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Kirill Karabits l’homme pressé

dimanche 10 février 2008 par Bertrand Balmitgère
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Kiril Karabits
DR

C’est non sans plaisir que le public strasbourgeois retrouva celui qui fut pendant une saison le premier chef invité de l’OPS. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le jeune chef ukrainien n’a pas perdu de temps depuis lors.

Après avoir officié pour l’orchestre de Radio France, le voici fraichement nommé successeur de Marin Alsop à Bournemouth à compter de la saison 2009/2010. Belle progression en si peu de temps, mais assurément pas une surprise, car ceux qui se souviennent de ses premiers concerts strasbourgeois gardent en mémoire un chef à la direction incandescente, dont le parcours artistique ne fait que confirmer ce caractère qui le pousse toujours vers l’avant. Parfois trop serions nous tenté d’écrire, car à force de vouloir bousculer la donne, Karabits peut parfois en faire un peu trop. C’est le reproche et le seul que nous pourrions lui faire a propos du concert de ce soir, donné dans un palais de la musique et des congrès qui ne cesse d’attirer une foule de plus en plus rajeunie, c’est un succès qu’il noter et encourager. L’OPS est en train de reconquérir son public par une politique et une programmation intelligente.

Revenons-en à la direction de Karabits, chef virevoltant sans pareil sur ce plan là. La mode à Strasbourg est certes à la grande vitesse, depuis l’arrivée du TGV, mais de là à l’appliquer jusque dans la sublime Shéhérazade de Rimsky Korsakov qui était le joyau du concert ? Il eut été plus opportun de la part de Karabits de prendre des tempi plus posés pour laisser sa part de mystère à l’œuvre. Car ce qu’il fait gagner en intensité, en éclat, régalant au passage le public d’effets sonores remarquables, il l’a perdu en profondeur. Mais ne gâchons pas notre plaisir, car Karabits a bien le temps encore de rejoindre l’autre grand Kirill, maitre de ce répertoire : Kirill Kondrashin. Nul doute que son talent l’en rapprochera tôt au tard.

Plaisir donc grâce à un Orchestre Philharmonique de Strasbourg en très grande forme, bien sûr dans cette Shéhérazade, bien connue certes mais malgré tout véritable juge de paix. Car on ne trompe pas le public sur ce genre d’œuvre réputée et celui une fois de plus ne s’y et pas trompé en réservant une vibrante ovation à son orchestre. C’est mérité car au-delà des excès de jeunesse de son chef, la phalange strasbourgeoise avait mis ses habits de lumière. Plus encore que dans la neuvième de Dvorak du concert de la semaine précédente, l’OPS à fait montre d’une maitrise et d’une pâte sonore remarquable. Il faut et c’est justice citer les solistes de l’orchestre : en premier lieu le violon super-soliste invité, l’excellent bâlois Axel Schacher ; Harold Hirtz à l’alto ; Alexander Somov au violoncelle ; Stéphane Werner à la contrebasse, Jérôme Hanar au cor ; Jean-Christophe Dassonville au basson ; Sébastien Koebel à la clarinette ; Sébastien Giot au hautbois ; Sandrine François à la flute ,Jean Michel Vigneau à la harpe, Nicolas Moutier au trombone, bien sur Gillig et Mentzer à trompette et Micaël Cortone d’Armore ainsi que l’équipe des timbales-percussions. Et bien sur tirer un coup de chapeau au reste de la formation car tous autant qu’ils sont ils ont fait de cette soirée un succès.

Le programme avait débuté par deux œuvres plus récentes, issues du répertoire du XXème siècle : la deuxième symphonie pour orchestre à cordes et trompette d’Arthur Honegger ainsi que les symphonies d’instruments à vent d’Igor Stravinsky (dans sa révision de 1947). La symphonie d’instruments à vents de Stravinsky marquent une rupture nette dans l’œuvre du compositeur du Sacre du printemps, qui abandonne la musique de ballet pour un chambrisme épuré. Karabits parvient bien à nous restituer l’essence de l’œuvre, et évite les pièges tendus par la partition et qui auraient pu le conduire à tomber facilement dans un certain debussysme, écueil qui en a piégé plus d’un, Simon Rattle pour ne citer que lui. Les musiciens de l’OPS sont ici le véritable prolongement du bras de Karabits, c’était flagrant tant l’union du chef et de des troupes était complète. Un grand moment marqué par des trésors de maitrise, de tact et de finesse musicale.

La deuxième symphonie d’Honegger pour conclure notre propos, le jour et la nuit avec l’opus précédent, l’émotion forte répondant à l’intimité. Comment une œuvre composée sur fond de deuxième guerre mondiale n’aurait pas pu trouver meilleur tribune que Strasbourg, ville symbole des déchirements, des conflits et de ses conséquences à tous les niveaux. Les accents stridents, la nervosité, le cri de l’œuvre, l’angoisse à l’état pur, tout était là. Saluons le solo final à la trompette de Christophe Mentzer qui de son instrument transperce le palais de la musique. Fracassante performance !

C’est dans ces moments là qu’un chef peut se révéler, Karabits, a encore une fois démontré l’étendu de son talent, et de son potentiel. Une vraie chance pour Bournemouth qui va accueillir un chef d’avenir.

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- Strasbourg
- Palais de la musique et des congrès
- 08 février 2008
- Igor Stravinsky (1882-1971), Symphonie d’instruments à vent (révision 1947) ; Arthur Honegger (1882-1955), Symphonie n°2 pour orchestre à cordes ; Nicolai Rimski-Korsakov (1844-1908), Shéhérazade, suite symphonique
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Kirill Karabits, direction











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