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L’Etoile grand-ducale

lundi 11 février 2008 par Richard Letawe

Le Grand Théâtre de Luxembourg reprenait dans une production créée en 2005 par Angers Nantes Opéra, l’Etoile de Chabrier, un opéra qui revient en force, et dont plusieurs versions ont été montées récemment, à Zurich notamment, ou bien encore à l’Opéra Comique.

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© Angers Nantes Opéra

La mise en scène d’Emmanuelle Bastet, ancienne assistante de Robert Carsen et de Yannis Kokkos, dans des décors de Duncan Hayler, transpose le royaume burlesque de Ouf Ier, roitelet tyrannique qui cherche un candidat à empaler pour satisfaire à la tradition de son anniversaire, dans un grand magasin des années 1920-30, type Galleries Lafayette, dont Ouf devient le directeur. L’astrologue Siroco en est le chef de la sécurité, Lazuli un vendeur du rayon cosmétiques, et les ambassadeurs du royaume de Mataquin, accompagnés de la princesse Laoula, deviennent des hommes d’affaire chargés de négocier la fusion des magasins Ouf avec une enseigne concurrente.
Coloré, lumineux et minutieusement réglé, le spectacle, avec ses chorégraphies et ses costumes pailletés, tire vers le music hall plutôt que vers l’opéra bouffe, mais la loufoquerie de la pièce est préservée, et l’adaptation, qui nécessite quelques actualisations du texte, est efficace et cohérente. La mise en scène ajoute également quelques scènes dans un ascenceur (très drôles, pour meubler les changements de décor), et un personnage travesti, celui de la cocasse Mme Bihour, chef du personnel du magasin.
La seule véritable trahison de l’histoire est la scène du pal, remplacé par une seringue géante, qui perd ainsi son potentiel burlesque, et n’a plus rien à voir avec le texte chanté (c’était bien la peine de le modifier à d’autres endroits pour le faire coller à la transposition !). A part cela, la production est drôle, vive, légère et éclatante, et on ne s’ennuie pas un instant.

La soirée est également très satisfaisante d’un point de vue musical, grâce d’abord à une distribution rôdée, dont tous les membres sauf un étaient présents à Nantes il y a deux ans. Le seul rôle qui change de titulaire est celui de Lazuli, tenu ce soir par Marie-Claude Chappuis. Sans y voir forcément une relation de cause à effet, celle-ci est le seul point faible de la distribution, et n’est guère à l’aise vocalement, alors qu’elle fut pourtant de la production zurichoise la saison dernière. Son chant manque d’éclat et de finesse, l’intonation est variable, les notes de passage sont trop souvent négociées dans la douleur, et malgré l’évidente bonne volonté dont elle fait preuve, le rôle ne semble pas pour elle.

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© Angers Nantes Opéra

On n’a que très peu de reproches à adresser aux autres, Magali Léger est une Laoula fine, espiègle et sensuelle, scéniquement très à l’aise, vocalement au point, malgré un léger manque de puissance. Eric Huchet s’impose en Ouf par sa haute stature, son chant puissant et sa superbe diction, et Vincent Pavesi est un Siroco à la belle voix de basse, aux graves sûrs et bien timbrés. Tous les autres petits rôles sont vocalement parfaits, de l’hilarant Tapioca de Jean Delescluse, de l’absurde Hérisson de Porc-Epic de Simon Jaunin, à la séduisante Aloès de Marie Lenormand. Enfin, signalons que tous font preuve de grandes qualités de comédiens, et donnent des dialogues parlés parfaitement justes et naturels.

Le chœur d’Angers Nantes Opéra est un acteur majeur dans la réussite de la soirée. Ses membres ont une excellente présence scénique, dansent admirablement, et chantent de façon tout à fait convaincante.
Enfin, mené de façon souple, précise et spirituelle par Marc Soustrot, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg montre son excellente pratique du répertoire français. L’orchestre fait preuve d’homogénéité, produit de belles couleurs, et possède quelques solistes de très haut niveau.

Lumineuse et divertissante, cette soirée a magnifiquement servi le chef d’œuvre de Chabrier, qui espérons-le aura l’occasion bientôt de faire définitivement partie du répertoire.

Magali Léger sera présente au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 25 janvier 2008
- Emmanuel Chabrier (1841-1894), L’Etoile, Opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo
- Mise en scène, Emmanuelle Bastet ; Décors et costumes, Duncan Hayler ; Chorégraphie, Laura Scozzi ; Lumières, Pierre Gaillardot ; Assistant à la mise en scène, Jean-Pierre Dequaire
- Ouf Ier, Eric Huchet ; Siroco, Vincent Pavesi ; Hérisson de porc-Epic, Simon Jaunin ; Tapioca, Jean Delescluse ; Lazuli, Marie-Claude Chappuis ; la Princesse Laoula, Magali Léger ; Aloès, Marie Lenormand ; Patacha, Michel Eumont ; Zalzal, Eric Vrain ; Madame Bihour, Jean-Marc Bihour ; Policiers, Franck Estrade, Daneil Chasseau
- Chœur d’Angers Nantes Opéra ; chef de chœur, Xavier Ribes
- Orchestre Philharmonique du Luxembourg
- Marc Soustrot, direction






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