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Juteuses Oranges

vendredi 1er juillet 2011 par Emmanuel Andrieu
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© GTG/Yunus Durukan

Après le fiasco des Vêpres Siciliennes le mois dernier in loco, c’est en beauté, pour ne pas dire triomphalement, que s’achève la saison du Grand Théâtre de Genève avec cette production de l’Amour des trois oranges, cosignée par Benno Besson (ancien directeur de la Volksbühne de Berlin puis de La Comédie de Genève) et Ezio Toffolutti (à qui l’on doit le Cosi fan tutte actuellement donné au Palais Garnier).

Créée au Teatro Malibran de Venise en septembre 2001 - en coproduction avec le Deutsche Oper am Rhein (Dusseldorf), alors dirigé par Tobias Richter - c’est bien naturel que le maître des lieux ait voulu reprendre cette fabuleuse production à Genève, après l’avoir déjà remontée en 2007 au Septembre Musical de Montreux, festival dont il a également la charge.

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© GTG/Yunus Durukan

C’est une mise en scène tout en abyme, avec son jeu du théâtre dans le théâtre, que nous propose le duo, en recréant sur scène l’intérieur de l’illustre théâtre vénitien La Fenice, avec son plafond peint, son rideau de scène et ses loges immédiatement reconnaissables par le lyricophile averti. Ainsi, c’est dans ses loges latérales que débute le Prologue, d’où sortent tour à tour les Ridicules, les Tragiques, les Comiques, les Lyriques et enfin les Têtes-Vides (!) pour exposer leurs théories dramatiques qui s’opposent drastiquement toutes les unes aux autres ! Puis vient l’histoire proprement dite qui narre les tribulations d’un jeune prince capricieux et hypocondriaque qui, d’aventures en aventures, finira par mûrir et par rencontrer l’amour (sous la forme d’une princesse enfermée dans une orange !) après moult embûches (essentiellement tendues par l’horrible sorcière Fata Morgana). L’esprit Commedia dell’arte est partout présent, de prime abord dans les magnifiques costumes aussi alambiqués que bigarrés de Patricia Toffolutti, et l’on s’amuse beaucoup durant toute la soirée, sans la moindre trace de mauvais goût.

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© GTG/Yunus Durukan

C’est une distribution pléthorique que nécessite l’ouvrage (à l’instar du Joueur ou de Guerre et Paix du même compositeur) avec pas moins de seize rôles d’importance, même si certains sont bien évidemment plus étoffés que d’autres. La première louange qu’on adressera à la formidable équipe de chanteurs-acteurs ici réunie est la parfaite intelligibilité de notre langue dont elle fera constamment preuve. Nul besoin de recourir aux surtitres, lors même que, pour une moitié d’entre eux, le français n’est pas la langue courante.

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© GTG/Yunus Durukan

Nous mentionnerons en premier lieu le formidable Prince du ténor américain Chad Shelton, à l’émission claire et au timbre flatteur (et puis quelle vaillance dans les aigus !). Le bouillonnant Truffaldino d’Emilio Pons lui volerait cependant presque la vedette avec sa voix lumineuse, superbement projetée, et son jeu constamment pétillant (quel abattage scénique !). Le Roi de Trèfles (Jean Teigten) impressionne par sa basse profonde et fait montre d’un hiératisme bienvenu dans cet emploi. Nicolas Testé incarne un Léandre fourbe à souhait, tout en ravissant nos oreilles avec sa belle voix mordante et cuivrée. Une palme également à l’impayable (et terrifiante !) cuisinière de Christoforos Stambouglis, doté de graves saisissants. Rien à redire sur le reste de la distribution masculine, tous impeccables.

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© GTG/Yunus Durukan

Côté féminin, nous citerons d’abord la Fata Morgana de Jeanne Piland, aux ressources vocales aussi généreuses qu’impressionnantes. Les trois oranges retiennent toutes l’attention (Susanne Gritschneder en Linette et Agnieszka Adamczak en Nicolette) mais nous retiendrons tout particulièrement la prestation de Clémence Tilquin (Ninette) dont le fruité et la fraîcheur du timbre, alliés à une musicalité parfaite, en font un talent très prometteur (précisons qu’elle appartient à la troupe des jeunes solistes en résidence au Grand Théâtre de Genève). Enfin, la Sméraldine de Carine Séchaye tout autant que la Clarice de Katherine Rohrer distillent leur perfidie au travers d’un jeu et d’un chant adéquats.

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© GTG/Yunus Durukan

C’est au chef russe Michail Jurowski (père de Vladimir) que revenait de diriger un Orchestre de la Suisse Romande dans une forme éblouissante. Les causticités et les aspérités de l’instrumentation de Prokovief, culminant dans les célèbres Marche et Scherzo du III, sont parfaitement exécutées par une phalange dont nous avons surtout goûté l’infaillibilité des cuivres et le mordant des cordes. Le Chœur du Grand-Théâtre, comme à l’accoutumée, est digne des plus vives louanges. Bref, une fin de saison parfaitement réussie !

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- Genève
- Grand Théâtre
- 20 juin 2011
- Sergueï Prokofiev (1891-1953), L’amour des trois oranges. Opéra en un Prologue et quatre actes sur un livret de Vsevolod Meyerhold, Vladimir Soloviev & Constantine Voga(traduit en français par Véra Janacopoulos), d’après la pièce de Carlo Gozzi, L’Amore delle tre melarance
- Mise en scène, Benno Besson & Ezio Toffolutti ; Décors, Ezio Toffolutti ; Costumes, Patricia Toffolutti ; Lumières, Volker Weinhart
- Le prince, Chad Chelton ; Le Roi de trèfles, Jean Teigten ; Trouffaldino, Emilio Pons ; Fata Morgana, Jeanne Piland ; Tchélio, Michail Milanov ; La Princesse Clarice, Katherine Rohrer ;
Léandre, Nicolas Testé ; Pantalon, Heikki Kilpeläinen ; La cuisinière, Christophoros Stamboglis ; Linette, Susanne Gritschneder ; Nicolette, Agnieszka Adamczak ; Ninette, Cléménce Tilquin ; Farfarello, Thomas Dear ; Sméraldine, Carine Séchaye ; Le Maître de cérémonie, Fabrice Farina ; Le Héraut, Jérémie Brocard
- Chœur du Grand Théâtre de Genève. Chef des chœurs, Ching-Lien Wu
- Orchestre de la Suisse Romande
- Michail Jurowski, direction






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