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Juventus 2011 : le 05 juillet

lundi 18 juillet 2011 par Richard Letawe
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Après un concert d’ouverture symphonique, notre recension du Festival Juventus se poursuit avec un concert beaucoup plus traditionnel pour ce festival, ce qui signifiait donc un programme sortant résolument des sentiers battus.

Après un faux-départ dû à un court-circuit dans l’éclairage, la soirée peut commencer avec le Trio pathétique pour piano, clarinette et basson de Glinka. Ce n’est pas la musique la plus passionnante qui soit, mais ce trio au titre un peu trompeur, car il est moins pathétique que charmeur, ne manque pas d’attrait pour autant, et contient dans le largo quelques beaux passages lyriques. Les musiciens en donnent une version très soignée, entre les douces sonorités de la clarinette de Ronald Van Spaendonck et du basson de l’impeccable Laurent Lefèvre, et le piano de Muhiddin Dürrüoglu, qui en fin chambriste dose parfaitement son toucher pour ne pas écraser ses partenaires.

On le retrouve ensuite en tant que compositeur, qui vient expliquer les circonstances de l’écriture de sa nouvelle œuvre In Memoriam. Ayant reçu commande d’une future création pour le festival Juventus de cette année, la vingt-huitième en date, Muhiddin Dürrüoglu avait prévu de composer une pièce joyeuse, inspirée de l’ambiance chaleureuse qui règne entre tous les participants du festival. Mais la disparition à la fin du mois de mai successivement de monsieur Hallynck son beau-père, et de Françoise Groben, l’a conduit à changer de projet et à composer une œuvre funèbre, sous-titrée « Pour ceux qui nous ont quittés dans cette vie pour nous rejoindre dans une autre… ». L’œuvre est en trois parties enchaînées, écrite pour violon, clarinette et violoncelle, et est inspirée par la musique des derviches tourneurs. Il faudrait plusieurs écoutes pour en percevoir l’étendue des richesses, mais on peut déjà souligner la beauté des deux dernières parties, où les alliances de timbres sont assez mystérieuses, et où le jeu sur les dynamiques, très finement dosé, a un effet fascinant. C’est une œuvre pourtant plutôt austère, mais qui recèle des passages à l’harmonie raffinée, qui surprend lorsque les musiciens déclament une phrase en hommage aux défunts dans la troisième partie, et se révèle d’une écoute abordable, ce qui n’a pas toujours été le cas des dernières créations du festival.

On change complètement de ton pour terminer cette première partie avec la Revue de cuisine, très rare musique de ballet de Martinu, composée pour un ensemble comportant clarinette, basson, trompette, violon, violoncelle et piano. C’était un vieux rêve de George Gara de la proposer au public de Cambrai, mais il n’avait jusqu’alors jamais réussi à réunir tous les instrumentistes nécessaires. C’est chose faite aujourd’hui, et c’est un bel ajout au riche répertoire du festival, car c’est une œuvre pleine de malice et de fraîcheur, aux sonorités colorées, et qui contient pour troisième mouvement un Tempo di Charleston irrésistible, surtout lorsqu’il est joué avec autant d’esprit et de plaisir visible par le sextuor réuni pour l’occasion.

La seconde partie était consacrée au Trio des Esprits de Beethoven, servi par trois nouveaux musiciens, Liana Gourdjia au violon, Julian Steckel au violoncelle, et Frédéric Vaysse-Knitter au piano. Nous en attendions beaucoup, ayant des souvenirs vivaces de l’excellente Liana Gourdjia, qui a déjà donné à Cambrai quelques prestations du plus haut niveau, mais les espoirs sont un peu déçus par cette lecture appliquée mais plutôt pauvre en personnalité, dans laquelle les protagonistes ne semblent pas avoir réussi à trouver une respiration commune, se contentant dans le mouvement lent d’énoncer la partition, mais n’allant jamais au-delà des notes. Cela donne une version jolie mais sans ambition et très peu expressive, affublée aux cordes d’un vibrato assez gras.

On retiendra donc ce concert pour sa première partie, aussi variée que superbement exécutée, bien dans la tradition de ce festival hors normes.

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- Cambrai
- Théâtre municipal
- 05 juillet 2011
- Mikhaïl Glinka (1804-1857), Trio pathétique pour piano, clarinette et basson en ré mineur
- Ronald Van Spaendonck, clarinette ; Laurent Lefèvre, basson ; Muhiddin Dürrüoglu, piano
- Muhiddin Dürrüoglu (né en 1969), In Memoriam, pour violon, violoncelle et clarinette
- Ronald Van Spaendonck, clarinette ; Graf Mourja, violon ; Ophélie Gaillard, violoncelle
- Bohuslav Martinu (1890-1959), La revue de cuisine, musique de ballet pour clarinette, basson, trompette, violon, violoncelle et piano H161
- Ronald Van Spaendonck, clarinette ; Laurent Lefèvre, basson ; Romain Leleu, trompette ; Graf Mourja, violon ; Ophélie Gaillard, violoncelle ; Muhiddin Dürrüoglu, piano
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Trio en Ré majeur Op.70 n°1 “des Esprits”
- Liana Gourdjia, violon ; Julian Steckel, violoncelle ; Frédéric Vaysse-Knitter, piano






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