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Jephta mal entouré

lundi 20 avril 2009 par Philippe Houbert
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Paul Agnew
© Sandrine Exquilly

Le dernier oratorio de Haendel fut composé durant le premier semestre de l’année 1751. Cette œuvre, sans aucun doute, l’un des chefs d’œuvre de celui dont on célèbre le 250ème anniversaire de la mort, lui fut tout à fait particulière puisque c’est en en composant l’admirable chœur final du deuxième acte qu’il dut s’arrêter du fait « de l’affaiblissement de la vue de mon œil gauche ». C’est très péniblement qu’il parvint à terminer l’œuvre avant d’être atteint d’une cécité complète.

Le sujet, tiré du « Livre des Juges », fut souvent traité par les compositeurs de l’époque baroque, à commencer par le très bel oratorio de Carissimi. Haendel et son librettiste, Thomas Morell, concentrent l’action sur les conséquences néfastes de l’imprudent serment de Jephté ( Jephta en anglais) qui s’engage à sacrifier la première personne venue l’accueillir après sa victoire.

Cette œuvre, sorte de testament du compositeur, est l’une de ses plus riches, des plus variées, mêlant scènes de joie et épisodes cauchemardesques au premier acte, airs de triomphe et de consternation au deuxième, atmosphère générale de recueillement au dernier acte.
Nous avons, ici même, regretté que l’interprétation de certains opéras et oratorios baroques soit désormais empreinte d’une forme de néo-sulpicianisme où toute surprise est absente, où la variété rythmique inhérente à cette musique est comme gommée (cf. critiques du Tolomeo ed Alessandro ouErcole sull’ Termodonte).

Ce que l’ensemble « Opera Fuoco » de David Stern et Jay Bernfeld nous donna à entendre dans Jephta nous met dans l’embarras car, indiscutablement, les rythmes incisifs, la variété des tempi, le sens des nuances, la couleur instrumentale, sont bien présents mais le manque d’homogénéité, l’insuffisante netteté des attaques, certaines carences instrumentales, sont tels qu’on ne sait plus vers quel style d’interprétation se tourner : ceci avec ses insuffisances techniques ou la perfection glacée et plongeant dans l’ennui du Complesso Barocco ou d’Europa Galante ?
Le chœur était très insuffisant en regard des exigences de l’œuvre : manque de dynamique, plans sonores très confus, lisibilité du texte plus que limite.

Pour faire une grande version de Jephta, il faut au moins trois beaux interprètes pour les rôles d’Iphis, de Storgè et du héros Jephté.
Ici, malheureusement, nous n’en étions pas à ce niveau. Lisa Larsson a encore son timbre cristallin qui la rend émouvante dans le premier acte, mais l’absence de graves ronds est trop préjudiciable dans le deuxième, même si la « Farewell » du troisième est de belle facture.
Notre admiration pour la carrière de Guillemette Laurens ne peut nous empêcher de regretter ici un curieux manque d’engagement dans le rôle de Storgè, pourtant le plus dramatiquement exposé, et une diction assez approximative de l’anglais.

Reste Paul Agnew. Evacuons ce que l’on sait depuis quelques années : la voix n’a plus la splendeur qu’elle avait aux temps heureux des Arts Florissants, l’aigu bouge, quelquefois dangereusement. Mais quelle technique ! Quel sens des mots ! Quelle projection dans la moindre de ses interventions ! Que ce soit dans « His mighty arm, with sudden blow » (II,2), dans « Open thy marble jaws » (II,3) ou dans « Waft her, angels, through the skies » (III,1), Paul Agnew nous tire des larmes.

Le Hamor de Louise Innes fut plus qu’intéressant par sa voix chaude et bien assurée, notamment dans le très beau duo du premier acte.
Par contre, Alan Ewing composa un Zebul hésitant, à la voix enrouée dès le bas médium, fêlure créant une forme d’écho assez désagréable.
Très belle et trop courte intervention de l’ange (Daphné Touchais, déjà remarquable dans la Dafne de Marco da Gagliano donnée au festival baroque de Pontoise à l’automne dernier).

Au total, un chef d’œuvre dont l’interprétation au TCE, trop inégale sur le plan vocal et insuffisante techniquement sur le plan orchestral en dépit de belles intentions affichées, ne rendait pas assez compte. Mais un toujours très grand Paul Agnew.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 02 avril 2009
- Georg-Friedrich Haendel (1685-1759), Jephta. Oratorio sur un livret de Thomas Morell
- Jephta, Paul Agnew ; Iphis, Lisa Larsson ; Storgè, Guillemette Laurens ; Zebul, Alan Ewing ; Hémor, Louise Innes ; L’Ange, Daphné Touchais
- Choeur et Orchestre Opera Fuoco,
- David Stern, direction
- Jay Bernfeld, viole de gambe et codirection artistique






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