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Kiril Karabits et Valeri Sokolov à l’OPL

lundi 17 décembre 2007 par Richard Letawe
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Kiril Karabits
© Yuri Shkoda

Revenu de sa tournée en Suisse, l’OPL termine l’année en force avec deux concerts aux programmes fort éclectiques : la semaine prochaine, concerto pour piano n°20 de Mozart et Symphonie alpestre dirigés par Pascal Rophé, et ce soir, Biarent, Saint-Saëns et Dvorak, sous la baguette de Kiril Karabits.

Jeune ukrainien d’à peine trente ans, Karabits est déjà bien connu en France, ayant occupé différents postes à Radio France et à Strasbourg. Il rejoindra l’année prochaine le prestigieux orchestre de Bournemouth en Angleterre au titre de chef principal.

En ouverture de concert, Trenmor, poème symphonique d’un compositeur belge bien oublié, Adolphe Biarent. Né à Charleroi en 1871, Biarent remporta le Prix de Rome belge, et après ses études, revint dans sa ville natale pour en dynamiser la vie musicale, jusqu’à sa mort prématurée en 1916. Il compte parmi ses élèves Fernand Quinet, premier directeur de l’OPL en 1960.

Trenmor est inspiré par la légende éponyme d’Ossian, qui conte la quête de paix d’un rude guerrier, Trenmor. Après avoir quitté les champs de bataille et dédaigné les plaisirs charnels, il trouve la sérénité et l’amour en rencontrant Inibacca, la vierge des forêts du Gornal. Sur ce sujet, Biarent compose une musique passionnante, aux grandes qualités narratives et dramatiques, et à l’orchestration virtuose. Il divise l’œuvre en trois parties, la première sombre et orageuse, au souffle épique, qui dépeint les batailles qu’a menées le héros, la deuxième lascive, ouverte par des mélodies orientales, et conclue par une véritable orgie sonore dépeint les tentations de débauche et de stupre qui se présentent à notre personnage. La dernière partie, simple et éblouie, offre le calme et les joies de l’amour au héros grâce à sa rencontre avec Inibacca. Il est réjouissant de voir un jeune chef ukrainien défendre la partition d’un compositeur carolo inconnu. Espérons qu’il la mette à son répertoire, car c’est une œuvre de valeur, aux effets très sûrs, dont il donne une interprétation brillante et fougueuse. Il mène la première section à bon port avec enthousiasme, et exalte l’orientalisme, les parfums et la sensualité de la partie centrale, au point qu’on s’étonne que Biarent soit né sur les bords de la Sambre plutôt que sur ceux de la Volga.

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Valeri Sokolov
DR

Pour le concerto n°3 de Saint-Saëns, l’orchestre est rejoint par un autre ukrainien, le jeune violoniste Valeri Sokolov, 21 ans. Dans le premier mouvement, son jeu est sobre et léger, mais manque un peu de caractère et d’accents saillants. Les passages lyriques sont élégants, l’intonation est très pure, et l’articulation est huilée, mais ce jeu souple et coulant ne retient pas vraiment l’attention. La perfection technique n’est plus de mise dans le mouvement lent, quelques dérapages de l’archet, une intonation plus aléatoire, mais le violoniste compense par un jeu inspiré et plein de grâce, aux nuances très délicates, virevoltant comme en apesanteur,. L’orchestre, souplement mené par Karabits, évolue dans les mêmes sphères célestes. Le soliste poursuit sur sa lancée dans le finale, dont il donne une version réservée et de bon goût, à la virtuosité jamais démonstrative et à la sonorité rayonnante. Accueillant l’ovation du public liégeois avec beaucoup d’humilité, Sokolov ne lui accorde pourtant pas le bis longuement réclamé.

La symphonie n°8 de Dvorak clôt le concert, dans une interprétation inégale. C’est le premier mouvement qui est le plus problématique, à cause de la direction du chef, énergique certes, mais trop pressée et heurtée, qui n’évoque guère les charmes de la Bohème. La mise en place de l’orchestre n’est pas parfaite : les bois sont assez empruntés, à part des clarinettes souples et stylées, et le son d’ensemble est dur et écrasant. La suite est meilleure, Karabits dirigeant d’un bras moins raide un orchestre qui retrouve ses marques. L’Adagio est mené comme une danse agile et sérieuse, et le troisième mouvement est d’une élégance et d’un raffinement aristocratiques, teintés d’une pointe d’ironie dans le trio. Le finale est un peu trop musclé, mais est bien détaillé. Le son est moins que dans le volet initial, et l’orchestre est cohérent, avec des cuivres qui se révèlent très en forme.

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 14 décembre 2007
- Adolphe Biarent (1871-1916), Trenmor, poème symphonique ; Camille Saint-Saëns (1835-1921), Concerto pour violon n°3 en si mineur Op.61 ; Antonin Dvorak (1841-1904), Symphonie n°8 en Sol majeur Op.88
- Valeri Sokolov, violon
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Kiril Karabits, direction






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