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L’Amour des trois oranges : fin de saison sous le signe de la fantaisie

mardi 3 juillet 2012 par Gilles Charlassier
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Eric Huchet, Trouffaldino ; Charles Workman, Le Prince
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

Créé en 1921 à Chicago pendant la période d’exil, L’Amour des trois oranges est un conte lyrique qui emprunte, au travers de Gozzi et Meyerhold, à l’univers de la commedia dell’arte et use avec virtuosité des codes de la théâtralité. Rare à l’Opéra de Paris avant son entrée au répertoire de Bastille à la fin de l’année 2005, repris l’année suivante, cet ouvrage festif, idéal pour les dernières semaines du calendrier referme aujourd’hui l’exercice 2011-2012, avec une distribution faisant largement appel aux fidèles de la maison, laquelle rappelle ainsi habilement que le merveilleux n’a pas de saison.

La mise en scène de Gilbert Deflo, respectueuse de l’ouvrage, commence par un clin d’oeil, un rideau d’esquisse du bâtiment de la Bastille, tant il est vrai que l’on est ici dans un opéra sur l’opéra, avec un prologue exposant une controverse entre les tenants de l’art tragique et ceux de la verve comique. Capriccio ne semble pas loin –programmé par ailleurs en septembre prochain, la production de Robert Carsen avait été la dernière de l’ère Gall, en juin 2004. Un climat auto-référentiel s’installe d’emblée. La scène prend la forme d’une arène, aux vagues réminiscences saltimbanques que ne renierait pas la célèbre Marche qui jalonne la partition. Les costumes dessinés par William Orlandi habillent ingénieusement les personnages de cette artificialité théâtrale où se délecte l’opéra de Prokofiev – et avec lui le spectateur. Le plateau s’étend d’ailleurs jusqu’aux coulisses et enjambe la fosse : le fictif et le réel se mêlent inextricablement. Tout juste regrette-ton la section de l’amphithéâtre scénique à la moitié de sa hauteur pour laisser la place en son étage supérieur à une rampe de caméras. S’il est vrai que l’écriture du compositeur russe a des allures cinétiques nourrie par l’invention des Frères Lumières, la pression que « l’explicitation matérielle » exerce sur l’espace de la représentation censure presque la fantaisie du spectacle.

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Marie-Ange Todorovitch, Fata Morgana ; Lucia Cirillo, Sméraldine
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

Alain Vernhes constitue une valeur sûre en Roi de Trèfle, à la paternité pétrie d’humanité. De son fils, le Prince, Charles Workman en exhale sans efforts les accents de mélancolie, ne ménageant pas toujours la ligne autant qu’on le souhaiterait. Piquante, Patricia Fernandez a tous les atours de la Princesse Clarice. Nicolas Cavalier incarne un excellent Léandre, quoique parfois pataud. Amel Brahim-Djelloul pétille idéalement en Linette sémillante autant qu’émouvante, quand ses infortunées prédécesseures dans les oranges trouvent en Alix Le Saux et Alisa Kolova des Linette et Nicolette de bonne tenue. On ne saurait oublier bien évidemment l’exubérance d’Hans-Peter Scheidegger, Cuisinière pachydermique. Marie-Ange Todorovitch trouve en Fata Morgana un emploi à sa mesure. Mentionnons également l’honorable Tchélio de Vincent Le Téxier, le Truffaldino rayonnant d’Eric Huchet, ainsi que le Pantalon d’Igor Gnidii. N’oublions pas Lucia Cirillo, Sméraldine, ainsi que le Maître de cérémonies joué par Vincent Morell. Enfin, Alexandre Duhamel témoigne de son attachement à la maison en endossant la défroque d’un Héraut.

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© Opéra national de Paris/ E. Mahoudeau

A la tête d’un orchestre qu’il a régulièrement dirigé, Alain Altinoglu ménage un équilibre entre la subtilité de la coloration instrumentale et la vigueur rythmique idiomatique du modernisme russe. Préparés par Alessandro di Stefano, les choeurs de la maison exhibent une appréciable générosité sonore dans un ouvrage qui ne demande qu’à emmener le public dans sa ronde.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 23 juin 2012
- Serguei Prokofiev (1891-1953), L’Amour des trois oranges, Opéra en un prologue et quatre actes (1921). Livret du compositeur d’après la comédie de Carlo Gozzi L’amore delle tre melarance.
- Mise en scène, Gilbert Deflo ; Décors et costumes, William Orlandi ; Chorégraphie, Marta Ferri ; Lumières, Joël Hourbeigt.
- Alain Vernhes, Le Roi de Trèfle ; Charles Workman, Le Prince ; Patricia Fernandez, La Princesse Clarice ; Nicolas Cavallier, Léandre ; Eric Huchet, Truffaldino ; Igor Gnidii, Pantalon ; Vincent Le Texier, Tchélio ; Marie-Ange Todorovitch, Fata Morgana ; Alix Le saux, Linette ; Alisa Kolosova, Nicolette ; Amel Brahim-Djelloul ; Hans-Peter Scheidegger, La Cuisinière ; Antoine Garcin, Farfaezllo ; Lucia Cirillo, Sméraldine ; Vincent Morell, Le
- Maître de cérémonies ; Alexandre Duhamel, Le Héraut.
- Chœur de l’Opéra national de Paris ; Alessandro di Stefano, direction des chœurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Alain Altinoglu, direction.











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