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Kristjan Järvi cherche toujours sa voie

mardi 22 mars 2011 par Vincent Haegele
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Kristjan Järvi
©Peter Rigaud

Oui, oui, on évitera d’écrire que « c’est difficile d’être le fils de …, qui plus est, le frère de … ». Oui, mais on l’a dit et il est difficile de ne pas le penser, en entendant le Kristjan Järvi nouvelle école, bien assagi mais pas pour autant plus intéressant. Directeur musical de l’Orchestre de chambre de Bâle depuis quelque temps déjà, Kristjan Järvi semble tout autant tâtonner que donner dans une routine confortable et peu imaginative, la preuve étant cette interprétation dénuée de sensibilité de la musique de scène de Peer Gynt, rebaptisée pompeusement Suite de concert pour Mezzo Soprano et orchestre dans un arrangement du chef d’orchestre.

En introduction de ce concert donné à la Maison de la Culture d’Amiens, Kristjan Järvi s’assurait la présence d’un premier grand classique scandinave en la personne de Sibelius, dont le Cygne de Tuonela reste et restera pour longtemps encore une valeur sûre pour débuter un concert. On se souvient fort à propos que Kristjan Järvi a été dans ses années de formation l’assistant d’Esa-Pekka Salonen et que c’est avec les Quatre légendes d’après Lemminkäinen que ce dernier s’est assuré une reconnaissance internationale. Malgré un sens du tempo très maîtrisé et une recherche sincère de l’ambiance noire et maléfique de cette pièce étrange, Järvi convainc modérément. Mais il ne s’agit pas à proprement parler de sa faute : le Cygne de Tuonela s’adapte mal à un orchestre doté de cordes peu nombreuses (mais néanmoins excellentes). Ce Cygne manque totalement de relief et de profondeur, à l’image de la grosse caisse étriquée qui tente de se faire entendre, tout en gâchant ses effets. Faute de configuration idéale, il sera difficile d’émettre un jugement complet.

Plus satisfaisants, et certainement le meilleur moment du concert, les Wesendonck-Lieder, dans l’orchestration de Hans-Werner Henze, conviennent mieux à la structure d’un orchestre de chambre. Moins convenue, évidemment, que l’orchestration Mottl-Wagner habituellement donnée, cette version recèle quelques perles, comme le premier ou le dernier mouvement, et quelques déconvenues : ainsi, la phrase introductive particulièrement faiblarde qui ouvre le quatrième lied, Schmerzen. La conclusion du cycle, légèrement dissonante, est en revanche splendide. Angelika Kirschlager, héroïne de la soirée, donne une lecture intéressante et peu spectaculaire de ces petits riens wagnériens (si l’on ose l’expression en comparaison des opéras contemporains que sont Tristan et les Maîtres-chanteurs) : timbre épuré, ligne très sûre et aucune volonté d’accentuer le caractère intimiste des lieder, un travers trop souvent répandu. Le chef se révèle à ce moment un excellent accompagnateur.

La prétendue Suite de concert pour mezzo soprano et orchestre de Grieg qui conclut le concert est largement décevante : les traits sont lourds, appuyés et sans aucune finesse, notamment dans les tuttis. Paradoxal pour un orchestre de chambre, mais cela sent de toute évidence la trop grosse artillerie et Kristjan Järvi retrouve là sa nature de jeune chien fou sur laquelle il a bâti sa réputation. On se demande en quoi cette suite de concert est un arrangement : certes, il n’y a qu’un seul chanteur, en lieu et place des deux voix féminines et de la basse nécessaires dans la musique de scène et il manque les chœurs. Mais Grieg avait déjà prévu, dans les Suites, cette éventualité. On ne peut guère parler de quelque chose d’original.

En conclusion, on se contentera de penser que Kristjan Järvi est loin d’avoir trouvé une voie satisfaisante : on l’avait connu volontairement défricheur d’espaces prétendument originaux (dans les faits, des essais très consensuels), le voici maintenant à la recherche d’une certaine sobriété qu’il ne parvient pas tout à fait à maîtriser.

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- Amiens
- Maison de la Culture
- 11 mars 2011
- Jean Sibelius (1865-1957), Le Cygne de Tuonela
- Richard Wagner (1813-1883), Wesendonck-Lieder
- Edvard Grieg (1843-1907), Suite de concert pour mezzo soprano et orchestre [Peer Gynt : musique de scène].
- Angelika Kirschlager, mezzo-soprano.
- Kammerorchester Basel
- Kristjan Järvi, direction











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