau, s’étant reconnus comme faux aveugles. L’affaire tournerait mal si ne survenait pas un providentiel quidam. Les voici donc calmés pour un temps, et c’est avec l’apparence de la plus profonde entente qu’ils lui demandent l’aumône…

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© Cyrille Cauvet

Grégory Cauvin, à qui était confiée la mise en scène de cette farce, a rajouté au duo un organiste, souffre-douleur de Patachon, pourvu quant à lui d’un énorme strabisme et, de plus, muet comme une carpe. Histoire d’êtres pathétiques qui aurait très bien pu, un siècle plus tard, sortir de l’imagination d’un Samuel Beckett.

Excellents comédiens, Yves Coudray (Patachon) et Richard Bousquet (Giraffier) sont aussi très bons chanteurs et leur premier duo « Justinien, ce monstre odieux » s’avère aussi brillant que savoureux. Les spectateurs rient de bon cœur et c’est donc que le spectacle fonctionne.

En guise de « plat de résistance », après un simple précipité, faisait suite l’hilarante histoire de L’Île de Tulipatan. Argument farfelu s’il en est, qu’on en juge ! Sur l’île de Tulipatan - « à 25 000 km de Nanterre et 473 ans avant l’invention du crachoir » ! -, Cacatois XXII aimerait bien devenir père d’un garçon pour assurer sa descendance. Pendant qu’il guerroie, son épouse met au monde une fille, qu’elle fait passer pour un fils prénommé Alexis, afin de sauver la monarchie. De son côté, Théodorine, l’épouse du grand sénéchal Romboïdal, fait la démarche inverse. Par crainte de le perdre un jour à la guerre, elle prétend que le garçon qu’elle a enfanté est une fille, et le prénomme Hermosa. Romboïdal est très mécontent : sa fille se conduit comme un garçon manqué, ne rêvant que hauts faits guerriers. Cacatois n’est pas plus satisfait : sa mauviette d’héritier n’a que des préoccupations de fille ! De cette situation cocasse naissent ensuite moult incidents et autres quiproquos hilarants, surtout que ces deux là ont bientôt la bonne idée de tomber amoureux l’un de l’autre…

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Cacatois XXII, Frédéric Bang-Rouhet ; Théodorine, Sarah Laulan ; Hermosa, Flannan Obé
© Cyrille Cauvet

Parfaitement dans l’esprit du livret et de la partition, la réalisation scénique de Yann Dacosta court à vive allure et regorge de gags. Costumes bigarrés et couvre-chefs saugrenus (Philippe Léonard) rivalisent d’extravagance, télescopant parfois les modes du Second Empire avec celles d’aujourd’hui. Tel quel, le spectacle distrait, amuse et le public - à l’instar de la première partie - ne boude pas son plaisir.

Jeune et survoltée, la distribution - que l’on sent complice et soudée - s’en donne ainsi à cœur joie. Mais la palme de l’abattage scénique et vocal revient sans conteste à l’épatante Hermosa de Flannan Obé. C’est merveille que de voir ce jeune ténor entonner son grand air « Vive le tintamarre et le bruit ! », délivré avec une voix aussi saine que bien projetée, mais surtout avec un entrain et une chaleur qui gagnent rapidement l’auditoire (qui lui fera ensuite une fête hautement méritée). Il exécute un numéro de haute volée, girouette toujours au bord de l’hystérie, et sa composition de « faux » garçon manqué est hautement savoureuse.

Acteur également accompli, Frédéric Bang-Rouet incarne un Cacatois XXII ridicule à souhait et son air pastichant le Grand Opéra en vigueur à l’époque « Dieu m’éclaire, fille chère » met en valeur son robuste baryton. François Rougier (Romboïdal) ne lui cède en rien en termes de pouvoir comique et offre un chant toujours facile et claironnant, à la diction impeccable. Sarah Laulan prête à Thédorine un timbre de mezzo charnu, large mais jamais gras. Par ailleurs, l’aisance de son jeu complète un art de la caractérisation musicale de premier ordre. L’Alexis de Laetitia Ithurbide s’avère plus effacé, en termes de rayonnement vocal comme que de présence scénique.

L’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire est dirigé avec dynamisme mais sans tapage par Laurent Touche, chef des chœurs « maison » (et chef assistant de Laurent Campellone). Il donne ainsi un relief tout particulier à ces bijoux d’orchestrations que sont par exemple le quatuor des canards - et ses inévitables « coin-coin » - ou le réjouissant air de Théodorine : « Je vais chercher les petites cuillères, puis j’atteindrai les couteaux à dessert ».

Désopilant !

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- Saint-Etienne
- Grand Théâtre Massenet
- 03 janvier 2012
- Jacques Offenbach (1819-1880), L’île de Tulipatan (Opéra bouffe en un acte) précédée de Les Deux Aveugles (Bouffonnerie musicale en un acte)
- L’Île de Tulipatan : Mise en scène, Yann Dacosta ; Décors & Lumières Jean-Claude Caillard ; Costumes, Philippe Léonard.
- Hermosa, Flannan Obé ; Alexis, Laetitia Ithurbide ; Cacatois XXII, Frédéric Bang-Rouhet ; Romboïdal, François Rougier ; Théodorine, Sarah Laulan.
- Les Deux Aveugles : Mise en scène, Grégory Cauvin
- Patachon, Yves Coudray ; Giraffier, Richard Bousquet ; L’Organiste, Yann Métivier
- Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire
- Laurent Touche, direction






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