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Pierrefonds

L’Enlèvement au château

Festival des Cathédrales de Picardie
samedi 17 novembre 2007 par Richard Letawe
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Das Neue Orchester
DR

Le Festival des Cathédrales de Picardie proposait ce samedi soir, dans la grande salle du Château de Pierrefonds, une version concertante de l’Enlèvement au Sérail de Mozart.

Le singspiel mozartien est ici privé de son action scénique, mais également de ses dialogues parlé, et donc d’un de ses personnages, le Pacha Selim, qui n’est pas un rôle chanté. Airs et ensembles se succèdent ainsi de façon parfois abrupte, avec des rebondissements que l’absence de dialogue rend un peu obscurs. Néanmoins, l’action reste globalement compréhensible, et suivre l’intrigue de loin en loin n’est pas si gênant, car la musique est bien là, et en entier.

L’équipe à l’œuvre ce soir est originaire d’Allemagne. Elle est menée par Christoph Spering, chef et fondateur de Das Neue Orchester, formation sur instruments anciens bien connue, à la discographie abondante.
Le plus connu parmi les messieurs de la distribution est Christoph Genz, qui tient le rôle de Belmonte. Ténor de poche, Christoph Genz est un chanteur poli, discret et élégant, dont la voix manque de puissance, de projection et de couleur, mais qui, dans le cadre d’une version de concert avec l’orchestre derrière lui, se révèle assez satisfaisant. Le timbre est joli, les phrasés sont soignés et raffinés, à la limite parfois de la préciosité, et si les aigus sont souvent émis en force, manquant de soutien, il se tire néanmoins sans trop de dommage des exigences de sa partie. Il trouve même des accents assez touchants dans « Ich baue ganz », puis surtout dans son duo avec Constance. Pedrillo son valet est interprété par Florian Mock. Annoncé souffrant, celui-ci affronte courageusement l’épreuve. La voix se dérobe par instant, mais il donne quand même sa romance « In Mohrenland » avec toute la finesse et la souplesse nécessaires.

Face à eux se dresse le seul Osmin, en l’absence de Pacha Selim. Celui-ci est chanté par Thomas Mehnert de manière très convaincante. La projection est bonne, le timbre est d’un beau métal, et le chant est stylé, ne cédant jamais à la tentation d’aboyer. Les graves sont encore un peu courts, manquent de noirceur, et, interprète trop souriant, il ne rend pas tout à fait la violence de son personnage, mais pour une basse jeune, la prestation est plus qu’encourageante, et le chant sans défaut notoire.

Anna Palimina est la seule non allemande de la troupe, mais elle a été pour partie formée en Allemagne, et y accomplit l’essentiel de ses débuts de carrière. Sa Blondchen débute un peu timidement – « Durch Zärtlichkeit » coquet mais sans grand tempérament- avant de prendre confiance, et de donner un « Welche Wonne, welche Lust » pétillant, puissant, et délicieusement ornementé.

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Simone Kermes
DR

Ce gentil plateau, manquant un peu de personnalité, est heureusement complété par Simone Kermes, que ses cheveux roux et sa robe orange font ressembler à une lionne. Elle s’embrase à chacune de ses interventions, et est la seule à nous faire oublier véritablement l’absence de scène. La voix est droite, le timbre brillant, et la vocalisation est ardente et explosive, se jouant des difficultés de la partition, et semblant même en redemander. Chacun de ses trois airs apporte une touche nouvelle à sa personnalité : « Ach ich liebte » est fier et musclé, « Traurigkeit » est tragique, mais elle n’y est pas vaincue, et son « Marten aller Arten » est un feu d’artifice sonore comme il se doit, mais aussi un défi qu’elle lance debout, à un adversaire qui face à un tel tempérament a intérêt à y réfléchir à deux fois, tant elle a l’air prête à repousser un régiment de janissaires à elle seule. Cette Constance impétueuse et flamboyante n’est pas de celles qu’on oublie, d’autant que vocalement, à part un suraigu un peu détimbré, elle est extatique.

Dans une acoustique un peu difficile pour lui et sous une direction de Christoph Spering vivante et enthousiaste, mais parfois un peu brutale, l’orchestre réalise une prestation enthousiaste, mais perfectible. Les cordes manquent de chair et ne sont pas d’une cohésion irréprochable, et les bois ont des défaillances nombreuses, à l’inverse de cors très sûrs, et d’un pupitre de percussions en pleine forme.
Donnée dans un cadre inhabituel, et en dépit de toutes ses petites imperfections, la soirée est belle, car ses interprètes sont sincères, et sont stimulés par une prima donna de toute grande classe. Le public, venu nombreux en dépit d’un excitant match de rugby, accorde à tous les protagonistes une très belle ovation.

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- Pierrefonds
- Château
- 06 octobre 2007
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Die Entführung aus dem Serail, Singspiel en 3 actes KV 384, version de concert sans dialogues parlés
- Constance, Simone Kermes ; Belmonte, Christoph Genz ; Blonde, Anna Palimina ; Pedrillo, Florian Mock ; Osmin, Thomas Mehnert
- Chorus Musicus Köln
- Das Neue Orchester
- Christophe Spering, direction






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