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Jeune chanteur à l’ancienne

lundi 10 décembre 2007 par Richard Letawe
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Joseph Calleja
Photo : Decca/Mitch Jenkins

Le théâtre de Namur était semble-t-il ce soir le lieu de rendez-vous de tous les eurocrates maltais de Bruxelles, venus entendre le ténor national, Joseph Calleja, qui y donnait un récital fort attendu, coproduit par la Société Philharmonique de Namur et Europalia Europa.

Accompagné par le pianiste Daniel Blumenthal, Calleja commence son récital par deux airs dans lesquels on ne l’attend pas : « Ombra mai fu » de Haendel, et « Che faro senza Euridice » de Gluck. Son style vocal y apparaît très daté, avec une émission haute, un legato suave et un vibrato très prononcé. Plus préoccupé de l’onctuosité de la ligne que de l’articulation, il donne par moment l’impression d’entendre un ténor sorti d’un vieux 78 tours plutôt qu’un chanteur moderne., mais le chant est juste et puissant, et l’expression spontanée. En guise d’interlude, Daniel Blumenthal joue la Fantaisie en ré mineur de Mozart : les notes y sont, mais le pianiste reste à la surface de l’œuvre. En seconde partie, il jouera un nocturne de Chopin, très fin, aux phrasés fluides, et nettement plus convaincant.
Calleja fait ensuite entendre son allemand, exotique mais soigné, dans l’air de Tamino de la Flûte enchantée. Son style y est peu adéquat, à cause d’une émission très nasale, d’un aigu assez bas et peu lumineux, et de phrasés épais. Finalement, c’est dans les deux derniers airs qu’il se montre le plus à son avantage dans cette première partie. Il chante « Il kebbies tal Fanali », chanson maltaise de Joseph Vella, puis « Vaghissima Sembianza » de Stephano Donaudy avec sincérité, engagement et puissance, commence à émettre des aigus plus sonores et plus francs, et fait parler son timbre assez peu coloré, mais chaud et charnel.
La première partie, par prudence et par un style de chant démodé laisse donc l’auditeur légèrement sur sa faim, mais est porteuse de promesses.

Après la pause, le ténor revient pour interpréter un répertoire plus spectaculaire, dans lequel ses qualités peuvent s’exprimer au mieux. Il déploie dans « pourquoi me réveiller » de Werther un chant large et puissant, à la dynamique très nuancée et à la projection impressionnante. Il est ensuite un Don José ardent et plein de santé dans « La fleur que tu m’avais jetée », qui manque cependant un peu de poésie et d’abandon. Son français, teinté d’un léger accent, respecte la prosodie et est très compréhensible.
Selon ses propres dires, Donizetti est le compositeur qui convient le mieux à Calleja. Il le démontre avec éclat dans « Una furtiva lagrima », où sans avoir l’aigu insolent d’un Pavarotti, il emporte l’auditeur par ses phrasés ciselés, son expression sobre et juste et l’ardeur de l’émission, naturelle, juste et puissante. L’air suivant, « Io conosco un giardino » de Giuseppe Pietri est plus anecdotique mais remarquablement défendu, et le récital se termine par du Massenent, un compositeur dans lequel Calleja semble vraiment chez lui. Il chante l’air du Cid « Ah ! Tout est bien fini…Ô Souverain… » avec toute la vaillance requise, et un engagement dramatique très impressionnant.
La deuxième partie de ce récital est donc bien plus convaincante que la première, et permet de comprendre pourquoi le jeune ténor fait partie des voix les plus prometteuses du moment : la santé vocale est impressionnante, mais il n’en fait pas étalage, le style est sobre, traditionnel dans le meilleur sens du terme, et le chanteur ne force jamais ses moyens, assurant toujours une émission juste et naturelle. Le timbre manque certes un peu de couleurs et de variétés, et les aigus ne sont pas spectaculaires, mais la noblesse du style et la sagesse de l’interprète rattrapent ces quelques faiblesses.

Assez réservé mais très attentif durant le concert, le public accorde une belle ovation au ténor qui lui offre généreusement en retour trois bis variés et enthousiasmants : une chanson en anglais, l’inusable Granada, et « Non vi scordar di me » d’Ernesto De Curtis.

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- Namur
- Théâtre Royal
- 28 novembre 2007
- Airs de Haendel, Mozart, Gluck, Vella, Donaudy, Massenet, Bizet, Donizetti, Pietri
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Fantaisie en ré mineur KV397 ; Frédéric Chopin (1810-1849), Nocturne en si bémol mineur Op.9 n°1
- Daniel Blumenthal, piano
- Joseph Calleja, ténor





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