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King Arthur enchanteur

lundi 18 mai 2009 par Philippe Houbert
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Concert spirituel
DR

C’est à un bien bel enchantement que Hervé Niquet et ses forces du Concert Spirituel ont convié le public du Théâtre des Champs-Elysées. Et pourtant, l’exercice n’était pas facile avec cette œuvre si étrange par sa forme.

Semi-opéra, genre bâtard par excellence, provenant du mask et des musiques de scène, du ballet de cour à la française et des intermèdes italiens, mais allant, en cette fin du XVIIème siècle anglais, plus loin que tous ces genres. Il s’agit, pour Dryden, auteur du livret, et Henry Purcell, de mêler étroitement théâtre et musique mais pas dans le sens que l’on connaît avec l’opéra, d’où le terme « semi-opéra », puisque les personnages principaux de l’intrigue (le roi Arthur, son rival saxon Oswald, et leurs magiciens respectifs, Merlin et Osmond) ne chantent pas, laissant cette fonction aux personnages secondaires (Philidel et Grimbald, esprits aérien et terrestre) et quelques allégories (Vénus, Cupidon, des sirènes et le célèbre génie du Froid).

Plus loin aussi car, avec l’avènement sur le trône de Charles II (cousin de Louis XIV), c’est une grande partie de la culture versaillaise qui arrive à Londres et, non seulement la musique de Purcell en sera marquée par les opéras de Cambert et Lully (Cadmus et Hermione) donnés dans la capitale dans ces années 1670-80, mais, bien plus, c’est tout un propos stratégique, en l’occurrence la construction d’un arbre généalogique politique, auquel Dryden (sorte de Boileau anglais) et Purcell se livrent : fournir à leurs souverains (Charles II, puis Jacques II, et enfin Guillaume III) la racine de leur pouvoir, cette lutte originelle entre Bretons et Saxons et en appeler à Saint Georges pour parrainer une réconciliation salutaire et fondatrice. On est donc bien dans un esprit proche de celui de Lully et Quinault dans les prologues de leurs tragédies lyriques à la gloire du Roi Soleil.

Ces caractéristiques – propos hautement symbolique mais bâti un peu à base de grosses ficelles, parties instrumentales, vocales et chorales se succédant sans vraiment comprendre quelle action théâtrale se déroule entre chaque morceau – rend l’exercice d’exécution assez périlleux si on n’y met un peu d’enthousiasme. Cet ingrédient, Hervé Niquet en a pour dix et il sait le transmettre à un très bel ensemble instrumental mené par l’archet d’Alice Piérot, un chœur parfaitement équilibré et à la prononciation impeccable et un quintette de chanteurs anglophones, donc capables de projeter toute la poésie et l’humour de ce très beau texte.

Concert quasiment parfait de la première à la dernière note. Que retenir, entre une ouverture et une chaconne introductives dynamiques et parfaitement mises en place, une invocation à Woden (superbe James Gilchrist) à l’acte I, l’air d’entrée de Philidel au II « Hither, this way, this way bend », auquel s’associe un chœur dont l’atmosphère est quasi mendelssohnienne (magnifique Deborah York, qui possède ce répertoire à la perfection), un acte III sublime avec le célèbre Cold Song « What power art thou » où le jeune Andrew Foster-Williams fit merveille, trouvant le juste milieu entre humour caricatural et poésie décalée, un acte IV contenant une magnifique passacaille et un ensemble vocal où nymphes et sylvains tentent de séduire Arthur, et un dernier acte où, outre les chanteurs déjà cités, la piquante Susan Gritton et le virtuose Anders Dahlin brillent de tous leurs feux ?

Il nous semblait, jusqu’à ce soir, que la musique de Purcell était absolument « terra britannica » mais Hervé Niquet et le Concert Spirituel ont dignement montré ce que les grenouilles pouvaient apporter à ce répertoire. A ce jour, la plus belle réussite de la saison baroque du Théâtre des Champs-Elysées.

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- Paris – Théâtre des Champs-Elysées –11 mai 2009
- Henry Purcell (1659-1695), « King Arthur » semi-opera en cinq actes. Livret de John Dryden
- Susan Gritton, soprano : Philidel, Néréide, Vénus
- Deborah York, soprano : Philidel, Cupidon, Néréide, She
- Mélodie Ruvio, mezzo-soprano : intervention dans le trio des Néréides
- Anders Dahlin, haute-contre : divers rôles masculins
- James Gilchrist, ténor : Comus
- Andrew Foster-Williams, baryton-basse : Grimbald, Génie du Froid, Eole, Pan, He
- Chœur et Orchestre du Concert Spirituel
- Alice Piérot, premier violon
- Hervé Niquet, direction











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