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Johannes Passion à Saint Riquier

mardi 15 juillet 2008 par Richard Letawe
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P.Guillaume / Vues d’ici

La Chapelle rhénane met la Passion selon Jean à son répertoire cette saison, et la donnait en première à Saint Riquier pour le concert d’ouverture du festival.

Benoît Haller et son ensemble ont choisi la version de 1725 de cette passion, pour laquelle Bach avait fait quelques modifications par rapport à la création un an plus tôt. On entend donc un air supplémentaire « Himmel reisse, Welt erbebe » pour basse et chœur (n°11b), et deux airs alternatifs : « Zerschmettert mich » à la place de « Ach, mein sinn » (n°13), et « Ach windet euch nicht so » au lieur de « Erwage, wie sein blutgefärbter Rüchen » (n°20), tous deux pour ténor. Le choral final « Ach Herr, lass dein lieb Engelen » est également remplacé par « Christe, du Lamm Gottes », mais Benoît Haller fait une entorse à la pureté de cette version de 1725 en conservant le chœur introductif de 1724, « Herr, unser Herscher », que Bach avait lui aussi remplacé. En l’occurrence, on ne l’en blâmera pas, car « Herr, unser Herrscher » est l’une des pages les plus puissantes de toute l’œuvre de Bach, et on aurait été déçu d’en être privé.

Du point de vue des effectifs, le choix est plutôt minimaliste, avec un petit ensemble instrumental d’une quinzaine de membres, et un chœur de huit chanteurs, dont chacun aura un ou plusieurs airs à chanter en soliste.

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P.Guillaume / Vues d’ici

Dans le cas présent, petit effectif ne rime pas avec interprétation étriquée ou compassée, que du contraire ; la Chapelle rhénane se livre à fond, et donne de la Passion une lecture dramatique, d’une générosité expressive qu’il est rarement donné d’entendre à ce point. Dès le début, Benoît Haller prend l’auditoire à témoin de l’ampleur d’un drame de chair et de sang. Avec sa gestuelle très animée, le chef est maître de la tragédie, et ne s’interdit aucun effet pour souligner l’expressivité de la musique. Sa lecture est vivante, risquée, immédiate et franche, et a du souffle et de la grandeur. Malgré sa petite taille, le son de l’ensemble instrumental est d’ailleurs très en accord avec le geste du chef, chaud, rond, puissant et plutôt savoureux.

Vocalement, il faut distinguer les mérites-très grands-du chœur, de ceux des solistes qui le composent, plus inégaux. Le chœur est donc excellent, composé de voix corsées, bine individualisées, et pourtant homogènes. La diction est superbe, le discours est profondément vécu, et le petit nombre n’implique pas de manque de puissance notable.

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P.Guillaume / Vues d’ici

La fonction essentielle d’évangéliste est tenue par Julian Prégardien, avec style et éloquence. Nous avions entendu ce ténor à Liège il y a plus de trois ans. Ses progrès sont considérables. En terme de beauté vocale, il se classe parmi les meilleurs évangélistes actuels : l’émission est souple et aisée, les aigus sont fermes, la diction est aérienne. Dramatiquement, sa prestation est sobre : il dit le texte sans se faire acteur de la Passion. Cette prestation assez distanciée contraste heureusement avec le fort engagement du reste de la troupe.

Parmi les autres solistes, on retiendra, la voix épicée de Salomé Haller dans un « Ich folge dir gleichfalls mit freudigen Schritten » un peu austère, le chant tout de simplicité de l’alto Julien Freymuth, à la justesse impeccable, le Pilate impérieux de Benoît Arnould, digne représentant de César, mais un peu à court de souffle dans ses airs, qu’il a tendance à aboyer, et surtout la profonde humanité de la basse Domink Wörner, très émouvant en Jésus, et superbement chantant.

Un abbatiale pleine, malgré le temps infect, à ne pas sortir un mélomane dehors, une Passion selon Jean qu’on n’avait plus entendue aussi prenante depuis bien longtemps, le Festival de Saint Riquier commençait on ne peut mieux.

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- Saint Riquier
- Abbatiale
- 10 juillet 2008
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Johannes Passion BWV 245
- Julian Prégardien, évangéliste
- La Chapelle rhénane
- Benoït Haller, direction











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