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Koroliov et les Prazak au Châtelet : mon dieu quel piano !

lundi 16 novembre 2009 par Carlos Tinoco
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Evgeni Koroliov
DR

Affiche alléchante pour un concert beau et bancal. Evgeni Koroliov, connu surtout pour sa magnifique traversée solitaire de l’univers de Bach, se révèle un chambriste éblouissant quand les Prazak confirment leurs limites actuelles. Ce, non seulement dans le Quintette de Schumann, mais aussi là où on pourrait les croire totalement à l’abri, dans le Quatuor n°12 de Dvorak. Curieux ensemble, capable d’élans magnifiques et manquant de souffle tout aussi régulièrement.

Contrairement au concert des Bouffes du Nord de mai 2009, on ne peut pas affirmer que le problème est venu ici d’une trop grande prise de risques. Ni la justesse ni l’intonation n’ont connu d’écarts significatifs au Châtelet. Mais, est-ce alors le prix à payer ? Vaclav Remes semble nettement en retrait, non seulement dans son jeu, mais aussi, plus grave, dans sa conduite de l’ensemble. Pour ce qui est de son jeu, le déséquilibre avec celui de Michal Kanka est marqué au point que le deuxième mouvement du Quatuor « américain » boite totalement. La splendide cantilène du premier violon qui ouvre le mouvement n’a pas le dixième du lyrisme qu’on y entend un peu plus tard au moment où elle est reprise par le violoncelle. Quant à la conduite, on a l’impression à travers tout le concert qu’il manque un primarius. Bien sûr, leur jeu dans Dvorak trouve dans telle ou telle phrase une cohérence naturelle qui fait merveille (superbe finale !), mais l’élan est souvent interrompu. La motricité des premier et troisième mouvements notamment est douteuse. Certes, comme aux Bouffes du Nord pour l’opus 105, il y a, dans leur manière de faire, une mise en valeur appréciable de la modernité de ces partitions, mais on ne peut tout mettre sur ce compte.

D’autant que le même phénomène se reproduit dans le Quintette avec piano de Schumann. Dès le premier mouvement, le décalage est assez net entre la formidable impulsion donnée par le piano et la réponse beaucoup plus en retrait d’une formation qu’on sait capable d’infiniment plus d’engagement. Le jeu d’Evgeni Koroliov est d’une grande élasticité, sachant jouer de toutes les subtilités rythmiques de l’écriture schumannienne pour construire un discours fortement structuré et d’une immense poésie. Ses basses sont aussi chantantes que puissantes, l’articulation est toujours parfaitement claire et la palette de couleurs mise en jeu est impressionnante. Mais, au-delà de ses qualités instrumentales, l’écoute des partenaires et la manière dont il sait soutenir constamment le propos, souvent dans une remarquable discrétion pour mieux se projeter en avant quand il le faut, est la marque des très grands chambristes. Quant aux Prazak, leur lyrisme peine à se déployer complètement, pour des raisons similaires à celles observées dans Dvorak. Si l’ensemble reste tout de même de très bonne tenue, il n’est pas à la hauteur de ce que ces musiciens peuvent nous donner. Vaclav Remes n’est-il pas du matin ? L’explication serait satisfaisante si ce concert ne venait pas confirmer une impression que de précédents concerts mais aussi des disques nous ont déjà donnée : le Quatuor Prazak, pourtant l’un des plus intéressants et achevés de ces vingt dernières années, est un ensemble dont la cohésion musicale est fragile. Un concert un peu inabouti, donc, mais qui ne doit pas masquer la confirmation magistrale du fait qu’Evgeni Koroliov est souverain en musique de chambre : pourvu qu’il y revienne vite !

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 08 novembre 2009
- Anton Dvorak (1841-1904), Quatuor à cordes n° 12 en fa majeur « Américain », op. 96
- Robert Schumann (1810-1856), Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur, op. 44
- Evgeni Koroliov, piano
- Quatuor Prazak : Vaclav Remes, violon ; Vlastimil Holek, violon ; Josef Kluson, alto ; Michal Kanka, violoncelle











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